‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 33 sur 327 · XV · texte numérisé non relu

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tives cinquante mille actions nouvelles, au prix d'émission de 550 francs, non plus en billets d'État, mais en argent. On dut représenter quatre actions anciennes pour en obtenir une nouvelle. C’était habile pour faire hausser les actions primitives, mais cela restreignait le nombre des souscripteurs et ne rentrait pas dans les vrais principes de Law. Le 16 juillet, un arrêt du conseil ordonna l'envoi de 25 millions de billets de banque à la Louisiane pour y faciliter les transactions. Cela releva beaucoup la Louisiane dans l’opinion publique. Le 25 juillet, la Compagnie afferma pour neuf ans la fabrication des monnaies, au prix total de 50 millions. L’action, en ce moment, atteignait la valeur de 1,000 francs sur la place et gagnait 100 pour 100. Le 27 juillet, vingt-cinq mille nouvelles actions furent émises à ce taux de 1,000 francs, la valeur nominale des actions restant toujours à 500 francs. Ii fallut représenter cinq anciennes pour avoir une nouvelle. Les émissions de billets correspondaient aux émissions d'actions : les deux réservoirs de la Banque et de la Compagnie, comme dit Lémontei, s’alimentaient l’un l’autre. Le même jour, 27 juillet, un arrêt du conseil ordonna de payer aux actionnaires un dividende de 12 pour 100 sur le prix nominal des actions (500 francs). Les actions montèrent avec une impétuosité croissante.

Un mois après, Law, pressé par le régent, se crut en état de risquer une immense et téméraire opération qu’il lui avait promise, le remboursement de la dette. Un arrêt du Conseil du 27 août compléta sa victoire sur d’Argenson : le bail des fermes générales, conclu sous les auspices du garde des sceaux, fut cassé et les fermes furent adjugées à la Compagnie des Indes, au prix de 52 millions par an et à condition de rembourser les actionnaires de l’autre compagnie. Le roi prorogea jusqu’au terme de cinquante années les priviléges de la Compagnie des Indes. A ces conditions, la Compagnie promit de prêter au roi 1,200 millions pour payer le gros de la detie, moyennant que le roi lui garantit 36 millions par an sur le produit des impôts; c’est-à-dire qu’elle faisait convertir au roi une dette à 4 pour 100 en une dette à 3 pour 100. Le 31 août, on supprima les rentes assignées sur les aides et gabelles, sur les tailles, etc., avec ordre aux propriétaires

(1719) LE MISSISSIPE oi

de rapporter leurs titres au garde du trésor royal, qui les rembourserait en assignations sur le caissier de la Compagnie des Indes. \

C'était au moyen d’une émission de deux cent quarante mille nouvelles actions que Law comptait verser les 1,200 millions; il fallait, pour cela, que les actions valussent 5,000 francs au lieu de 500 francs; elles y arrivaient en ce moment même. Le public, naguère incertain, se précipitait avec emportement vers cette organisation puissante qui semblait devoir absorber l’État tout entier. Le bruit de mines d’or et de pierreries découvertes, disaiton, sur le Mississipi, achevait d’enflammer les imaginations!. On voyait les personnages les plus engagés dans le système se disputer les concessions de terre, les duchés, les Marquisats que distribuait la Compagnie en Louisiane. Law se fit adjuger, chez les Akansas, un fief de cent lieues de tour. Cette confiance entratnait celle de la foule. Le 13 septembre, cent mille actions furent créées au prix de 5,000 francs, payables en espèces ou en billets de banque, sans condition de représenter des actions antérieures. Cela ne garantissait pas les créanciers de l’État, auxquels ces actions devaient revenir, contre les concurrents qui les leur disputaient. Ils se plaignirent et obtinrent qu’il fût interdit de payer les dernières actions autrement qu’en billets d’État ou en assignations du garde du trésor (26 septembre). La faveur n’était déjà pas si grande; car on donnait aux créanciers, pour 5,000 fr. de titres de rente, une action qui valait 5,000 francs sur la place, mais dont le titre originaire n’était que de 500 francs et qui pouvait retomber. Du 25 septembre au 2 octobre, deux cent mille actions furent encore émises. Cela faisait trois cent mille au lieu de deux cent quarante mille; c’est que Law avait promis au régent un second prêt de 300 millions à 3 pour 100, hypothéqué, comme l’autre, sur le produit des impôts. L'acte en fut publié le 12 octobre, avec déclaration du roi que l’émission des actions était définitivement close; pour prix de ce second prêt, les receveurs généraux furent supprimés et leurs recettes réunies à la

1. On usa de beaucoup de charlatanisme afin de populariser le Mississipi; néanmoins, la Compagnie se prenait elle-même à ces illusions ; car elle dépensa beaucoup d'argent pour la recherche d’un prétendu rocher d’émeraude.

Compagnie, qui eut ainsi tous les impôts directs ou indirects dans la main. La Compagnie, en vertu de l'arrêt du 26 septembre, ne recevant plus d'espèces pour les nouvelles actions, et le public se portant vers la négociation des actions avec une telle fougue, que les métaux, par leur poids, devenaient un embarras et un obstacle, le papier en vint à gagner 5 et 10 pour 100 sur l'or et sur l'argent. « Avez-vous de l'or? Rien de fait! » était devenu une locution proverbiale. Le délai accordé aux souscripteurs pour les versements (20 octobre), délai nécessaire aux créanciers de l’État pour se mettre en mesure, donna une nouvelle impulsion à la hausse. En octobre, les actions s’élevèrent à 10,000 francs, vingt fois leur valeur nominale et plus de quarante fois la valeur argent comptant qu’elles avaient eue sur la place lors de la première émission. Elles ne s’arrêtèrent pas là. L'Histoire du Système des Finances (t.IT-ITF) prétend que les actions allèrent à 18 et 20,000 fr.; mais cela n’est pas constaté.

Ces chiffres, dans leur sèche énonciation, étonnent la pensée : que sera-ce si l’on se retrace par l'imagination le tableau vivant de la société au sein de laquelle s’opéraient ces prodigieux mouvements financiers ! Ce tableau est dans toutes les mémoires. Qui ne connaît par tradition cette étroite et noire rue Quincampoix, théâtre de l'agiotage", avec ses mille bureaux où, six mois durant, se ruèrent, s’entassèrent tout Paris, toute la France, toute l’Europe; où les rangs, les sexes, les ordres divers de l’État, grands seigneurs et prélats, gens d'épée, gens de robe, gens de bureau, trafiquants et commis, maîtres et valets, femmes de cour et filles de joie, se mêlèrent dans une longue saturnale! C'était l'égalité des cupidités, l'égalité devant le jeu. Et quel jeu! On y faisait des fortunes inouïes en quelques jours, en quelques heures! Tel laquais, enrichi d'un tour de main, achetait le carrosse derrière lequel il était monté la veille. Il y eut des gens qui tinrent dans leur portefeuille pour 60 et 80 millions d’actions au cours de la

1. La rue Quincampoix, située entre les rues Saint Martin et Saint-Denis, dans le quartier le plus commerçant de Paris, avait été, de longue date, occupée par des banquiers : pendant la Guerre de la Succession, l’on y fit l’agio des billets de monnaie et de tous les papiers royaux; l'habitude était prise et le trafic des actions vint s’y établir en 1719; l'énorme affluence, dont parlent les mémoires du temps, eut lieu surtout à partir du mois d'août.

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