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Le régent payait un subside à l’armée autrichienne

400 RÉGENCGE. [1719]

infâme ct dégradé de noblesse tout gentilhomme qui refuserait son concours. Au printemps, des bandes avaient commencé à se former dans les bois; des caisses publiques avaient été enlevées, et les confédérés s'étaient mis en communication avec Philippe V; mais les villes repoussèrent toute participation à la révolte, et la masse des payans refusa d'entrer dans la forêt, suivant l'expression employée par les chefs dans leur correspondance, pour désigner l’enrôlement dans l'insurrection. Les paysans bretons se fussent battus pour leurs prêtres, si la question religieuse eût été engagée:il ne se battirent pas pour leurs nobles. Les seigneurs, demeurés seuls, se dispersèrent devant quelques soldats, et, quand une escadre, dernier débris des forces navales d’Espagne, parut enfin sur la côte de Bretagne, vers la fin d’octobre, elle ne trouva, au lieu d’une province insurgée, que quelques fugitifs qui accoururent lui demander asile. Un grand nombre de gentilshommes furent pris et traduits, non point devant le parlement de Rennes, trop suspect au régent et qu’on épurait en ce moment même, mais devant une commission qui vint siéger à Nantes, sous le nom de chambre royale. Le régent ne fut pas si clément, cette fois, qu’envers madame du Maine et ses complices : quatre des nobles rebelles furent décapités ; seize autres furent condamnés par contumace, au même supplice; le reste fut gracié après quelque temps de captivité !.

La continuation de la lutte devenait impossible à l'Espagne. L’invasion française allait recommencer avec l’année 1720 et les Anglais se préparaient à l’attaque de l'Amérique espagnole. Alberoni, dans son exaspération contre le gouvernement français, voulut essayer de traiter avec l’Angleterre et l'Autriche sans la France; mais les cabinets français et anglais s'étaient engagés à faire de son renversement la première condition de la paix. Il n’eut pas d’ailleurs le temps d'apprendre l’accueil qu'avait reçu son agent à Londres. L’intrigue acheva contre lui ce qu’avaient commencé les armes. Dubois gagna le confesseur de Philippe V, le jésuite français Daubenton, par des promesses en faveur de son

1. Lémontei, t. I®°, ch. vi. — Un travail intéressant a été publié récemment sur ces affaires de Bretagne : v. Conjuration de Ponicallec, ap. Revue de Bretagne et da Vendée ; janvier 1857, février et avril 1856,

(1719-1720) BRETAGNE. GHUTE D’ALBERONL. 401

ordre, et la reine Élisabeth elle-même, la protectrice d’Alberoni, en la menaçant de ne plus garantir Parme et la Toscane à ses enfants. On circonvint Philippe V par tous les moyens : on lui montra des lettres écrites par Alberoni en Italie, où il blâmait, en termes peu respectueux, la guerre que lui imposaient les passions de son maître; on insinua à l’inepte monarque les soupçons les plus extravagants contre son ministre. Le 5 décembre, Alberoni reçut l’ordre de quitter Madrid sous huit jours et l'Espagne sous trois semaines : Philippe V fit demander au régent un passe-port qui autorisât le ministre disgracié à traverser le midi de la France pour se retirer en Italie. Alberoni laissa l'Espagne flottante entre son aversion contre tout dominateur étranger et le sentiment confus de ce qu’elle perdait : dans les provinces françaises qu’il traŸersa, le peuple lui fit un accueil sympathique qui attestait limpopularité de la régence. IL voulut s'arrêter en Ligurie : la vengeance du pape et l’ingratitude de la cour d’Espagne l'y poursuivirent. Clément XI prétendit lui faire son procès comme à un ennemi de la foi catholique, et Philippe V et sa femme eurent la lâcheté de fournir au saint-père les éléments de l’accusation contre le ministre qui n’était coupable que d’avoir trop énergiquement servi ses maîtres. L’extradition d’Alberoni fut demandée au sénat de Gênes par Clément XI, appuyé de Philippe V, du régent et de l'empereur. Les Génois refusèrent noblement. Alberoni gagna les Alpes suisses, où il se tint caché jusqu’à la mort du saint-père. Après bien des vicissitudes, il rentra dans le sacré-collége, abrité par l'intérêt commun des cardinaux à défendre l'inviolabilité du chapeau rouge ; son rôle était fini : trop d’intérêts puissants étaient coalisés pour lui fermer le retour sur la scène politique; mais il vécut assez pour voir réaliser par d’autres une partie de ses plans et chasser les Autrichiens au moins de la Basse-Italie ‘.

