Wenck, t. Il, p
3. Lettre du roi et Mémoire de M. de Saint-Séverin, ap. Flassan, t. V, p. 406-427. — Quant à l'Espagne, le secret de son obstination était dans l'excès même de sa détresse, « Ne pouvant tomber plus bas en fait de misère et de souffrance », suivant les propres termes d'un de ses agents diplomatiques, elle se considérait
comme n'ayant rien à perdre, puisqu'elle n’avait pas à craindre d’invasion territoriale. V. Coxe, Hist. d'Espagne sous les Bourbons, t. IV, p. 10,
de rendre cette conquête de Madras par laquelle il avait cru assurer la chute des colonies anglaises. Le malheureux La Bourdonnais avait bien prévu cette restitution. L’on ne pouvait qu’à ce prix recouvrer Louisbourg et peut-être sauver le Canada ; mais le traité fut très-mal fait en ce qui concernait ce dernier pays; les limites respectives de l’Acadie et du Canada, contestées entre les colons français et anglais, ne furent pas fixées : on en laissa la décision à des commissaires. C'était laisser la porte entr'ouverte à une guerre nouvelle, dès que les Anglais, toujours éveillés en présence d’un adversaire somnolent et insoucieux, croiraient avoir intérêt à reprendre les hostilités. En somme, les changements opérés à la surface de l’Europe et du monde par cette guerre immense étaient bien peu de chose en raison des torrents de sang versés et des flots d’or dépensés. Un énorme accroissement des dettes publiques en France et en Angleterre ' avait au moins quelque compensation, chez les Anglais, dans la prépondérance maritime conquise ; quant à nous, après avoir conquis la Belgique entière et une partie de la Hollande, nous ne gagnions pas même le droit d’être les maîtres chez nous et de rouvrir le port de Dunkerque. L’Autriche, qui avait failli être anéantie, ne perdait que la Silésie, Parme et une portion du Milanais, et avait appris à connaître les ressources des populations guerrières du Danube inférieur. L'importance militaire des bandes irrégulières de la Hongrie et de la Slavie, l'importance bien plus grande encore, la supériorité militaire assurée à la Prusse par sa tactique nouvelle, la supériorité maritime assurée à l'Angleterre par le nombre et par la bonne administration navale, la décadence profonde de la Hollande, l’impossibilité de défendre la Belgique et peut-être même la Hollande contre la France, tels étaient les principaux résultats acquis à la politique contemporaine. Un dernier résultat, le pire pour notre patrie, c’est qu’il n’y avait plus de diplomatie ni de gouvernement en France, plus même la mauvaise diplomatie de Dubois, qui, du moins, avait un but!
1. L'Angleterre avait augmenté sa dette de 2 milliards ; la France de 1,290 mil lions,