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AFFAIRES DE HOLLANDE

1672. Le peuple, emporté par ses souvenirs et par l'instinct de la concentration du pouvoir en présence de l'invasion, se souleva en faveur de la branche cadette des Nassau et força les corps de ville, puis les Etats-Provinciaux, à proclamer stathouder, amiral et capitaine-général de Hollande, de Zélande, d’Utrecht et d'Over-Issel le prince d'Orange Guillaume IV, chef de la branche de Nassau- Dietz et gendre de George IL. I était stathouder héréditaire de Frise, charge qui était dans sa branche du temps où la branche aînée gouvernait les autres provinces, et il avait été élu, depuis quelques années, stathouder de Groningue et de Gueldre, ce qui avait commencé la contre-révoiution (23 avril-11 mai). Quelques mois après (23 octobre), le stathoudérat et les deux grandes charges militaires furent déclarés héréditaires même dans la ligne féminine, les filles des Nassau devant faire exercer ces charges par leurs maris, à condition qu’elles n’épouseraient ni rois ni électeurs. L'espèce de monarchie constitutionnelle fondée au profit des Nassau sous le nom de république, remplacée une première fois, en 1640, par la république bourgeoise, rétablie en 1672, supprimée de nouveau en 1703, se releva ainsi pour durer un laps de temps à peu près égal à celui de sa seconde suppression. La Hollande devait être pour longtemps absorbée par l’Angleterre, dont Guillaume IV et sa famille ne furent plus que les satellites. Il n’y avait point eu, cette fois, de Jean de Witt à massacrer ; les patriciens de la république bourgeoise étaient bien dégénérés ; mais il y avait encore moins de Guillaume IH! Tout s'était amoindri dans le gouvernement de la Hollande comme dans celui de la France; mais, en Hollande, ce n’était pas seulement le gouvernement, c'était la nation qui était déchue ! L’aristocratie municipale n’avait rien su faire pour soutenir le pouvoir qu’elle avait reconquis, ni pour affectionner le peuple à la liberté politique ; mais les nouveaux stathouders tombèrent bien au-dessous du gouvernement bourgeois".

1. Les causes économiques de la décadence de la Hollande méritent quelques observations. Les manufactures de Hollande étaient tombées par l'élévation des taxes, qui avaient enchéri les denrées, fait déserter les ouvriers, dont le salaire naugmentait pas à proportion, et surtout enchéri les marchandises, qui ne purent

plus soutenir la concurrence étrangère. La pêche du hareng avait diminué de moitié, et ses profits, qui avaient jadis fondé la somptueuse Amsterdam, étaient réduits

Le peuple hollandais s'était fait illusion : l'avénement d’un prince sans talents et sans initiative à la direction des Provinces- Unies n’apporta aucune force nouvelle aux alliés. Les Français gardèrent l'offensive, quoique les alliés leur fussent au moins égaux en nombre, grâce aux efforts et aux énormes dépenses de l’Angleterre. Louis XV vint, au commencement de juin, rejoindre Maurice de Saxe, qu’il avait créé maréchal-général des armées françaises, titre porté autrefois par Turenne, puis par Villars. Maitre de tout le pays à la gauche de l’'Escaut, Maurice songeait à attaquer la grande place de la Basse-Meuse, Maëstricht; il fit marcher l’armée dans cette direction; les ennemis se portèrent entre les sources du Demer et Maëstricht. Le 2 juillet, Maurice les assaillit dans une position à peu près semblable à celle où il les avait battus l’année précédente auprès de Liége. Ils occupaient une suite de plateaux, de la Meuse et du Jaar au Demer, et s’appuyaient sur plusieurs villages. La clef de la position était le village de Lawfeld. Lawfeld fut emporté après six attaques trèsmeurtrières, et les autres villages furent évacués; mais Maurice n'atteignit pas son but, qui était de couper les communications des ennemis avec Maëstricht : les vigoureuses charges de la cavalerie anglo-hanovrienne, qui finit par être rompue et écrasée, avaient donné au duc de Cumberland le temps d'opérer sa retraite

