‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 153 sur 327 · MADAME DE CHATEAUROUX · texte numérisé non relu

MADAME DE CHATEAUROUX

à la tête de son armée. Une énergique influence agissait en ce moment sur l’indolent monarque et l’enlevait en quelque sorte à lui-même. Cette action salutaire venait d’où l’on n’eût guère pu l'attendre, d’une nouvelle maîtresse, qui n’avait été d’abord qu’un nouveau et qu’un plus éclatant scandale. Madame de Vintimille était morte en couches à la fin de 1741, et sa fin soudaine avait frappé fortement Louis et réveillé chez lui l'espèce de remords dont il était susceptible, la peur de l’enfer, il était revenu quelque temps, par une demi-réforme, à madame de Mailli seule. Cela n'avait guère duré, et une quatrième sœur de Nesle, madame de la Tournelle, jeune veuve bien supérieure en beauté à ses aînées, avait passé à son tour dans les bras du roi (fin 1742) '. Celle-ci ne se contentait pas, comme la Vintimille, d’un partage et d’une faveur secrète ; elle fit renvoyer madame de Mailli et se fit déclarer, pour ainsi dire officiellement, sous le titre de duchesse de Châteauroux. Cette femme briilante, audacieuse, pleine d’un attrait impérieux, inspirait à Louis pour la première fois quelque chose qui dépassait l'entraînement des sens; elle avait cette hauteur naturelle de sentiments qui, chez les êtres énergiques, peut survivre à la chute des principes moraux; dès que le roi lui appartint, elle s’efforça de le relever et d’en faire un homme. Ceux des ministres et des courtisans qui, soit ambition, soit patriotisme, poussaient aux partis vigoureux, n'eurent point d’allié plus zélé ni plus utile.

On résolut donc d’attaquer l'ennemi en face, puisqu'il se refusait à la paix, de rejeter les puériles équivoques de Fleuri et de faire franchement la guerre au nom de la France. Malheureusement, l’action du cabinet de Versailles, en devenant plus vive et plus hardie, ne devint pas plus une, et le roi continua d'écouter tantôt l’un, tantôt l’autre de ses ministres. Ainsi Maurepas lui dicta, le 25 octobre 1743, un traité avec Philippe V, en représaille du traité signé par le roi de Sardaigne avec l’Autriche et l'Angle-

1. Fleuri ayant voulu faire des représentations au roi, Louis, dit-on, lui répondit sèchement qu’il lui avait donné le soin de ses affaires, non de sa personne. Chronique du règne de Louis XV, ap. Revue Rétrospective, t. V, p. 61. Cette même chronique rapporte que le jésuite Lémeri, confesseur du roi, ne pouvant lui donner l’absolution,

lui proposa de communier en blanc {avec des hosties non consacrées], pour sauver Les apparences. Le roi, choqué de la propositiou, exila son confesseur.

terre; par ce pacte de famille, les Bourbons de France et d’Espagne s’'engegeaient à une indissoluble union : la France promettait de déclarer la guerre à l'Angleterre et à la Sardaigne; d’aider l’Espagne à conquérir le Milanais entier et Parme pour l’infant don Philippe; de ne pas traiter avec l’Angleterre que Gibraltar ne fût reslitué à l'Espagne, avec Minorque, s’il était possible; d’obliger l'Angleterre à renoncer à sa nouvelle colonie de la Géorgie, usurpée sur l'Espagne. Aucune compensation sérieuse n’était offerte à la France pour les engagements qu’on lui imposait, engagements si graves quant à Gibraltar et si déraisonnables quant à la Lombardie : c'était l'excès de la politique contraire à celle de la Régence. Ce qui caractérise Louis XV, c’est qu’il sentait le traité de Maurepas imprudent, mal conçu, et qu’il le signa‘. Des négociations plus intelligentes furent ensuite entamées avec divers princes allemands, sous l'influence de Noailles. Elles avançaient, grâce au concours de Frédéric II, et l’on agitait les conditions d’une ligue en faveur de l’empereur, quand une entreprise inopinée de la cour de France faillit tout rompre. Cette fois, l’instigateur était Tencin; il devait son chapeau rouge à la nomination du prétendant Jacques IIT, du roi d'Angleterre, comme on disait à Rome, et lui fémoignait sa reconnaissance en. persuadant à Louis XV de jeter un corps d'armée en Angleterre sous les ordres du fils de Jacques III. Le jeune Charles-Édouard Stuart était arrivé secrètement en France, et dix mille soldats, commandés par le comte Maurice de Saxe, furent embarqués à Dunkerque au mois de janvier 1744. La nouvelle que la France voulait rétablir le papisme en Angleterre entrava les négociations qu’on avait avec les protestants allemands; mais on apprit bientôt que l'expédition était manquée. Les vents contraires, puis la supériorité de l'es Cadre anglaise qui vint croiser dans le canal, y avaient fait renon. cer (mars 1744).

Pendant ce temps, un choc maritime avait lieu à l'autre extré. mité de la France. La flotte anglaise de la Méditerranée, forte de trente vaisseaux de ligne, dont onze à trois ponts, bloquait dans Toulon une flotte franco-espagnole, qui en comptait vingt-sept

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