‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 94 sur 327 · TRANSACTIONS EUROPÉENNES · texte numérisé non relu

TRANSACTIONS EUROPÉENNES

plus s'opposer à l'entrée des Espagnols en Toscane et à Parme; l’Angleterre garantit la pragmatique, mais elle y mit pour condition secrète que l’archiduchesse héritière n’épouserait ni un Bourbon ni aucun autre prince assez puissant pour rompre l’équilibre de l'Europe.

L'Espagne, quoiqu’elle obtint par le second traité de Vienne la réalisation de ce qui lui avait été promis à Séville, eût préféré la guerre, si elle eût été soutenue par la France ; mais Fleuri, quoique joué assez discourloisement par ses amis les Walpole, n’en devint pas plus belliqueux, et l'Espagne n’eut rien de mieux à faire que d’accéder au pacte austro-britannique, que ratifia aussi la Hollande (6 juin-22 juillet 1731). I1 dut être assez dur pour la cour d’Espagne de renouveler sa garantie de la pragmatique, maintenant qu’il n’y avait plus derrière cette garantie la brillante perspective du double mariage; il est vrai qu’Élisabeth Farnese, en laissant Philippe V engager sa parole, se réservait de ne pas la lui laisser tenir.

La duchesse douairière de Parme mit fin, quand il convint aux Autrichiens, à la comédie de grossesse qu’elle avait jouée durant quelques mois et, en novembre 1731, une escadre anglaise vint enfin débarquer à Livourne six mille Espagnols, qui occupèrent Livourne, Porto-Ferrajo, Parme et Plaisance, au nom du jeune don Carlos, comme duc de Parme et présomptif héritier du grand-duc de Toscane, Jean Gaston de Médicis. Ainsi fut réalisée, après treize ans de fastidieuses intrigues, l'étrange convention qui avait disposé de deux états italiens sans consulter ni leurs princes ni leurs peuples ‘, et qui appesantissait encore la chaîne déjà si lourde de la domination étrangère sur l'Italie.

De 1731 à 1732, les chances immédiates de guerre semblaient donc écartées de toute l’Europe : la question de la pragmatique apparaissait toujours comme un nuage sur l'horizon, le gouver-

stein, sur l’Elbe, avec d’autres priviléges destinés à lui attirer les capitaux étrangers, l'Angleterre et la Hollande ne se contentèrent pas de défendre à leurs sujets de s'intéresser dans cette association; elles adressèrent des représentations menaçantes au Danemark, comme s’il eût empiété sur leurs droits, et réussirent à étouffer l'essor de la compagnie danoise. Journal de Louis X VA

1. Le grand-duc de Toscane n’avait adhéré que le 21 septembre 1731 aux conventions de Vienne.

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nement français ef, une partie des princes allemands continuant à refuser de garantir la loi de succession autrichienne ; mais l’empereur n'avait que quarante-six ans et il semblait probable que la succession ne s’ouvrirait pas de longtemps.

Une autre paix était plus difficile encore à obtenir que la paix des souverains, c'était la paix des théologiens : les efforts de Fleuri n’y furent pas si heureux ; lui-même, il est vrai, intervenait trop dans leurs débats en partie plus qu’en arbitre.

Les malheureux protestants avaient gagné du moins quelque chose au renversement de Monsieur le Duc. Si, d’une part, le pouvoir fit surveiller rigoureusement les frontières, afin d’arrêter la nouvelle émigration, d’une autre part, le conseil défendit secrètement aux intendants toute procédure contre les relaps et enjoignit de laisser tomber en désuétude l’article de l'édit de 1724 qui autorisait les curés à visiter, bon gré, mal gré, et sans témoins, les malades de foi suspecte, article qui avait amené, non pas seulement d’odieuses scènes de fanatisme, mais de graves abus quant aux mœurs et de scandaleuses actusations de femmes protestantes contre des prêtres catholiques. C’était suspendre implicitement, dans ses applications les plus fréquentes, l’édit de 1724. L'auteur de cette loi de tyrannie, le vil archevêque de Rouen, ignorant les ordres donnés aux intendants, pressa Fleuri de ranimer le zèle de ces fonctionnaires ; mais le vieux ministre fit la sourde oreille : Tressan ne fut point cardinal; il eut pour consolation le supplice d’un pasteur du Saint-Évangile et l'emprisonnement d’un grand nombre de femmes protestantes, qu'on avait surprises aux assemblées du désert et qu’on jeta dans la tour de Constance, à Aigues- Mortes (1727-1729). La persécution, en cessant -momentanément d’envahir le foyer domestique, continuait de frapper tous les actes extérieurs ?,

Si le sort des huguenots s'était, relativement, un peu adouci depuis l’avénement de Fleuri, les lettres de cachet, les exils, s’é-

1. Sur toute cette période diplomatique, v. Mém. de Villars, année 1726-1731. — Hém. de l'abbé de Montgon. — W. Coxe, Hist. d'Espagne sous les Bourbons, t. III, p. 183. 297. — Id, Hist. de la maison d'Autriche, Ch. LXXXVII-LXxXxX VIII. Coxe a dépouillé toute la correspondance des deux Walpole et de leurs agents, — Flassan, t, V p. 28-62; 2° édition, 1811.

2. Lémontei, t. Il, p. 157-159. — Coquerel, Hist, des églises du désert, t.1, ch. vtr.

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