EXPLOITS DE FRÉDÉRIC
l'Allemagne orientale. Frédéric était en Saxe devant le maréchal Daun : le prince Henri de Prusse, dans le nord-est de la Silésie, contenait les Russes; enfin, le petit corps prussien de Fouquet, dans l’ouest de cette province, avait affaire au corps autrichien, quatre fois plus nombreux, du général Laudon : le général Fouquet fut accablé à Landshut et obligé de mettre bas les armes (23 juin 1760). Le dessein des généraux ennemis était de réunir leurs forces sur l’Oder; Frédéric voulut les prévenir par une diversion contre Dresde : Daun lui fit lever le siége. Pendant ce temps, Laudon prenait Glatz et menaçait Breslau. Frédéric courut en Silésie, fut suivi par Daun et enfermé entre ce général et Laudon. Il passa sur le corps de Laudon (15 août). et opéra sa jonction avec son frère Henri, qui avait repoussé les Russes.
Sur ces entrefaites, la Saxe, forcément dégarnie par Frédéric, était enlevée tout entière aux Prussiens par les troupes des cercles : une nouvelle pire encore arriva bientôt à Frédéric; c'était la marche des Russes sur Berlin. Ils n'étaient rentrés en Pologne que pour se jeter sur le Brandebourg, où un corps autrichien les avait joints. Les dépôts de malades, de blessés et de recrues, qui se trouvaient dans le Brandebourg, ne purent les arrêter : la capitale de Frédéric dut, non-seulement se racheter pour la seconde fois du pillage, mais ouvrir ses portes et subir les exactions et les ravages des Austro-Russes (3 octobre). L’ennemi, toutefois, évacua Berlin au bruit de l'arrivée de Frédéric sur l'Elbe; mais les généraux austro-russes formèrent le projet de prendre leurs quartiers d’hiver le long de ce fleuve et de couper ainsi Frédéric de ses domaines héréditaires. Le roi de Prusse eût été perdu si ce plan se fût réalisé. Il ne pouvait l'empêcher qu’en frappant un grand coup. Le 3 novembre, il vint fondre, avec toutes ses forces réunies, sur l’armée de Daun, postée près de Torgau, sur l'Elbe. Les armées étaient presque égales. Frédéric reproduisit la téméraire manœuvre du prince Ferdinand à Creveld et sépara son armée en deux pour prendre en queue les Autrichiens. Il faillit se faire écraser en détail : le succès toutefois le justifia ; les Autrichiens perdirent le champ de bataille et la rive gauche de l’Elbe ‘. Les Russes, dès aw’ils surent la défaite de leurs
1. Une des circonstances srillantes de cette bataille, comme, au reste, de toute
alliés, retournèrent hiverner en Pologne, et presque toute la Saxe rentra dans les mains de Frédéric, qui finit ainsi à son avantage une Campagne qui semblait devoir consommer sa ruine.
Les armes françaises, par compensation, s'étaient un peu relevées, sans toutefois que les résultats répondissent suffisamment à la grande supériorité des forces. Le duc de Broglie était arrivé à ses fins : il avait obtenu le bâton de maréchal et le commandement en chef des deux armées du Mein et du Bas-Rhin. Les principales forces avaient été massées sur le Mein et l’armée du Rhin n'était plus qu’un corps de réserve, disposition beaucoup meilleure que celle de l’année précédente. Au mois de juin, Broglie réunit les deux armées sur les confins de la Hesse et de la Westphalie : il poussa le prince Ferdinand hors de la Hesse et entama le Hanovre et la Thuringe ({ juillet-septembre). Ferdinand essaya une diversion hardie. Il lança son neveu, le jeune prince héréditaire de Brunswick ‘, à la tête de quinÆ mille hommes, sur le Bas-Rhin, avec ordre d'attaquer Wesel et de pénétrer ensuite dans les Pays-Bas autrichiens, pour donner la main à une expédition qui se préparait dans les ports d'Angleterre et qui devait descendre à Anvers. Ce coup, s’il réussissait, transportait la guerre sur la frontière de France. Brunswick franchit le Rhin, alla s’assurer d'un passage sur la Meuse à Ruremonde, puis revint assiéger Wesel. Il n’était pas de quelques jours devant cette place, que vingt mille Français arrivèrent au secours, sous les ordres du marquis-de Castries, un des lieutenants de Broglie. Brunswick assaillit les Français à Closter-Camp, dans la nuit du 15 au 16 octobre. Il fut vivement repoussé 2. En rentrant dans son camp de Burich, il trouva ses ponts emportés par une crue du Rhin. Pris entre le Rhin, l’armée victorieuse et la ville assiégée, s’il avait eu affaire à un ennemi entreprenant, il eût été détruit. Castries le laissa tranquillement refaire ses ponts et retourner en Westphalie. cette guerre, est la prodigieuse quantité de l'artillerie de campagne, La proportion en était plus considérable qu’aujourd’hui, mais elle n’était pas massée et mobile comme à présent; chaque bataillon avait ses pièces.