LE SACRE. LE CLERGÉ
sarce et qui en Ôta ce que pouvait accepter l'esprit moderne! Tandis qu'on exhumait encore une fois devant le xvme siècle le souvenir des rois franks et des rois féodaux, la sainte ampoule de Clovis, la couronne et l’épée de Charlemagne, les pairs de Hugues Capet et de Philippe-Auguste, on chassait le peuple de la place que la tradition lui avait maintenue dans le rituel, comme une protestation qui ne laissait point périmer le droit primordiai. L'officiant (le coadjuteur de Reims) supprima la question au peuple : « Voulez-vous N... pour roi? » Les hommes du passé rompaient eux-mêmes le compromis entre le droit divin et la souveraineté nationale que recélait l'antique cérémonial‘.
Au retour du sacre, Turgot adressa au roi un très-beau mémoire sur la tolérance. Il affirme que c’est un devoir de ne pas tenir des engagements criminels; il réclame la liberté des cultes au nom de la raison d'état, du droit naturel et des vrais principes religieux ?.
Pendant ce temps, l'assemblée du clergé, réunie de juillet à septembre 1775, demande qu’on achève l’œuvre de Louis le Grand et de Louis le Bien Aimé; qu’on dissipe les assemblées des protestants, tolérées par un relâchement funeste; qu'on les exclue de toutes fonctions publiques ; qu’on interdise la célébration de leurs mariages et l’enseignement de leurs enfants. Le clergé se plaint qu'on laisse les enfants à leurs mères; il appelle cela « ravir de tendres enfants aux ministres de notre sainte religion. » Sur les réclamations des ordres mendiants, qui se plaignent de voir leurs noviciats déserts, il demande que les vœux de religion, reportés à vingt et un ans par l’ordonnance de 1768, soient autorisés à seize ans comme auparavant. Enfin, dans sa colère contre le siècle, après avoir condamné un grand nombre de publications philosophiques, il déclare que « le monstrueux athéisme est devenu l’opinion dominante ?. »
Ces doléances de l’esprit de persécution furent portées au roi pir l'archevêque de Vienne, frère du poëte Lefranc de Pompi-
1. Droz, t. I®, p. 171. — OŒuv. de Turgot, t. Ier, Notice hist., p. ec. — Relutién du sacre, ap. Mercure hist., t. CLXXIX, p. 78 et suiv.