INVASION DE L’AUTRICHE
accouru dans ses états d'Allemagne, se mettre à la tête de ses Hanovriens et de douze mille Hessois et Danois à la solde de l’Angleterre : il n’imita pas tout à fait son voisin de Saxe; mais, se sentant trop faible pour attendre le choc de Maillebois, il demanda ja neutralité pour le Hanovre et promit de ne pas voter, dans la diète électorale, pour le grand-duc de Toscane. L'armée de Maillebois resta en Westphalie, afin de surveiller le Hanovre et de protéger la diète électorale convoquée à Francfort. Marie-Thérèse fut ainsi privée de toute diversion. Lintz, Entz, toute la Haute- Autriche, tombèrent en peu de jours, et presque Sans résistance, entre les mains des Franco-Bavarois (septembre). Déjà les partis français apparaissaient à quelques lieues de Vienne, qui n’avait qu’une garnison et des fortifications insuffisantes.
L'invasion française avait frappé Marie-Thérèse comme la foudre. Jusqu'au dernier moment, la fille de Charles VI avait refusé de croire le cabinet de Versailles capable d’une violation si criante de la foi jurée et d'une résolution si hardie. Tout semblait annoncer la ruine de la maison d'Autriche. Plus d’alliés que les Anglais, qui sont bien loin! point de finances, presque point d'armée! Toutes les ressources régulières manquent, et, quant aux ressources extraordinaires, aux grands élans qui sauvent parfois les peuples attaqués dans leur nationahté, comment les demander à ce ramas de populations diverses accouplées dans cet assemblage artificiel qu'on nomme la monarchie autrichienne? Déjà la Silésie s’est donnée : la Bohème se laissera prendre; PAutriche même semble passive. Marie-Thérèse apprécie, d'un coup d'œil ferme, la dernière chance qui lui reste. Par delà les proyinces germaniques, germano-slaves et italfennes, déjà partagées en espoir et partie en fait par la diplomatie, s'étendent de vastes contrées à demi barbares, dont la possession, toujours contestée, soit par la rivalité othomane, soit par la rude liberté des indigènes, a été plus souvent un péril qu'une force pour les monarques autrichiens; c’est le royaume de Hongrie avec ses annexes. Ces races guerrières, depuis deux siècles, s'agitaient sur place, dans leur patrie devenue le perpétuel champ de bataille des Tures et des Ailemands : Marie-Thérèse a deviné, avec un grand instinct, quel parti on peut tirer de leur génie belliqueux, en leur ouvrant
une large carrière de gloire et de butin et en les lançant sur PAllemagne. La clef de l'antre qui recèle ces tempêtes était dans les mains de l’aristocratie magyare : comment gagner ces magnals, qui, presque tous, gardent, au fond de leurs châteaux, le portrait, voilé d'un crêpe, de quelque aïeul décapité par la hache de l’Autriche? L’héritière des Hapsbourg n’en a point désespéré. Tandis que tous les autres états de la monarchie lui envoyaient à Vienne des hommages qu'ils étaient prêts à transférer, le lendemain, à des maîtres plus heureux, Marie-Thérèse est allée, au mois de juin, à Presbourg, chercher l'hommage plus difficile, mais plus sûr, des Hongrois, et là, devant la diète assemblée, elle a prêté le fameux serment d'André II, c’est-à-dire proclamé le rétablissement de l’ancienne constitution de Hongrie, abolie par son aïeul Léopold. Elle n’a omis qu’un seul article, celui qui autorisait les Hongrois à défendre, par les armes, leurs priviléges contre le souverain qui viendrait à les enfreindre. La diète n’en exige pas la restauration. Une autre ancienne loi, également abrogée par Léopold, excluait les femmes du trône : la diète proclame le roi Marie-Thérèse (25 juin)!, subterfuge dans le goût des équivoques antiques et justifié par le cœur viril de la femme-roi.
Cctie première épreuve avait donc réussi, et déjà la Hongrie avait fourni quelques troupes pour la guerre de Silésie. A l’entrée des Franco-Bavarois en Autriche, Marie-Thérèse retourne de Vienne à Presbourg et se présente devant la diète, vêtue de deuil, avec la couronne de saint Étienne sur la tête et l'épée des rois de Hongrie à la ceinture : elle adresse, en latin, à l'assemblée, une harangue pathétique et déclare qu'abandonnée de tous ses alliés, elle n’a plus d'espoir que dans la foi et dans la vaillance des Hongrois, et qu’elle remet son salut et celui de ses enfants dans leurs mains. À ce spectacle d’une jeune femme belle, courageuse et infortunée, à ces paroles émouvantes, les chefs magyars oublient qu'ils ont devant eux la petite-fille du tyran Léopold ? : ils tirent
1. La diète hongroise avait sanctionné la pragmatique dès 1723. Sur Marie-Thérése en Hongrie, v. Coxe; Maison d'Autriche, ch. ct.
2. Son père avait tué leurs pères ; ses fils devaient tuer leurs fils! Ce fut un Bathyani, aïeul du martyr de 1849, Louis Bathyani, qui, le premier, poussa ce eri : Moriamur pro rege nostro Mariä Theresd.