‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 2 sur 327 · XV · texte numérisé non relu

XV

2 RÈÉGENCE. 1715) à l’économiste, aux esprits méditatifs comme aux esprits pratiques. Les temps de décadence et de décomposition où nous entrerons avec Louis XV, ne demanderont pas tant de détails : faits et caractères, tout s’abaisse dans le monde politique; les hautes pensées, les plans persévérants, les vues systématiques, ou disparaissent, ou sont promptement écartés par le prince, sil est encore quelque homme d’État patriote qui essaie de les faire

revivre; les événements sont produits par les ressorts les plus

misérables et l’on ne peut demander à l'historien de suivre dans tous leurs obscurs replis les caprices d’une royale courtisane ou les cabales d’intrigants sans portée et sans but, avec l’intérèt et l'attention patiente qu’il mettait à chercher, à surprendre la pensée d’un grand ministre dans le secret de son cabinet et de sa correspondance.

L'intérêt de l’histoire, durant le siècle de Louis XIV, avait été partagé entre les faits politiques et les lettres qui idéalisaient en quelque sorte ces faits. Sous Louis XV, l’intérêt passera quasi tout entier aux lettres, qui seront, non plus l'expression du présent, mais la préparation d’un mystérieux avenir et la manifestation de la lutte des idées contre les faits. La vie véritable de la France se concentre dans cette sphère; nous l’y suivrons.

Dans les trois quarts de siècle qui nous restent à parcourir, deux périodes, cependant, bien différentes, bien opposées même l’une à l’autre, ont ceci de commun, qu’elles tranchent également avec tout le reste : ce sont la première et la dernière périodes. La dernière, le règne de Louis XVI, doit montrer la philosophie s’efforçant en vain d’envahir pacifiquement le monde des faits et de prévenir des luttes immenses. Ce n’est pas le moment d’en parler. La première, la Régence, époque de corruption, mais non de torpeur gouvernementale comme ce qui doit suivre, est marquée d’une originalité singulière et signalée par une expérience sociale d’une étonnante audace; nous allons essayer d’en esquisser le tableau.

À l'instant où la couronne de Louis XIV tomba sur le front d'un enfant de cinq ans et demi, le pouvoir échappé de la main glacée du Grand Roi parut devoir être disputé entre deux rivaux, le neveu et le fils naturel de Louis XIV. Mais ce duc du Maine,

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