‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 320 sur 341 · PIERRE LE GRAND ET CHARLES XIL · texte numérisé non relu

PIERRE LE GRAND ET CHARLES XIL

cessivement au pouvoir des Russes; les provinces allemandes de la Suède sont envahies à leur tour : les Prussiens, puis les Hanovriens, se joignent aux Danois et aux Saxons. La Suède, privée de son chef et de son armée, se défend intrépidement, mais les succès mêmes l’usent presque autant que les revers, contre des ennemis toujours renaissants. Charles XII, réfugié en Roumanie, à Bender, s'efforce d’armer l'empire othoman, qui a laissé perdre sans agir les grandes occasions des guerres de Hongrie et de Pologne. La Turquie se lève tardivement, à la fin de 1710. Le tzar Pierre imite la faute de Charles XII : il prend l'offensive ; il s'engage témérairement dans la Moldavie et se laisse envelopper sur le Pruth par les Othomans. Il va périr : Falczim va venger Pultawa et faire reculer pour longtemps la fortune de la Russie. L’incapacité du grand-vizir sauve le tzar : le ministre othoman vend la paix à l'ennemi qu’il peut anéantir (12 juillet 1711) : Pierre en est quitte pour rendre Azof, pour faire aux Turcs une vaine promesse de ne plus s’immiscer dans les affaires de la Pologne et des Cosaques et pour suspendre l'exécution de ses projets sur la mer Noire'. Ce qui devait être une ruine, n’est ainsi, pour la Russie, qu’un échec partiel qui retarde à peine la marche de ses destinées, et Pierre se dédommage aux dépens de la Suède, tandis que la Turquie, se détournant de ses vrais ennemis, va se jeter sur les Vénitiens.

Le résultat le plus net des deux guerres de l’occident et du nord, c’est donc, en somme, l’accroissement de l’Angleterre et de la Russie et l’entrée de ce dernier état dans la politique européenne. L'influence russe va remplacer dans le nord l'influence suédoise, qui avait dominé depuis la guerre de Trente Ans. La Suède n’eût-elle pas essuyé le désastre de Pultawa, qu’elle eût toujours fini par perdre une prépondérance que ses forces réelles ne lui permettaient plus de soutenir, maintenant que les grands états faisaient la guerre avec toutes leurs ressources à la fois, avec des masses d'hommes et des masses d’or.

Le gouvernement de Louis XIV ne vit pas avec indifiérence cette révolution dans le nord : quoiqu’ii eût peu à se louer de

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