‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 316 sur 341 · PAIX AVEC L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

PAIX AVEC L'AUTRICHE

politiques arrêtèrent beaucoup davantage ; l’empereur prétendait que le roi s’engageât à faire maintenir les priviléges des Catalans et refusait, de son côté, toute concession au prince Rakoczi, protégé par Louis XIV: il refusait aussi, absolument, une demande présentée par Louis, sur les instances de Philippe V, et que le ministère anglais appuyait avec zèle pour se faire donner de bonnes conditions commerciales à Madrid ; il s'agissait d’une principauté souveraine, de trente mille écus de revenu, à créer en Belgique au profit de la princesse des Ursins. La Maintenon d’Espagne était loin d’avoir le bon sens et la prudence de celle de France, et son étrange fantaisie, aveuglément épousée par Philippe V, contribua quelque temps à tenir en suspens la paix du monde. Le cabinet de Versailles abandonna madame des Ursins et l’empereur abandonna les Catalans, dont Philippe V était irrévocablement décidé à ne pas laisser subsister les franchises quasi-républicaines. A la considération de la reine d'Angleterre, il leur avait offert, à la place, les priviléges de Castille, c’est-à-dire le droit de trafiquer et de s'établir aux Indes-Occidentales : des priviléges commerciaux en échange de priviléges politiques.

La paix entre la France et l'Autriche fut signée le 7 mars 1714. L’obstination de l’empereur à ne pas traiter à Utrecht avait valu à la France Landau et le Fort-Louis, qui ne fut pas démoli !. Le traité définitif et général ne fut terminé que le 7 septembre, à Baden en Argovie?,

La guerre, depuis la fin de 1713, avait cessé partout, excepté en Catalogne. Après que l’empereur avait renoncé, de fait, à l’Espagne, l’indomptable Barcelone s’obstinait encore à prolonger une résistance sans issue; le cabinet de Vienne l’y avait encouragée par de vaines espérances et Jui en avait fourni les moyens, en n’exécutant pas loyalement le traité d'évacuation de mars 1713. Par ce traité, le général de l’empereur, Stahremberg, devait commencer l’évacuation par remettre Barcelone ou Tarragone, à son choix, aux troupes de l’autre puissance (de l'Espagne) et garder la

1. Les autres forts que la France avait reconstruits dans les îles du Rhin, et les têtes de pont qu’elle avait jetées sur la rive droite, furent détruits, pour rentrer dans le traité de Ryswick.

2. Villars, p. 226-224. — Quinci, p. 292-325. — Lamberti, t. VIIL

seconde de ces villes jusqu’à l’'embarquement des dernières troupes impériales. Stahremberg évacua d’abord Tarragone (mi-juillet 1713), mais sans prévenir les Espagnols, en sorte que la ville fût tombée au pouvoir des miquelets insurgés, si les habitants n’eussent spontanément appelé les troupes de Philippe V. Quant à Barcelone, le général autrichien, avant de s’embarquer sur l’escadre anglaise, laissa les insurgés occuper tout à leur aise la ville et le Mont-Juich : le cardinal Sala, évêque de Barcelone, agent dévoué de l’Autriche, avait convoqué les Trois-Bras (États) de Catalogne au palais épiscopal et les avait assurés que l’empereur, dès qu’il aurait repoussé les Français des frontières de l'Empire, aideraït la Catalogne à s’ériger en république sous son patronage; l’assemblée provinciale, dite Députation de Catalogne, eut la hardiesse de déclarer la guerre à l'Espagne et à la France. La majorité de la noblesse et une portion du clergé s’y opposèrent en vain : les moines, toujours enclins aux partis extrêmes, entraînèrent le peuple. La cour de Madrid devait, du reste, s’en prendre à sa propre violence autant qu’à la mauvaise foi des Autrichiens; on ne parlait, autour de Philippe V, que de sac et de corde pour les rebelles qui ne se hâteraient pas de profiter de l’amnistie : ce n’est point ainsi qu’on désarme une population généreuse et fière. Barcelone ayant repoussé les sommations du vice-roi envoyé par Philippe V, toutes les forces espagnoles, rendues libres par la trêve conclue avec le Portugal‘, commencèrent de bloquer cette grande cité (fin juillet 1713). Ces forces ne dépassaient guère trente mille hommes. Les insurgés avaient environ treize mille combattants dans la ville, dont quatre mille soldats étrangers, qui avaient déserté avec le consentement de Stahremberg, plus un camp volant sur les hauteurs et des bandes de miquelets qui couraient le pays au loin. Majorque et Iviça avaient suivi l'exemple de Barcelone : ces iles firent passer aux Barcelonais des secours que la marine espagnole ne fut point en état d’intercepter; des sorties heureuses fournirent à la ville de nouvelles ressources, et l’impuissance de l'Espagne à soumettre la rébellion barcelonaise devint évidente.