presque à rien; de même, pour la pêche de la baleine, Les armateurs ne s’en tiraient plus que parce qu'ils étaient en même temps marchands d’agrés et de munitions, et parce que l'intérêt de l'argent était extrêmement bas. La Hollande n’était plus lentrepôt universel, l'intermédiaire des nations. Les Suédois, les Danois, les Hambourgeois, surtout, lui enlevaient une partie du fret de l'Europe. La diminution des bénéfices du commerce par la concurrence faisait d’ailleurs que le vendeur cherchait à se passer d’intermédiaire. Les droits dans les ports de Hollande écartaient les navires étrangers. La Hollande avait cessé de tenir le monopole presque absolu des assurances maritimes ; chaque peuple avait les siennes. Les énormes capitaux amoncelés dans les Provinces-Unies , n'y trouvant plus d'emploi, même à très-bas prix, s'étaient écoulés au dehors : de courtiers du monde, les Hollandais en étaient devenus les préteurs; ils avaient 1,600 millions de placés en Angleterre, en France, en Autriche, en Saxe, en Danemark, en Russie, et, le plus grand flux de capitaux s'étant porté d'abord en Angleterre, co n'avait pas été une des moindres raisons de l’assujettissement des Hollandais aux Anglais, le créancier se trouvant à la discrétion du débiteur en cas de guerre, comme l’observe fort bien Saint-Simon. En résumé, les particuliers étaient très-riches; l'État ne l'était plus. V. Raïinal, Hisé, Philosophique des deux Indes, t. IL, p. 310 et suivantes, édit. in-d°; 1786. La fortune

maritime de l'Angleterre, qui détrôna la Hollande, fut ainsi édifiée, en partie, avec ‘arsent hollandais.

(1747) LAWFELD. BERG-OP-ZOOM. 5i9

avec le gros de l’armée et de repasser la Meuse. Ce fut la répétition de Raucoux. Les ennemis avaient perdu neuf ou dix mille hommes, et les Français cinq à six mille. La victoire ne fut donc pas assez complète pour rendre possible le siége de Maëstricht : Maurice s’en dédommagea en envoyant sur ses derrières Lowendahl assiéger Berg-op-Zoom. Cette place, chef-d'œuvre de Coëhorn, qui commande l'embouchure orientale de l’Escaut, passait pour imprenable, et sa forte garnison avait des communications assurées par eau avec un gros corps accouru à l’aide. Ni la vigoureuse résistance d’un ennemi sans cesse ravitaillé, ni les maladies causées chez les assiégeants par les marais du Bas-Escaut, ne découragèrent Lowendhal. On ne pouvait espérer de réduire la place par famine; on l’emporta d’assaut par trois brèches que le gouverneur croyait impraticables; comme autrefois à la prise de Valenciennes, les soldats français pénétrèrent avec impétuosité d'ouvrage en ouvrage jusqu’au cœur de la ville (16 septembre). Malheureusement, les horreurs, autrefois accoutumées dans les villes prises d'assaut, souillèrent cet éclatant succès; les armées françaises avaient jusque-là, dans cette guerre, laissé le monopole de ces barbaries aux sauvages hordes de l'Autriche.

Le roi repartit pour Versailles le 23 septembre, après avoir renouvelé aux États-Généraux ses protestations de consentir à une paix raisonnable : il y avait toujours un ministre de France à La Haie, la guerre n’étant point absolument déclarée par la singulière signification qui avait précédé la campagne. Maurice de Saxe avait, de son côté, remis au général Ligonier ‘, pris à Lawfeld à la tête de la cavalerie anglaise et renvoyé sur parole, un mémoire du ministre Puisieux, qui offrait de rendre toutes les conquêtes du roi, sauf Furnes, pour couvrir notre frontière ouverte par le démantellement de Dunkerque. Louis XV avait assez de gloire. On convint d'ouvrir un congrès à Aix-la-Chapelle.

La guerre avait été très-vive en Ligurie et dans les Alpes durant cette campagne. Marie-Thérèse ne respirait que vengeance contre les Génois; l'Angleterre donna 300,000 Livres sterling aux Austro- Piémontais pour les frais du siége de Gênes : deux mois après

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