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CONFÉRENCES DE GERTRUYDENBERG

Et encore, les Hollandais, ceci posé, réservèrent-ils les demandes ultérieures que chacun des alliés pourrait former. Ils laissèrent entendre qu’il s'agissait, pour eux, de Valenciennes, de Douai, de Cassel, et d’une indemnité pour les frais des siéges de Mons et de Tournai : ils ne s’expliquèrent point quant à leurs alliés ; on devait demander l'Alsace pour le duc de Lorraine, les Trois-Évêchés pour l’Empire, etc. C'était dans ces demandes ultérieures qu'était tout le mystère, comme l’avoua depuis le plénipotentiaire hollandais Buys, le confident de Heinsius'. Le mystère, c’est qu’on ne voulait point de paix. Les envoyés français n’acceptant pas ces étranges prétentions, on leur fit savoir que la continuation des pourparlers était superflue : ils restèrent cependant, sous prétexte que la signification de congé n’avait point un caractère officiel.

Louis fit un douloureux effort : il offrit aux alliés un subside d’un million par mois contre son petit-fils, s’ils offraient à Philippe la Sicile et la Sardaigne pour partage et que Philippe refusât; bien entendu, moyennant que la paix fût assurée à la France après l’expiration des deux mois fixés à Philippe pour accepter. Louis consentait à céder l’Alsace et Valenciennes, pourvu qu’on renonçât au reste des demandes ultérieures et que ses alliés de Bavière et de Cologne fussent rétablis dans leurs domaines et dans leurs dignités. Par un contraste bien caractéristique, tandis qu’il se résignait à sacrifier son petit-fils et à mutiler son royaume, il repoussait toute concession qui eût atteint le despotisme politique et religieux : il refusait d'accorder aux protestants français naturalisés en Hollande la liberté de venir commercer en France comme sujets hollandais.

La campagne cependant avait recommencé et le début des opérations était favorable aux alliés. On ne tint aucun compte des énormes concessions du roi. Heinsius poussa les États-Généraux, non plus seulement à maintenir les préliminaires dans toute leur rigueur, mais à exiger que Louis se chargeât seul de chasser d'Espagne son petit-fils dans les deux mois. Si le roi de France n’a pas, sous deux mois, remis la monarchie espagnole tout entière «ux mains des alliés la guerre sera reprise contre la France. Tout

i. Mémoires secrets de lord Bolingbroke, p. 40.

au plus les alliés, voudront-ils bien permettre à leurs armées de Ca talogne et de Portugal d’aider les Français à expulser Philippe V. Il était inutile de débattre plus longtemps ces monstruosités : après avoir dévoré quatre mois et demi d’humiliations, les plénipotentiaires français repartirent le 25 juillet .

La saison des combats s'était rouverte dans les conditions les plus déplorables pour la France. En vain le contrôleur-général avait-il trouvé, pour rendre des ressources au trésor ?, l’heureuse idée de faire régir gratuitement les affaires extraordinaires par les receveurs-généraux, au lieu de les affermer aux traitants avec des remises de vingt-cinq pour cent ( novembre 1709). La caisse des receveurs-généraux, qui remplaça la caisse des emprunts, tombée par défaut de paiement, semblait devoir être d’un grand secours à l’État. Mais ce secours n’était point immédiat : pour qu’on püt attirer l'argent dans les caisses publiques de préférence aux coffres des traitants, il fallait d’abord que l’argent fût remis en mouvement, et l'espèce de réaction qui se produit toujours dans la consommation, et par conséquent dans les impôts indirects, après une année de disette, ne pouvait guère se faire sentir avant la récolte de 1710. En attendant, on ne marchait plus qu'à coups d’extorsions.

« Le fonds de toutes les villes est épuisé, écrivait Fénelon ; l’on en à pris pour le roi les revenus de dix ans d’avance, et on n’a point de honte de leur demander, avec menaces, d’autres avances nouvelles, qui vont au double de celles qui sont déjà faites. Tous les hôpitaux sont accablés.. Les intendants enlèvent jusqu'aux dépôts publics : on ne peut plus faire le service qu’en escroquant de tous côtés ; il paraît une banqueroute universelle de la nation. Nonobstant la violence et la fraude, on est souvent contraint d’abandonner certains travaux très-nécessaires, dès qu’il faut une

1. Mém. de Torci, p. 635-660. — Actes de la paix d'Utrecht, in-12, t. I, p. 83-142. — Vie du cardinal de Polignac.

2. Une des ressources bursales imaginées apporta une modification importante à la condition de la magistrature : les offices de justice n'étaient héréditaires que moyennant la concession que le roi en renouvelait tous les neuf ans, au prix d’un droit annuel et en forçant de temps à autre les titulaires à acheter des augmentations de gages. Le roi supprima le droit annuel et promit de ne plus imposer l'achat d'aug-

mentations de gages, à condition que les titulaires paieraient une somme égale à eize fois le droit annuel, Anciennes Lois françaises, t. XX, p. 545.

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