Philippe V leva les mains de nouveau vers son aïeul. Louis XIV

1. La paix entre l'Espagne et le Portugal fut signée le 14 février 1715.

(1713-1744) GUERRE DE CATALOGNE. 583 ue put rien faire pour lui jusque après la paix avec l’empereur : une fois débarrassé de la guerre du Rhin, Louis s’apprêta à intervenir vigoureusement par terre et par mer. Tandis qu’on armait à Toulon et en Languedoc, la guerre grandissait en Catalogne : un impôt exigé par Philippe V soulevait la province, qui avait été un moment soumise presque en entier; tout reprit les armes, de la Sègre à la mer et de l’Ébre au Ter : les détachements espagnols, épars dans la contrée, furent exterminés ou refoulés dans les places fortes, et la guerre prit un caractère d'extrême cruauté entre les Catalans et les Castillans. Les Barcelonaïs, cependant, avertis des préparatifs de Louis XIV et sachant l'abandon que l’empereur faisait de leurs intérêts à Rastadt, essayèrent de transiger : ils offrirent de reconnaître Philippe V et de payer trois millions pour les frais de la guerre. On voulut les avoir à discrétion. Ils embarquèrent pour Majorque et l'Italie le plus qu’ils purent de bouches inutiles et s’apprêtèrent à combattre jusqu’à la mort. Un ridicule entêtement de Philippe V leur valui trois mois de répit. La reine d'Espagne était morte, à vingt-cinq ans, le 14 février 1714 : sa mort ne changea rien à la conduite du cabinet espagnol, si ce n’est que la princesse des Ursins gouverna directement le roi, au lieu de le gouverner indirectement. Madame des Ursins était attachée avec une furieuse obstination à l’idée fixe de se faire tailler une principauté dans les Pays-Bas catholiques, la signature de la paix entre l'Espagne et la Hollande était suspendue depuis plusieurs mois‘, parce que le cabinet de Madrid voulait que la Hollande garantit absolument la principauté. Quand Louis XIV eut renoncé à exiger cette concession de l’empereur, Philippe, ou plutôt son ministre femelle, traîna d'autant mieux le traité avec la Hollande, sur l'espoir que les Hollandais, froissés dans leurs intérêts com-

1. Les négociations de l'Espagne avec l'Angleterre avaient été terminées, le 9 décembre 1713, par un traité de commerce qui remettait les relations sur le même pied qu’au temps de Charles II : les Indes Espagnoles étaient interdites aux navires étrangers, sauf l'importaute exception de la traite des noirs en faveur des Anglais, L'Espagne s’engageait à ne jamais céder aucun poste dans les Indes aux Français ni à d’autres. Les Anglais, dans les états européens de l'Espagne, étaient admis aux mêmes avantages que les Français ou étrangers les plus favorisés : un droit d’entrée de 10 pour cent fut substitué aux droits divers qui pesaient sur les marchandises étrangères, si ce n’est dans les provinces basques, et sauf les vieux droits appelés alcavala, cientos et milones. V. Lamberti, t. VIII.

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merciaux, forceraient l’empereur à céder Louis XIV, justement indigné d’un tel scandale diplomatique, signifia au roi d'Espagne qu'il ne lui donnerait ni troupes, ni vaisseaux, que le traité ne fût terminé avec la Hollande, Madame des Ursins prétendit d’abord tenir tête au Grand Roi et prendre Barcelone sans lui : il falluf que l'impossibilité absolue du succès lui eût été démontrée, pout qu’elle permît à Philippe de déférer aux remontrances de son aïeul‘. Le traité avec la Hollande fut enfin signé, et Louis XIV expédia contre Barcelone une armée commandée par Berwick et une escadre aux ordres de Ducasse.

Berwick arriva, le 7 juillet 1714, devant Barcelone. L’armée espagnole, réduite à douze mille hommes (encore y avait-il des Français dans le nombre), ne pouvait plus, depuis quelque temps, qu’observer la ville et y jeter des bombes. Les Barcelonais avaient seize mille hommes enrégimentés. Après la jonction, Berwick put disposer de trente-cinq à quarante mille combattants, sans compter les corps répartis dans la province. On ne s’attaqua point au Mont-Juich : on ouvrit la tranchée le 12 juillet, du côté opposé, vers la rivière du Besos. Après la brèche pratiquée, les deux premiers assauts furent repoussés avec un grand carnage (12-14 août). Les Barcelonais avaient arboré un drapeau noir avec une tête de mort. Les prêtres et les moines venaient aux brèches croiser la baïonnette avec les grenadiers français. Les amis que les Barcelonais avaient au dehors eurent moins de succès : douze mille miquelets et sommetans (montagnards), qui s’avançaient pour

1. Mém. de Berwick, t. [T, p. 165. — Madame des Ursins ne tarda pas à porter la peine de son outrecuidance Trop vieille pour se faire épouser par Philippe V, comme elle n’y eût pas manqué si la chose eût été possible, elle avait remarié ce prince, sans consulter Louis XIV, à une princesse de Parme, comptant gouverner avec cette nouvelle reine comme elle avait fait avec la première. Mais la Parmesane était un démon d'orgueil et de dissimulation : elle partit d'Italie avec la pensée d’écarter à tout prix la femme altière à qui elle devait la couronne. Le cabinet de Versailles n’eut pas de peine à s’entendre avec elle à ce sujet : Philippe V, à quile joug finissait par peser, mais qui n’eût jamais osé le rompre de sa propre main, reçut vraisemblablement sa leçon par correspondance. Lorsque la princesse des Ursins alla, comme camerera mayor, au-devant de la jeune reine, celle-ci, qui avait les pleins pouvoirs du roi, lui chercha querelle sur un prétexte frivole, la fit jeter dans un carrosse, sans lui donner seulement le temps de prendre des provisions ni des habits de voyage, et la fit conduire jusqu’à la frontière par un officier des gardes (fin décembre 1714). Ce premier ministre femelle, si brusquement déchu, se retira en Italie ety mourut en 1722, [lle avait été hostile à l’inquisition : il faut lui en tenir compte,

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