‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 62 sur 341 · Dumont, t. VII, 2 partie, p · texte numérisé non relu

Dumont, t. VII, 2 partie, p

2. Le Grand Électeur était mort en mai 1688 et avait eu pour successeur son fils Frédéric LIL.

gique, une armée hispano-batave composée en grande partie d’auxiliaires allemands, appelés en Hollande pour remplacer la petite armée qui était allée détrôner Jacques IT. Les Français, à peu près égaux à leurs adversaires sur la frontière belge, étaient très-inférieurs sur le Rhin et la capacité de leurs généraux ne compensait pas ce désavantage. La France n’avait plus qu’un seul général de grand renom, Luxembourg; mais, brouillé avec le ministre, dont sa fierté ne pouvait supporter le despotisme, il était en disgrâce depuis une dizaine d'années et Louvois avait détourné le roi de l’employer. L’armée du Rhin demeura entre les mains de Duras; l’armée des Pays-Bas fut confiée au maréchal d’'Humières.

Ces choix ne furent point heureux. Duras ne sut pas mettre

1. La cause de la disgrâce de Luxembourg se rattachait à une étrange affaire, qui avait longtemps et violemment agité Paris et la cour, l'affaire des poisons. Le procès de la fameuse marquise de Brinvilliers, brûlée en 1676 pour avoir empoisonné son père, ses deux frères et sa sœur, avait laissé une vive impression dans les esprits. Des incidents mystérieux firent penser que les crimes de la Brinvilliers et de son amant Sainte-Croix n'étaient pas des crimes isolés; qu’il existait à Paris une espèce d'école d’empoisonnement fondée par un Italien appelé Exili : on disait que des révélations sinistres arrivaient aux magistrats par l'intermédiaire des confesseurs; que la poudre de succession était dans les mains de beaucoup d’héritiers impatients; la terreur était générale. En 1680, le conseil du roi jugea nécessaire d’établir à l’Arsenal une commission extraordinaire, que le peuple qualifia de chambre ardente, parce que les crimes qu’elle avait à poursuivre étaient passibles du feu. Plusieurs femmes, la Voisin, la Vigoureux, un prêtre nommé Lesage, etc., furent mis en jugement pour avoir fait commerce de poison. Une foule de grands personnages se trouvèrent compromis comme ayant eu des relations avec ces misérables. Deux des nièces de Mazarin, la duchesse de Bouillon et la comtesse de Soissons, furent ajournées devant la chambre de l’Arsenal, Madame de Bouillon fut interrogée, traita l'affaire assez cavalièrement et s’en tira sans difficulté; mais sa sœur, la comtesse de Soissons, l’amie de jeunesse du roi, aima mieux quitter la France que de paraitre en justice. Le duc de Vendôme, l’arrière-petit-fils de Henri IV, fut interrogé. Le maréchal de Luxembourg, chargé, par les dépositions des accusés, de crimes invraisemblables, alla de lui-même se rendre à la Bastille, sans réclamer les priviléges de sa pairie, 1 y resta quatorze mois, tout le temps que dura le procès de la Voisin et de ses complices, qui eurent enfin le sort de la Brinvilliers. La malveillance de Louvois avait beaucoup contribué, dit-on, à prolonger la captivité du maréchal, qui n'avait eu d’autres torts que des liaisons indignes de lui et qu’une curiosité peu orthodoxe. ia Voisin et ses complices n'étaient pas seulement des empoisonneurs, mais encore les entremetteurs, des sorciers, des devins, des tireurs d’horoscopes, qui faisaient voir le diable et disaient la bonne aventure aux curieux, Il y eut dans cette vaste procédure, à côté de quelques crimes secrets, beaucoup de légèreté et de folie. (V. les Lettres de madame de Sévigné, 1680, janvier-mars. — Mëm. de La Fare, p. 291.)

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