‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 75 sur 341 · GUILLAUME III ET LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

GUILLAUME III ET LE PARLEMENT

d'Angleterre ». Le parlement anglais lui suscitait bien des difficultés. I se trouvait là entre les whigs, partisans de sa personne, mais adversaires de l'autorité royale, et les tories, partisans de la royauté, mais répugnant à la personne du nouveau roi, qu’on avait intronisé par une violation du principe monarchique. De même, quant à la question religieuse, Guillaume était entre l2s anglicans, qui prétendaient maintenir leur domination exclusive, et les dissidents, qui aspiraient à l'abolition des priviléges anglicans. Au fond, Guillaume eût voulu le despotisme politique ‘ et la Hberté religieuse, et il avait affaire à une nation qui voulait tout le contraire : sincère dans les sentiments qu’il avait exprimés, avant son expédition, contre les persécutions religieuses, et d’ailleurs mécontent des évêques, dont plusieurs avaient refusé de lui prêter serment, il eût souhaité changer la formule du test, afin de rendre les emplois accessibles aux dissidents, et réunir tous les protestants par une espèce de syncrétisme. Ces vues étaient trop avancées pour l’état moral de l'Angleterre : les bills présentés au parlement ne passèrent point ? et Guillaume ne put faire adopter qu’un bill de tolérance, qui exempta les dissidents des lois pénales à de certaines conditions. Les catholiques, bien qu’ils ne fussent pas compris dans le bill, en profitèrent de fait. Sur la question religieuse, Guillaume p’avait trouvé appui que chez une partie des whigs; sur la question politique, les tories, au contraire, se rapprochèrent de lui dans l'espoir d’avoir part aux emplois et d’être protégés contre leurs adversaires : ils surmontèrent leurs répugnances pour l'aider à défendre la prérogative royale contre les restrictions et les limitations des whigs.

Ces discussions avaient contribué à faire languir la guerre d’Irlande. Les whigs comprirent que la cause de la révolution périclitait, et les communes votèrent ? millions sterling pour la guerre tant en Irlande que sur le continent (novembre 1689). Guillaume

1. Ou, du moins, une autorité forte et dominante; mais ce n’était pas pour en user avec violence ; il se montra modéré envers les personnes, et sa modération contribua même à le dépopulariser auprès des whigs, qu'il empêcha de se venger de leurs ennemis vaincus. V. Mac-Aulay, Guillaume III.

2. En Écosse, au contraire, où l’épiscopat ne s’était soutenu que par l’appui de la royauté, le presbytérianisme ressaisit ne pleine domination et redevint tyrannique à son tour,

résolut de passer en Irlande : là était pour lui la question capitale qu’il fallait trancher à tout prix. Il espérait chasser son rival et compléter la réduction des trois royaumes sous son sceptre, pendant que ses alliés entameraient la France par les frontières du nord et du sud-est. Une armée se réunissait en Belgique, sous le prince de Waldeck, et devait être renforcée par l'électeur de Brandebourg, afin de pénétrer en Picardie ou en Champagne. Vers les Alpes, la coalition espérait un nouvel allié, le duc de Savoie, qui négociait en secret avec elle et dont le secours permettrait sans doute de percer dans le Dauphiné. L'empereur avait obtenu, le 24 janvier 1690, un succès que Louis XIV n'avait plus été en mesure de lui contester : il avait fait élire son fils Joseph roi des Romains sans aucune opposition.

La France fut en mesure de faire face partout, bien qu'avec des armées inférieures en nombre. En Allemagne, le dauphin reprit le commandement nominal sous la direction du maréchal de Lorges, appelé à remplacer son frère Duras, dont on n'avait point été satisfait l’année précédente. Le duc de Noaïlles conserva la conduite de la petite armée de Catalogne. Du côté de la Belgique, le commandement fut confié à Luxembourg : le roi eut le bon sens d'imposer silence aux rancunes de Louvois ‘. On avait jugé nécessaire d’avoir un corps d'armée sur les Alpes, pour secourir au besoin Casal contre les Espagnols et contenir le duc de Savoie : là, comme en Belgique, le choix du général fut excellent et porta sur le plus distingué de tous les lieutenants-généraux, qui s'était extrêmement signalé en dernier lieu au siége de Philipsbourg; c'était Catinat, le digne ami de Vauban, son émule en lumières et en vertus civiques. Ce guerrier modeste et grave, étranger par sa naissance comme par ses mœurs à la noblesse militaire et à la cour ?, s'était élevé lentement par la seule force de son mérite ; par la nature de ses talents, il était à Luxembourg ce qu'avait été Turenne à Condé.

1. Il n’est pas vrai, toutefois, que Luxembourg ait obtenu de correspondre directement avec le roi sans passer par l'intermédiaire du ministre; on a toute sa correspondance avec Louvois, pendant cette campagne et les suivantes, dans les t. VI, VII VII des Lettres pour servir à l'Histoire militaire de Louis XIV.

Page 1