RUPTURE AVEC L'EMPEREUR
disposition des forces de l’Empire, si l’on ne se hâtait de ranimer le courage du divan par une attaque directe au cœur de l'Allemagne. Ces intérêts, graves sans doute, mais bien moins pressants, bien moins décisifs que ceux qui s’agitaient aux bords de la Tamise, l’emportèrent dans l'esprit de Louis XIV. Dans les premiers jours de septembre, les troupes françaises commencèrent à filer vers la Lorraine et l’Alsace. Le camp de Maintenon avait été levé le 16 août, et les régiments qui le composaient, après quelque repos nécessité par les maladies qui les avaient cruellement tourmentés, furent dirigés vers la frontière de l’est. Les travaux de Maintenon ne devaient jamais être repris; l’aqueduc resta inachevé, pareil à une gigantesque ruine romaine!, et la rivière d'Eure n’apporta point à Versailles le tribut de ses eaux. Cétait la première fois que Louis le Grand reculait dans l’exécution d’une de ses entreprises.
Le 24 septembre, Louis XIV lança un manifeste contre l’empereur et l’électeur palatin. Les raisons qu’il alléguait pour se justifier de reprendre les armes, par exemple le refus fait par l’empe- «eur de convertir la trève de Ratisbonne en une paix définitive, itaient peu solides, et il eût mieux fait de déclarer tout simplement qu’il attaquait pour n'être point attaqué. Les prétentions qu’il enonçait n'étaient pas, du reste, exorbitantes. Il allait, disait-il, faire assiéger Philipshbourg, comme la place la plus capable de faciliter à l'ennemi l'entrée dans ses états, et occuper Kaiserslautern, comme nantissement des droits de la duchesse d'Orléans. Il offrait de rendre Philipshbourg quand il l'aurait pris et rasé, à condition qu’on n’en püt rétablir les fortifications. Il rendrait Freybourg à la même condition, pour faire voir qu’il n'avait pensé qu’à fermer son royaume et non pas à se conserver les moyens de l'agrandir ; seulement il conserverait le nouveau fort bâti vis-à-vis de Huningue et un autre fort appelé Fort-Louis, élevé depuis la trêve dans une île du Rhin, entre Strasbourg et Lauterbourg. Il retirerait ses troupes de l'électorat de Cologne, dès que le pape aurait confirmé le choix du cardinal de Fürstenberg, et s’emploie-
1. Sous Louis XV, plusieurs des arcades furent démolies pour servir à l’agrandissement du château de Créci, domaine de madame de Pompadour. Les restes de laqueduc subsistent encore dans le parc de M. le duc de Noailles.
rait à procurer la coadjutorerie au prince Clément de Bavière. Enfin, Madame se désisterait, à prix d'argent, de ses droits sur les terres de la succession palatine. Ces propositions devaient être acceptées et la paix conclue avant le mois de janvier, sinon le roi ne serait plus tenu à ses offres *.
Le lendemain, le dauphin partit de Versailles pour aller prendre le commandement de l’armée qui devait assiéger Philipshoureg. Louis avait voulu donner à son fils l'honneur d'ouvrir les hostilités. Ce fut le signal d’une guerre qui devait être plus longue et plus terrible que celle de Hollande, et qui débutait par une faute immense ?,