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DIPLOMATIE DE CHOISEUL

contre la Turquie. L'’Autriche s’engagea de servir les intérêts patrimoniaux de la branche de Slesvig- Holstein - Gottorp', à laquelle le trône de Russie était promis après Élisabeth. L’Autriche, pour le cas où-elle recouvrerait la Silésie, garantit, par article secret, le royaume de Prusse à la Russie, qui pourrait le céder à la Pologne moyennant arrangements à la convenance réciproque, c’est-à-dire moyennant des cessions de territoire du côté de l'Ukraine. | |

Le gouvernement autrichien s’'enfonçait de plus en plus dans le rôle qu’il joua durant près d’un siècie, celui d’introducteur de la Russie dans le cœur de l'Europe.

Choiseul, bien qu'il ignorât l’article secret, jugea très-bien la politique russe et ce qu'on en devait apprékender. Ses instructions à l'ambassadeur de France à Pétersbourg sont d’un grand intérêt 2. Malheureusement, il eut plus de sagacité pour deviner la Russie que de persévérance pour combattre son système.

1. C'est-à-dire les prétentions de cette branche sur le Slesvig-Holstein, V. le t. V de Garden, et Martens, t. X, p. 45-60.

2. En juin 1759, il en avait donné de fort étranges à l'ambassadeur de France en Pologne. Le marquis d’Argenson avait naguère projeté de tirer la Pologne de l'anarchie; le moyen auquel il songeait (la royauté saxonne) était fort contestable; mais l'intention était excellente. Choiseul, lui, entendait maintenir cette même anarchie et empêcher tout ce qui pourrait détruire « l’aveuglement du gouvernement de Pologne et lui donner de la consistance », tout en empêchant aussi qu'aucune puissance ne s’accrût aux dépens dela Pologne. (V. Flassan, t. VI, p. 136-140.) Si l'on ne connaissait d’autres monuments de la politique de Choiseul, on le prendrait non-seulement pour le plus malhonnête, mais pour le plus insensé des ministres. Comment espérer de sauver l'intégrité de la Pologne en y perpétuant l'anarchie? et quel intérêt la France avait-elle à ce qu’il ne se formât pas un État consistant, un gouvernement sérieux, entre l'Autriche et la Russie ,capable de leur servir de contrepoids ? Il est à remarquer que Chesterfield s'exprime absolument de la même manière sur la Pologne, au point de vue anglais. Même pour l'Angleterre, l'intérêt n’était certes pas évident! Mais, pour la France, la situation géographique de la Pologne ne permettait de supposer entre elle et nous aucune occasion de conflit. — Dans cette même pièce, on voit que Choiseul ferme les yeux systématiquement sur les excès et la tyrannie des armées russes en Pologne ; il enjoint à son envoyé de travailler à empêcher toute confédération contre les Russes et de ne pas recevoir les plaintes des Polonais. — Le langage de Choiseul est bien changé dans ses instructions à l’ambas-. gadeur de France en Russie, de mars 1760. On a peine à comprendre que ces deux pièces soient de la même main. lei, Choiseul signale, avec une sagacité supe, eure; les progrès de la puissance russe, presque doublée depuis la mort de Pierre Ier, le danger qu’il y a eu d'introduire les armées russes en Allemagne, ce dont l’impératrice-reine, ou ses successeurs, pourront avoir à 8e repentir un jour, l'esprit envahissant et despotigne d+ la Russie envers ses voisins, et ce qu'ont de redoutable

son système de conduite et son organisation tout agressive, » Il y a longtemps que

Le cabinet de Madrid était mieux disposé que celui de Pétersbourg à servir les plans de Choïiseul. Charles IIT proposa sa médiation entre la France et l'Angleterre. M. Pitt la refusa. Il dit nettement à l'ambassadeur espagnol que l'Angleterre avait encore besoin d'étendre ses conquêtes pour étendre son commerce, et que, puisque la fortune la favorisait, elle profiterait de ses avantages pour dépouiller et humilier sa rivale'. Vers la fin de 1759, cependant, à la sollicitation de Frédéric, M. Pitt consentit à ce qu'une proposition de congrès fût déposée, au nom de l’Angleterre et de la Prusse, entre les mains des États-Généraux, à La Haie. L'ambassadeur anglais en Hollande fit des ouvertures dans le même sens à l'ambassadeur français. Le cabinet de Versailles persista dans le plan qu’il s'était fait de traiter séparément avec l'Angleterre, soutenant que le congrès, dont ses alliés et lui ne repoussaient pas l’idée, ne devrait avoir à régler que les différends entre l’Autriche et la Prusse. Les ouvertures restèrent sans suite. M. Pitt, d’ailleurs, eût fait des conditions impossibles. Il ne voulait point de paix.

Les cours alliées résolurent de faire un grand effort pour accabler la Prusse et le Hanovre. Frédéric, réduit à moins de cent mille soldats, en grande partie recrues de quelques semaines, eut à faire face à près de deux cent mille Autrichiens, Russes et Impériaux. L'armée française fut portée à cent vingt mille hommes : Ferdinand de Brunswick n’en eut guère que soixante-dix mille, 3 compris vingt à vingt-cinq mille Anglais.

Les monotones carnages des années précédentes recommencèrent au printemps. Six corps d'armée étaient en présence dans

la cour de Pétersbourg a un plan de politique bien formé, dont elle ne s’écarte pas... mais qu’elle ne développe que successivement, et à mesure que les événements et les circonstances lui en fournissent l’occasion, Ses ministres, défiants et soupçonneux, joignent à la dissimulation naturelle à leur nation la suite la plus méthodique dans leurs propos, dans leurs écrits et dans leurs démarches. » (V. Flassan, t. VI, p. 211-215.) La conclusion est l’urgence de s'opposer à tout agrandissement de la Russie. — On voit, par la correspondance secrète de Louis XV, que Louis tâchait d'inspirer à Choiseul des sentiments plus favorables à la Pologne. (Ibid. p. 373.) Ce roi, que l’histoire a flétri pour avoir laissé accomplir le partage de la Pologne, comprenait la nécessité de la protéger et eut toujours pour elle des velléités bienveillantes; mais, de la velléité à l’action, il y a une distance que Louis ne savait jamais franchir quand il s'agissait de bien faire. 1. Flassan, t. VI, p. 280,

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