‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 95 sur 327 · TENCIN. CONCILE D’EMBRUN · texte numérisé non relu

TENCIN. CONCILE D’EMBRUN

taient multipliés au contraire, dans une proportion exorbitante, envers les ecclésiastiques jansénistes ou gallicans qui maintenaient obstinément leur appel au concile; maïs, en même temps, Fleuri tâchait de regagner, par toutes sortes d’avances et d’influences privées, le chef de l'opposition religieuse, le cardinal de Noailles. Les facultés affaiblies de ce respectable vieillard faisaient espérer qu’on vaincrait sa résistance : les derniers jours du vieil ami de Bossuet furent cruellement troublés. Sa famille, toute moliniste, son clergé diocésain, tout janséniste ou anticonstitutionnaire, ne lui laissaient pas un moment de repos. Au mois de juillet 1727, une bulle du pape en faveur des opinions de saint Thomas, bulle fort désagréable aux molinistes, sembla devoir faciliter la réconciliation de Noailles avec le saint-siége; mais un nouvel orage éclata dans l'église de France sur ces entrefaites. L'évèque de Senez, Jean Soanen, vieux pilier du jansénisme et prélat d’une verta ascétique, venait de publier une instruction pastorale où il reproduisait des propositions plus ou moins analogues à celles qu'avait condamnées la bulle Unigenitus. Le siége archiépiscopal d’Embrun, métropole d’où relevait Senez, était alors occupé par un personnage encore plus scandaleux que l’archevèque de Rouen Tressan; c'était Guérin de Tencin, ancien agent de Dubois à Rome, soupçonné d’inceste avec sa sœur ‘ et convaincu de parjure et de simonie à la barre du parlement, fait connu de tout Paris, ce qui ne l'avait pas empêché de s'élever aux plus hautes dignités de l’église gallicane ! Cet intrigant, égal à Dubois par les vices, mais non par les talents, n'avait plus que la pourpre romaine à souhaiter, plus habile que Tressan, il comprit que la persécution des jansénistes était un meilleur titre à Rome que la persécution des huguenots. Il capta si bien Fleuri, que, malgré l’aversion de celui-ci pour le bruit et pour l'éclat, il obtint la permission de convoquer un concile provincial à Embrun pour y juger l'instruction de l’évêque de Senez. Le simoniaque fit condamner le saint (août 1727); le vieux prélat, ayant refusé de se rétracter, fut suspendu de ses fonctions par le concile et relégué par leroi au fond

1. La fameuse chanoinesse Alexandrine de Tencin, maitresse du régent, de Dubois et de bien d’autres, et mère de d'Alembert, XV, 41

des montagnes d'Auvergne. Ce fut là le dernier concile provincial tenu sous la monarchie.

L'évèque de Senez interjeta, pour le spirituel, appel au pape et au futur concile, pour le temporel, appel comme d’abus au parlement de Paris, qui reçut l’appel. Cinquante avocats au parlement, les plus renommés de leur ordre, publièrent une consultation en faveur du prélat condamné et dépouillé; douze évêques, le cardinal de Noailles en tête, adressèrent au roi une protestation contre le concile d'Embrun (13 mars 1728). Le retentissement fut immense. La majorité moliniste de l’épiscopat s’agita violemment en sens contraire, soutenue par le pouvoir, qui publia une ordonnance draconienne contre quiconque imprimerait sans permission des ouvrages contraires aux bulles reçues dans le royaume, au respect dù au saint-père, aux évêques et à l'autorité du roi. L’imprimeur devait être appliqué au carcan pour la première fois et condamné aux galères en cas de récidive ‘. Le duc de Noailles et la maréchale de Gramont, neveu et nièce du cardinal, le chancelier d’Aguesseau, habitué depuis longtemps à sacrifier ses tendances personnelles à la paix extérieure de l'Église et de l’État, aidèrent Fleuri et Chauvelin à circonvenir le vieillard; on lui fit signer une rétractation de son opposition au concile d'Embrun ; mais il n'avait plus ni mémoire, ni volonté, ni responsabilité réelle de ses actes; les jansénistes, à leur tour, lui firent rétracter sa rétractation ; puis il se laissa arracher par les molinistes la signature d’un mandement par lequel il acceptait purement et simplement la bulle (14 octobre 1728). Une telle victoire n'avait pas grande valeur morale. Presque tous les curés refusèrent de publier ce mandement au prône, et l’on n’osa les contraindre, de peur d'émeute. Noailles revint, d’ailleurs, sur son mandement par de nouvelles protestations (décembre 1728; février 1729). La mort l'arracha enfin à cette douleureuse situation d’un homme qui se survit à lui-même et qui garde assez de conscience de soi pour Île comprendre (4 mai 1729). Il n'avait jamais brillé par une grande force de caractère ou de génie; mais ses vertus évangéliques et ses excellentes intentions lui avaient mérité le respect de la

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