‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 139 sur 327 · L. Mém. de d'Argenson, P: 302-331. — Duclos, Mém. secrets · texte numérisé non relu

L. Mém. de d'Argenson, P: 302-331. — Duclos, Mém. secrets

{1741} BATAILLE DE MOLWITZ. 231 avait été mise en pleine déroute, et le roi lui-même, entrainé dans la fuite de ses escadrons, avait cru tout perdu. On vit alors ce que valaient les changements introduits dans l'infanterie par le prince d’Anhalt'. Les bataillons prussiens, manœuvrant, s€ déployant ou se formant en carrés avec une vivacité et une précision inconnues, semblaient, suivant l'expression de Frédéric, des batteries ambulantes dont la vivacité de la charge triplait le feu : escadrons et bataillons ennemis, déjà ébranlés par une effroyable grèle de balles, vinrent se briser contre leurs baïonnettes. L'infanterie seule, avec ses pièces d'artillerie attachées à chaque bataillon suivant l'exemple de Charles XIT, rétablit et gagna la bataille. Les Autrichiens furent rejetés derrière la Neisse.

Belle-Isle, qui avait reçu le bâton de maréchal pour l’autoriser davantage en Allemagne, accourui au camp du vainqueur pour le presser de s'unir à la France. Frédéric hésita : il eût préféré traiter avec Marie-Thérèse par l'intermédiaire des Anglais et se fût encore contenté d’une partie de la Basse-Silésie. Marie-Thérèse, moins abattue qu’irritée d'un premier revers, refusa de nouveau : elle savait que l'opinion publique en Angleterre épousait sa cause avec passion; le roi Georges II avait obtenu du parlement les moyens d'exécuter son pacte défensif avec l’Autriche, et le parlement avait voté en outre un subside de 300,000 liv. sterl. à Ja reine de Hongrie : la Russie, tombant des mains du vieux maréchal Munich dans celles de la duchesse de Brunswick-Beveren, mère du petit tzar Ivan, revenait aussi aux intérêts autrichiens. Tandis que le maréchal de Belle-Isle était allé en Bavière ménager un traité entre les deux seuls prétendants à la succession autri-

1. Frédéric Il, Hist. de Mon Temps, t. I, p. 102. Vauban avait réuni le mousquet et la pique en une seule arme, le fusil à baïonnette, réforme coïncidant avec la sub-

stitution du mousquet à pierre, où fusil, à l’incommode mousquet à mèche : l'arme blanche et larme à feu avaient été ainsi, non-seulement réunies, mais perfectionnées toutes deux. Vauban avait changé l'armement de l'infanterie : le prince d’Anhalt changea la tactique. J1 comprit que la force devait être lo dans l'étendue et la vivacité du feu : il dédoubla les rangs épais du bataillon, le mit sur trois hommes de hauteur seulement, et fit charger avec des baguettes de fer; 2° dans les jambes : il rétablit le pas cadencé, qui était le secret de l’unité et de la vélocité des légions romaines et qu’on n’avait pas encore rendu aux armées modernes. Le pas cadencé est la tactique même, dans l'opinion d’un grand général de ce temps, de Maurice de Saxe. V. les

Réveries du maréchal de Saxe.

chienne qui se fussent encore déclarés, entre le roi d’Espagne et l'électeur de Bavière (28 mai 1741), Frédéric se décida et signa, le 5 juin, un pacte secret avec la France. Louis XV lui garantit la Basse-Silésie, qui est de beaucoup la plus grande et la meilleure moitié de cette province, moyennant renonciation à Berg et à Julicrs et promesse de son suffrage pour l'élection impériale de Charles de Bavière. La France promit d'envoyer deux corps d’armée en Allemagne, l’un pour seconder l'attaque projetée par les Bavarois contre l'Autriche, l'autre pour empêcher les Hanovriens et les Saxons de faire une diversion contre le Brandebourg : elle s’obligea également de faire déclarer la guerre par la Suède à la Russie, afin de retenir les forces russes dans le nord !.

Le gouvernement français tint parole : deux armées auxiliaires, de quarante mille hommes chacune, franchirent le Rhin dans le courant d'août. La première, entrée par la Souabe, alla se mettre sous les ordres de l’électeur de Baÿière, qui venait d’occuper Passau. La seconde, commandée par le maréchal de Maillebois, fils de Desmaretz, poussa en Westphalie. Avant la bataille de Molwitz, la reine de Hongrie était parvenue à réunir, dans un projet de partage de la Prusse, le roi d'Angleterre, comme électeur de Hanovre, le roi de Pologne, comme électeur de Saxe, et la cour de Russie; mais, quand on vit les Suédois attaquer les Russes par la Finlande et les Français etles Bavarois s’avancer pour donner la main aux Prussiens victorieux, l'électeur de Saxe changea brusquement de parti et se rallia aux ennemis de l'Autriche : on lui promit, pour sa part de butin, la Moravie, qu’on érigerait en royaume, en l’agrandissant d’une portion de la Basse-Autriche. Le roi George IT, malgré les représentations de Walpole, était

1. Des conventions commerciales furent conclues sur ces entrefaites (25 avril, 25 juin 1741), entre la France et la Suède, avec laquelle nous n'avions eu, jusque-là, que des conventions politiques. Le port de Wismar fut accordé, comme entrepôt franc, au commerce français, à l'exclusion de toute autre nation. Le but était d'établir un commerce direct entre la France et la Suëde, au lieu d'employer l'intermé diaire des Anglais, des Hollandais et des Hambourgeois. Les vins de France s'étaient gubstitués en Suède aux vins de Portugal, et la France avait, de son côté, à demander à la Suède les produits de ses mines et de ses forêts. Cette tentative ne fut malheureusement pas soutenue : le Souvernement de Louis XV était incapable de suite dans le bien, Un traité de commerce fut aussi passé avec le Danemark en août 1742. V. Flassan, t, V, p. 121-165,

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