‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 63 sur 341 · AFFAIRE DES POISONS · texte numérisé non relu

AFFAIRE DES POISONS

obstacle aux opérations du duc de Lorraine et de l'électeur de Bavière, qui, après avoir projeté d'attaquer Strasbourg , furent décidés par les cris des populations allemandes à entreprendre le siége de Mayence. Le duc de Lorraine déboucha sur la rive gauche par Goblentz et fut rejoint devant Mayence par l'électeur, sans que Duras fit d'autre diversion que de dévaster la Souabe et de brûler Bade et d’autres petites villes sans importance militaire. Mayence, bloquée depuis le commencement de juin et assiégée en forme dans le courant de juillet, avait pour garnison une petite armée, dix mille hommes commandés par le lieutenantgénéral d'Huxelles. Ces dix mille hommes se défendirent vaillamment et habilement contre près de soixante mille ennemis. Au commencement de septembre, après six ou sept semaines de tranchée ouverte, ils repoussèrent, avec un affreux carnage, plusieurs assauts donnés aux nouveaux ouvrages qui protégeaient la place, dont le corps était mal fortifié. On prétend que l’assaut du 6 septembre coûta cinq mille hommes aux ennemis. Les assiégeants commençaient à craindre de ne pouvoir surmonter cette héroïque défense, et le duc de Lorraine fut très-surpris et trèsheureux de recevoir, le surlendemaiïn, une offre de capitulation : il accorda toutes les conditions que voulut le gouverneur. C'était l'épuisement des munitions qui avait forcé d’Huxelles à rendre Mayence; la même cause nous avait déjà fait perdre Philipsbourg, pendant la Guerre de Hollande. La prévoyance de Louvois s'était trouvée en défaut‘.

Pendant ce temps, l'électeur de Brandebourg, à la tête de plus de vingt-cinq mille hommes, avait travaillé à chasser les Français de l'électorat de Cologne. Les lettres évocatoires de l'empereur et la déclaration de la diète avaient fait effet dans l'électorat : le cardinal de Fürstenberg avait été abandonné de ses troupes allemandes et leur désertion avait fait perdre plusieurs places. Un échec essuyé, dès le mois de mars, par le com-

1. Saint-Hilaire (t. I, p. 416) accuse Louvois et d’Huxelles de s'être entendus pour rendre la place au moment où Duras allait la secourir. Louvois, dit-il, avait besoin d'un mauvais succès pour se rendre indispensable au roi, qui se dégoûtait de lui. Ii existe contre Louvois assez de griefs certains sans le charger encore d'une trahison si peu vraisemblable, de compte à demi avec un des plus braves officiers de l’armée.

mandant français Sourdis, avait encore obligé d'évacuer Neuss, Rheinberg et Keyserswert tombèrent ensuite au pouvoir de l’ennemi (mai-juin); puis l'électeur de Brandebourg marcha contre Bonn, principale place de l'électorat et résidence des archevêquesélecteurs. Bonn, accablée de bombes et de boulets rouges, s’écroula dans les flammes. Étrange manière de délivrer les villes rhénanes que de les traiter absolument comme faisaient leurs oppresseurs! Les Français, avant le bombardement, avaient fait sortir toutes les bouches inutiles. La garnison s’obstina à défendre les débris de la ville, et l'électeur de Brandebourg, affaibli par les secours que lui demandèrent le duc de Lorraine et le prince de Waldeck, fut obligé de convertir le siége en blocus. Mayence prise, le duc de Lorraine vint à son tour renforcer Brandebourg avec le gros de son armée; la place tint encore un mois entier et ne se rendit que le 12 octobre , après que tous les dehors eurent été emportés dans un assaut où le brave gouverneur d’Asfeld fut blessé à mort.

La saison était trop avancée et Les troupes allemandes avaient trop souffert aux siéges de Mayence et de Bonn, pour que leurs généraux pussent songer à rien entreprendre du reste de l’année; ils prirent leurs quartiers d'hiver dans le Palatinat, tout ruiné qu’il füt. Ainsi le but qu’on s’était proposé par des expédients si barbares n’avait pas même été atteint: on n’était point parvenu à rendre le Palatinat inhabitable; l’homme avait bien pu détruire l'ouvrage de l’homme, maïs non pas stériliser, en quelques jours, la riche nature de ces contrées. L'armée française hiverna en Alsace et en Lorraine, gardant, par ses avant-postes, une partie du Palatinat et de l'électorat de Trèves.

Louvois n’élait pas encore rassasié de dévastations. Après la perte de Mayence, il eût voulu infliger le sort de Worms et de Spire à une cité bien plus grande et plus illustre. Il proposa au roi de brûler Trèves. Louis, lorsqu'il s'était agi d’anéantir les villes du Rhin, avait été d’abord fasciné par l'espèce d’horrible grandeur que manifeste une telle puissance de destruction; mais le remords n'avait pas tardé à s’éveiller dans son âme : il recula devant ce nouvel attentat. Louvois, vivement repoussé, revint à la charge. Quelques jours après, il déclara audacieusement à Louis qu’il prenait la responsabilité sur lui et qu’il avait expédié

(1689) MAYENCE ET BONN PERDUS. aa

Pordre. Le roi, transporté de colère, leva la main sur le ministre. Madame de Maintenon se jeta entre eux deux; Louis enjoignit à Louvois de se hâter d'envoyer un contre-ordre; sa tête répondrait d’une seule maison brûlée. L'ordre n’était point parti ; Louvois avait compté forcer la main au roi en lui donnant la chose comme faite. Cette scène, après bien d’autres, laissa un profond ressentiment dans le cœur du roi!.

La campagne des Pays-Bas n’avait eu aucun résultat. On n’y avait déployé de grandes forces ni d’un côté ni de l’autre. Louis XIV avait déclaré la guerre à l'Espagne le 15 avril et fai entrer ses troupes en Belgique à la mi-mai. Deux légers échecs essuyés par le maréchal d’'Humières, en assaillant les positions du prince de Waldeck, n’empêchèrent pas les Français de rester sur les terres d’Espagne jusqu’à l’automme ; mais les ennemis, de leur côté, mirent à contribution la Flandre française.

En Catalogne, le duc de Noaïilles, qui avait reçu là un emploi plus honorable et plus digne de ses talents que la conduite des dragonnades, n’eut pas le moyen de rien tenter d’important. Seulement, il se maintint pendant toute la saison sur le revers espagnol des Pyrénées.

La guerre maritime offrit bien autrement d'intérêt. Pour la première fois, la marine française se trouvait en face des deux grandes marines réunies. Terrible épreuve, quand on pense que tenir tête à l’une des deux seulement, à la marine hollandaise, avait été considéré, bien peu d'années auparavant, comme une haute amhition. Un traité fut signé le 9 mai, entre l’Angleterre et la Hollande, pour la jonction des flottes, l'Angleterre devant équiper cinquante vaisseaux et la Hollande trente. Mais les opérations offensives des Français contre Guillaume III avaient commencé dès le mois de mars. Presque toute l'Irlande, avec son lord-député (gouverueur) Tyrconnel, s'était déclarée pour Jacques IE et le vicomte de Dundee avait soulevé en faveur de la même cause une partie de la Haute Écosse. Jacques IT résolut d’aller se mettre à la tête des catholiques irlandais; il conclut avec Louis XIV un traité par lequel il promettait à la France un secours de sept mille Irlandais

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