‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 182 sur 327 · Fils d'un réfugié francais · texte numérisé non relu

Fils d'un réfugié francais

l'évacuation de la Provence, un corps d'armée autrichien força de nouveau le passage des Apennins, et la courageuse cité fut assiégée par terre et par mer (avril 1747). Un brave et habile général, fils du maréchal de Boufflers, six mille soldats français et un subside de 250,000 francs par mois assurèrent la durée de la défense : l'Espagne avait envoyé quelques soldats, quelques munitions et beaucoup de promesses. Le gouvernement de Ferdinand VI, sans argent et sans autre ressource qu’une vingtaine de mille hommes qu'il ne pouvait plus recruter, avait ordonné à son général de ménager ses troupes à tel point, que l’armée d’Espagne, au dire des Français, « ne servait pas plus que si elle eût été de carton. » Malgré le peu de secours qu’il tirait des Espagnols, le maréchal de Belle-Isle reprit le comté de Nice sur les Piémontais (5 juin). Les Franco-Espagnols menaçaient de rentrer en Piémont. Le roi de Sardaigne rappela ses troupes de Ligurie et pressa ses alliés de l'aider à protéger ses états. Le siége de Gênes fut levé. La France avait rendu à Gênes le service qu’elle en avait reçu, et Boufflers n'avait pas seulement défendu Gênes, il l'avait pac‘fée, en s'interposant entre le peuple exalté par son triomphe et les hautes classes trop étrangères à la délivrance de le patrie. Ce n’était pas, comme la Hollande dégénérée, par le sacrifice de sa liberté, que le noble peuple de Gênes croyait pouvoir sauver son indépendance vis-à-vis de l'étranger. Boufflers, ce dont on ne peut s'étonner, . pencha un peu plus que de raison du côté de l'aristocratie.

Gênes sauvée, il s'agissait de reprendre l'offensive contre le Piémont; le général espagnol, Las-Minas, voulait qu'on attaquât par la Ligurie; Belle-Isle, par le Dauphiné. Après bien des tiraillements, la descente fut décidée par le Haut-Dauphiné; tandis que Las-Minas inquiétait l'ennemi par la route de la Corniche (Ligurie) et que le maréchal de Belle-Isle menaçait les cols de la Stura, le chevalier de Belle-Isle, frère du maréchal, partit de Briançon avec un troisième corps et s’engagea dans les montagnes inaccessibles qui séparent la vallée de la petite Doire et celle du Chiusone : il voulait passer entre les forteresses d’Exilles et de Fénestrelles et déboucher par les gorges les plus sauvages des Alpes sur le val du Sangone, qui mène à Turin; il fut arrèté au col de l'Assiette par un retranchement en pierre sèche et en bois, que défendait un

1747-1748] GUERRE D'ITALIE. 32i

corps piémontais. On ne put tourner ni dominer la position ; on l’attaqua de front avec une aveugle impétuosité; pendant deux heures les Français se firent mitrailler et fusiller à bout portant sans réussir à franchir un obstacle qui n’eût pu être renversé que par du gros canon; le chevalier de Belle-Isle, désespéré, alla mourir en plantant un drapeau sur les retranchements piémontais. Plus de cinq mille Français morts ou blessés jonchèrent ce fatal défilé (19 juillet). Le chevalier de Belle-lsle avait été pour moitié dans tous les projets, dans fous les rêves de son frère, et avait contribué autant que lui à cette guerre où il devait périr.

On ne renouvela pas cette maiheureuse tentative pour forcer les Alpes; mais on fit passer à Gènes le duc de Richelieu avec des renforts qui portèrent au moins à quinze mille hommes le corps auxiliaire français (fin septembre), et les Franco-Génois reparurent au nord des Apennins, sur les derrières des armées austropiémontaises.

Les négociations furent entamées durant l'hiver, mais avec peu de sincérité de la part des alliés, qui, pleins de mépris pour la modération ou la faiblesse de Louis XV, jugeaient qu’il serait toujours trop heureux de rendre ses conquêtes, si l’on était réduit à les accepter de sa main. L’entêtement farouche que Marie-Thérèse prenait pour de la magnanimité, et la haine de George II pour la France, entravaient tout. L'espoir d’un secours important les endurcissait encore. La Russie se décidait à intervenir et le roi d'Angleterre avait obtenu de la tzarine Élisabeth la promesse de tenir trente-sept mille fantassins à sa disposition, moyennant un faible subside de 100,000 livres sterling (juin-novembre 1747février 1748). Dès le mois de février, les Autrichiens recommencèrent, contre le territoire génois, des attaques qui furent vivement repoussées par Richelieu.

« Sire », avait dit Maurice de Saxe à Louis XV, « la paix est dans Maëstricht ». Cette grande place d'armes des Hollandais devait, en tombant, livrer la basse Meuse et l'entrée des Provinces- Unies par le côté où l’Angleterre ne pouvait les secourir. L’administration militaire, le service de l’intendance, étaient redevenus très-bons sous le ministère du comte d’Argenson, surtout par l’im-

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