Alberoni tombé, l'Espagne courba la tête. Le 17 février 1720, l'ambassadeur d'Espagne en Hollande signa le traité de Londres. L'empereur fut mis en possession de la Sicile; l'ex-roi de Sicile

1. W. Coxe, l'Espagne sous les Bourbons, t. II, ch. xxx. —Tiémontei, t. Ier, p. 278- 286. — Lémontei ne nous paraît pas montrer sa sagacité ordinaire en ce qui regarde Alberoni : l'Anglais W. Coxe a mieux jugé ce célèbre ministre, à qui le marquis i'Argenson rend justice dans ses Mémoires.

devint roi de Sardaigne. Il ne gagnait pas au change, mais il n’était pas en état de refuser son consentement ; la Sardaigne est restée, depuis lors, dans la maison de Savoie. Les enfants de la reine d’Espagne eurent la réversibilité de Parme et de la Toscane.

La politique de la Régence, si antinationale dans le midi de l’Europe, fut moins mauvaise dans le nord, où l’on s’appliqua à sauver la Suède, ruinée !, dépeuplée, incapable de résister davantage à ses nombreux ennemis, si la diversité de leurs intérêts n’eût permis à la diplomatie d’intervenir parmi eux avec succès. L’héroïque et insensé Charles XIT avait péri au siége de Friederikshall (18 décembre 1718), tandis qu’il s’efforçait d’arracher la Norwége au roi de Danemark pour s’indemniser de ses pertes. Sa mort avait fait éclater une réaction contre la monarchie, qui faisait expier si durement à la Suède la gloire dont elle l’avait comblée; le sénat avait rétabli l’ancien gouvernement aristocratique et n’avait conféré qu’à titre d'élection une royauté quasi nominale à la princesse Ulrique, sœur puînée de Charles XII, en écartant le fils de la sœur aînée, le duc de Holstein. Cette révolution ne rendait pas la Suède plus forte contre le dehors: on le vit bien,aux horribles ravages qu’une expédition russe, débarquée en Suède, exerça impunément, en 1719, jusqu'aux portes de Stockholm 2. La diplomatie française fit sentir au nouveau gouvernement suédois qu’il fallait subir la dure loi des événements et renoncer à la plupart des possessions étrangères à la Scandinavie. Les duchés de Bremen et de Verden furent donc cédés au Hanovre, moyennant un million de rixdales (6 millions de francs) (28 novembre 1719); puis Stettin et une portion de la Poméranie, à la Prusse, pour pareille somme (21 janvier 1720); le Danemark, au contraire, reçut 600,000 rixdales pour rendre ses conquêtes à la Suède (3 juin 1720). La France donna secrètement l'argent à l’Angleterre, qui le donna publiquement au Danemark et qui en

1. On n’y employait plus d'autre monnaie que des jetons de cuivre ayant un cours forcé de cent quatre-vingt-huit fois leur valeur réelle.

2. Pierre le Grand se vanta d’avoir détruit, en six semaines, dans cette descente digne des Huns ou des Wandales, huit villes, cent quarante et un châteaux, mille trois cent soixante et un villages ou hameaux, vingt-six grands magasins, seize mines, etc. Lémontei, t. I®', p. 290. — Tous les traités qui suivent sont dans Dumont, t. VII, deuxième partie,

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