‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 317 sur 341 · PRISE DE BARCELONE · texte numérisé non relu

PRISE DE BARCELONE

secourir la ville, furent défaits et dispersés par un corps détaché de l’armée de siége (22-24 août). Le 3 septembre, Berwick fit sommer les assiégés, en offrant la vie et les biens pour toutes conditions. Les Trois-Bras refusèrent. Les vivres manquaient dans la place : les assiégés voulurent faire sortir les femmes et les enfants : Berwick ordonna de tirer dessus! Sept brèches étaient ouvertes aux remparts : le temps se gâtait; Berwick résolut d’en finir. L’assaut général fut donné le 11 septembre. Les trois bastions éboulés et ouverts qu'embrassait l’attaque furent enlevés rapidement; mais on trouva au delà une résistance furieuse et désespérée : chaque rue, chaque couvent était une citadelle; on ne put pénétrer dans l’intérieur de la ville, s'étendre le long des remparts, qu’au prix de flots de sang. Le bastion de Saint-Pierre fut pris et repris onze fois! Ce fut seulement après onze heures de combat que les Barcelonais, enfin refoulés de la Vieille ville dans la Nouvelle, demandèrent à capituler. Les deux partis, presque également épuisés, suspendirent la lutte, et le lendemain, la soumission eut lieu moyennant vie et bagues sauves et rançon pour racheter le droit de pillage. Ce grand siége avait coûté aux assiégeants dix mille morts ou blessés, aux assiégés six mille, dont cinq cent quarante-trois moines ou prêtres.

Les vieilles libertés catalanes, libertés quelque peu privilégiées et aristocratiques, comme presque toutes celles du moyen âge, au moins dans le Midi, furent ensevelies sous les ruines des remparts de Barcelone. Le peuple fut désarmé et les lois de Castille furent établies en Catalogne. Berwick, du moins, empêcha Philippe V d’imiter les mœurs autrichiennes et de souiller une victoire due aux armes de la France et non de la Castille : il y eut des emprisonnements, des exils, mais point d’échafauds.

Les Baléares tinrent quelques mois encore après la réduction de la Catalogne. La mauvaise saison retarda une expédition francoespagnole préparée à Barcelone et qui n’appareilla qu’au commencement de l'été de 1715. Majorque, à qui l’empereur avait fait passer des secours de Sardaigne et de Naples, avait des moyens de défense considérables; elle’ n’en usa point et ses deux principales villes, Alcudia et Palma, se rendirent presque sans coup férir (20 juin — ? juillet 1715). La soumission des Baléares ter-

mina la guerre de la succession d’Espagne, la plus vaste qu'eût vue l’Europe depuis les croisades".

La guerre de la succession avait considérablement modifié La situation respective des états européens. La France, qui, arrivée au maximum de sa puissance lors de la trève de 1684, avait fait un premier pas rétrograde par le traité de Ryswick, venait d’en faire un second et de reperdre encore un lambeau de sa frontière du Nord et des premières conquêtes de Louis XIV. Elle était d’ailleurs bien plus affaiblie encore par le mal intérieur qui la rongeait que par ses pertes territoriales. L'avenir devait montrer si la transplantation d’une branche des Bourbons en Espagne vaudrait à la France ce qu’elle lui avait coûté. Quant à l'Espagne, on pouvait déjà prévoir qu’elle y gagnerait. Le démembrement de sa monstrueuse monarchie, tant redouté de son orgueil, l'avait remise dans des conditions d'existence possibles. Elle avait su retrouver le sentiment d'elle-même en luttant contre l'invasion étrangère. Pénétrée, quoique à faible dose, d’une infusion d’esprit français, elle allait secouer la tradition léthifère de l’Autriche et remonter, bien lentement, il est vrai, la pente de l’abîme au plus profond duquel elle était descendue. La population, qui n'avait cessé de décroître depuis Charles-Quint, allait reprendre un mouvement ascensionnel, qui, là, comme dans le reste de l’Europe, ne devait plus être interrompu jusqu’à nos jours.

Dans le démembrement de sa monarchie, l'Espagne avait conservé précisément ce que les directeurs de la coalition, les gouvernements d'Angleterre et de Hollande, avaient le plus souhaité de lui enlever, les Indes Occidentales. Les nécessités de la guerre, en obligeant les deux puissances maritimes à concentrer leurs efforts en Europe, avaient préservé l'Amérique espagnole. L’Angleterre entama, du moins par le commerce, les vastes contrées qu'elle n’avait pu entamer par les armes : la traite des noirs devait être pour elle Le prétexte d’une immense contrebande sans concurrence et sans péril. Elle trouvait d’ailleurs, aux conquêtes qu'elle avait manqué de faire, des compensations dans l'Amérique française et, ce qui était bien plus important, dans la Méditerra-

À. Berwick, &. Il, p. 161-195. — Quinci, t. VII, p. 325-391,

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