LA BOURDONNAIS
Compagnie des Indes en 1719, il se signala, en 1724, par la part décisive qu’il eut à la conquête de Mahé, place qui, enlevée aux indigènes, assura aux Français-une position sur la côte de Malabar. Il fit ensuite une grande fortune en donnant l'exemple du commerce libre d’un port de l'Inde à l’autre. En 1735, il fut nommé gouverneur des îles de France et de Bourbon. Il y fit des prodiges. À Bourbon, il n’eut qu’à développer une prospérité agricole commencée depuis que la culture du café y avait été importée de Moka, et à tâcher de diminuer les inconvénients du manque de ports; mais, à l'Ile-de-France, cette grande position navale, agriculture, commerce, magasins, fortifications, hôpitaux, chantiers, chemins, aussi bien qu’ouvriers, que miliciens et que matelots, il créa tout. Les procédés un peu despotiques, par lesquels il avait discipliné les colons et assuré sa suprématie sur les capitaines de vaisseaux de la Compagnie qui relâchaient dans son gouvernement, lui avaient suscité beaucoup d’ennemis; sa personnalité âpre et envahissante n’était pas propre à les désarmer, et la Compagnie se montrait fort peu reconnaissante de ses services; elle était mécontente de ses dépenses pour fortifier l'Ile-de-France. Dans un voyage qu’il fit en France en 1740, il parvint cependant à dissiper ces nuages et à se faire écouter des deux ministres dont il dépendait, Maurepas et Orri. La guerre paraissant imminente avec l’Angleterre, il proposa aux ministres un projet très - habilement conçu pour ruiner le commerce et les colonies des Anglais dans l'Inde : il demanda pour cela six vaisseaux et deux frégates. On les lui promit; puis on lui manqua de parole et on ne lui donna que trois vaisseaux et deux petites frégates de la Compagnie. Il repartit avec cette petite escadre (avril 1741), ne fit que toucher à ses îles et alla en toute hâte secourir nos comptoirs indiens, non pas contre les Anglais, la guerre n'étant pas encore déclarée, mais contre les Mahrattes, ces belliqueuses tribus indoues qui avaient secoué le joug du Mogol, dominaient le midi de la grande presqu'île et se rendaient également redoutables aux musulmans et aux Européens. ’
Les Mahrattes s'étaient présentés devant Pondichéri, en réclamant qu’on leur payät un tribut et qu’on leur livrât la famille
fugitive d’un nabab musulman vaincu et pris par eux. Le gouver- < 20
neur Dumas, à qui nos établissements devaient de notables progrès !, avait refusé avec fierté, et les Mahrattes avaient hésité à attaquer Pondichéri; mais de l’autre côté de la presqu'’ile indienne, les Malabars assiégeaient Mahé. La Bourdonnais délivra Mahé (fin 1741), puis retourna dans ses îles attendre le signal de la guerre contre les Anglais ?. Ce qui lui arriva, ce fut l’ordre de désarmer et de renvoyer ses vaisseaux en France (1743)! Le 1°" septembre 1744, il apprit que la guerre était enfin déclarée en Europe, mais il reçut en même temps une nouvelle défense d'attaquer les Anglais : le contrôleur-général et la Compagnie se flattaient que la neutralité serait maintenue dans l’Inde entre les deux Compagnies française et anglaise, idée absurde que les Anglais feignirent de ne pas repousser pour se donner le temps d'achever leurs préparatifs. La Compagnie ne sortit de son illusion qu’en apprenant que ses vaisseaux étaient de toutes parts au pillage !
Au moment où la guerre éclata, ce n’était plus Dumas, mais Dupleix qui commandait aux colonies françaises de l’Inde. Joseph François Dupleix, sorti d’une famille de financiers et d’administrateurs Ÿ, n'avait pas été, comme La Bourdonnais, destiné, de naissance, à la vie maritime. Ce furent les étourderies d’une jeunesse difficile à gouverner et trop ardente pour subir la vie monotone des bureaux qui décidèrent son père à le faire embarquer, à 18 ans, comme enseigne à bord d’un vaisseau de Saint-Malo. Il quitta définitivement la France pour l'Inde, au commencement du Système, « emportant sur le front le souffle aventureux de Law*. » Le crédit de son père, devenu un des directeurs de la Compagnie, le fit entrer, dès 1721, au conseil supérieur de l’Inde française, à Pondichéri. Il y pratiqua le commerce d’Inde en Inde ou de grand cabotage, simultanément avec La Bourdonnais, peutêtre même avant lui, et bientôt sur une échelle incomparablement
1. Il avait obtenu du Grand-Mogol le droit de battre monnaie, refusé aux autres Européens. L’acquisition de Karical lui était due également.
2. Ce fut sur ces entrefaites qu'il découvrit et ‘occupa le petit archipel de Séchelles et prit possession de l’île Rodrigue,
3. Il était né à Landrecies à la fin de 1696, et originaire de Châtellerault.
4. Saint-Priest, Études hisloriques sur le xvini® siècle ; la perte de l'Inde sous Louis XV, Cette étude, brillamment écrite, laisse à désirer quant à l’exactitude des détails;
mais l'auteur à été inspiré par une louable pensée, la réhabilitation d’un grand homme méconnu et calomnié,