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Le traité dans Dumont, t, VIII, p

Charles XII, Louis XIV envoya des secours d'argent aux généraux suédois qui défendaient les débris de la Poméranie et, lorsque Charles XII, désespérant de rien tirer des Othomans, eut enfin regagné son territoire envahi, la France tenta, mais en vain, d’interposer sa médiation (fin 1714). Le 3 avril 1715, Louis XIV promit, par un traité formel, 1,800,000 fr. de subside annuel à Charles XIT, pendant trois ans, et ses bons offices pour lui faire rendre les possessions suédoises d'Allemagne *.

Il était d’une bonne politique de travailler à arrêter la Suède sur le penchant de sa ruine. La politique de Louis XIV fut moins sage dans ses relations avec l’Angleterre après le traité d'Utrecht. Tandis que Louis XIV s’obligeait officiellement à ne troubler en aucune façon la transmission de la couronne britannique dans la ligne protestante et retirait au prétendu Jacques IIT l'asile qu’il avait donné, pendant vingt-quatre ans, à lui et aux siens, le chef même du cabinet anglais, Harley, comte d'Oxford, qui lui demandait ces engagements au nom du gouvernement de la reine, l’engageait mystérieusement à favoriser un complot qui avait pour but la restauration du prince exilé et l'exclusion de la ligne protestante. La foi au droit monarchique l'emportait sur la foi des traités dans l'esprit du Grand Roi et, d’ailleurs, il ne pouvait avoir grand scrupule à violer son traité d’après les instigations du gouvernement même avec lequel il traitait. La reine Anne était, au moins d'intention, complice de son ministre et ne demandait pas mieux que d’assurer sa succession à son jeune frère, moyennant garanties pour l’église et pour les lois établies. Oxford fit entendre au prétendant, qui s'était réfugié en Lorraine, et à la cour de France, qu’il fallait ajourner après la paix la révocation de la loi de succession : en attendant, les jacobites, sur les instructions du prétendant, secondèrent activement les tories et les aidèrent à mater les whigs et à faire la paix comme ils voulurent. La paix venue, Oxford ajourna de mois en mois, sous divers prétextes, l'effet de ses promesses : la santé de la reine baissait d’une manière effrayante et cependant Oxford ne faisait rien pour assurer la succession aux jacobites;

1, Flassan, t. IV, p. 349,

11744-17415] LA REINE ANNE ET GEORGES Ie. 59

il les avait évidemment leurrés. Était-ce au profit des tories? — Oui, d’abord, mais non pas finalement; car il ne faisait rien non plus pour fortifier les tories et les mettre à même d’imposer leurs conditions à l’héritier protestant. Oxford n'avait songé qu’à luimême et, depuis que la reine déclinait, il se rapprochait en secret des whigs, des hanovriens. Tories et jacobites, Bolingbroke , Ormond, etc., se réunirent enfin pour l’abattre et obtinrent sa destitution de la reine (7 août 1714) : il était trop tard; quelques jours après, une attaque d’apoplexie termina ce règne, qui avait offert un contraste si frappant entre la glorieuse activité de la nation et la complète insignifiance de la personne royale (12 août). Ce contraste devait devenir presque normal dans le gouvernement parlementaire de la Grande-Bretagne. Les jacobites restèrent immobiles. Les tories se précipitèrent au-devant de l'électeur de Hanovre pour se faire pardonner le passé par leur empressement à saluer le roi George I®'. La transmission de la couronne des Stuarts dans la maison de Brunswick s’opéra sans la moindre opposition.

Le nouveau roi d'Angleterre entra sur-le-champ en contestation avec la France pour un objet important, mais étranger aux intérêts du prétendant. Louis XIV avait accompli la plus douloureuse des conditions de la paix : il avait fait combler le port de Dunkerque, percer les digues et les jetées, miner les écluses ; mais, en détruisant les magnifiques travaux qui avaient été une des gloires de ses belles années, il n’avait pu se résigner à abandonner toute position maritime sur cette côte et il avait fait ouvrir, à l’ouest de Dunkerque, en tirant vers Mardyck, un nouveau canal d’une lieue de long, capable d’abriter des vaisseaux de quatre-vingts canons. Georges [*, à peine arrivé en Angleterre, fit adresser de vives représentations au cabinet de Versailles, soutenant que c'était violer l'esprit du traité d'Utrecht. Le cabinet français prétendit que le canal de Mardyck n'avait pour but que d’empêcher la submersion du pays et de faire écouler les eaux de quatre canaux, qui auparavant s’écoulaient par les écluses de Dunkerque (octobre - novembre 1714). Au commencement de l'année suivante, un nouvel ambassadeur anglais, le comte de Stairs, vint renouveler les instances de son devancier Prior avec

une âpreté arrogante qui blessa vivement le roi ‘. Louis ne voulut point paraître céder à des remontrances qui ressemblaient à des menaces, et le ministre Torci interrompit même les rapports diplomatiques avec Stairs; cependant les travaux de Mardy furent suspendus, ou au moins ralentis.

La cour de France espérait se dédommager bientôt. Les factions avaient été promptement réveillées en Angleterre par la politique exclusive du nouveau roi. Les avances des tories avaient été repoussées, le parlement dissous, Oxford écarté avec mépris, Marlborough rétabli dans ses charges. Les whigs, rentrés en pleine possession de l'Angleterre, se déchaïnaient avec fureur contre le dernier ministère, qui avait, disaient-ils, trahi les alliés de la Grande-Bretagne et sacrifié les intérêts nationaux par une paix honteuse. Des poursuites criminelles étaient entamées contre les ministres de la reine Anne, et Bolingbroke était arrivé en fugitif dans cette même France à laquelle il était apparu naguère comme l'arbitre tout-puissant de la paix. Les tories persécutés s’associèrent aux jacobites : Bolingbroke et ses amis entrèrent dans une vaste conspiration, qui s’étendit rapidement dans toute l’Angleterre et l'Écosse, et que le maréchal de Berwick, frère du prétendant, appuyait avec énergie à Versailles. Cette réaction devint quelque chose d’assez sérieux, pour que le déloyal Marlborough, tout couvert des bienfaits de Georges Ier, crût devoir faire des protestations secrètes à Jacques IT, afin de se ménager des chances à tout événement ?. Louis XIV refusa aux conjurés les troupes qu’ils lui demandaient, mais leur promit une assis-

1. Suivant le président Hénault (Abrégé chronol. de l'Hist. de France), Louis XIV aurait dit à lord Stairs : — « Monsieur l'ambassadeur, j'ai toujours été le maître « chez moi, quelquefois chez les autres; ne m'en faites pas souvenir. » Voltaire affirme, d’après le témoignage de M. de Torci, que ce propos n’a point été tenu. Les mots historiques sont rarement authentiques. — Sur l'affaire de Mardyck, v. Flassan, Hist. de la diplomatie française, t. IV, p. 351. — Lamberti, t. VII, p. 678; t. IX, p. 143. — Saint-Simon, t. XII, p. 128.

2. V. Lémontei, Hist. de la Régence, t. I®", p. 87. Voici qui peut faire juger de la moralité de ce graud capitaine. En avril 1713, il écrivait à l'électeur de Hanovre: « Je vous prie d’être persuadé que je serai toujours prêt à exposer ma vie ct ma fortune pour votre service. » En octobre de la même année, il déclarait à un agent jacobite qu’il aimerait mieux avoir les mains coupées que de rien faire qui pât être bréjudiciable aux intérêts du roi Jacques. (Stuaris papers.)

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