LIVRE CIV
Guerre d’Amérique.— OuvErRTURE DE L'ÈRE rE LA RÉVOLUTION.— Clugni, contrôleur-général. Réaction. La loterie. Rétablissement de la corvée. Rétablissement des maîtrises et jurandes. Mort de Clugni. La réaction arrêtée. Necker, directeur des finances. Rétablissement de l’ordre dans la comptabilité eb du crédit public. Réformes diverses. — Voltaire à Paris, Mort de Voltaire et de Rousseau. — RÉvo- LUTION D'AMÉRIQUE. DÉCLARATION DES pro1rs. Soulévement de l'opinion en faveur des insurgents. Rôle curieux de Beaumarchais. Le gouvernement fournit des secours indirects aux insuryents. DÉCLARATION D'INDÉPENDANCE DES ÊrATrs-UNIs. La Fayette en Amérique. Le gouvernement entraîné par l'opinion. Traité d’alliance entre la France et les États-Unis. Rupture avec l'Angleterre. Bataille navale d'Ouessant. L'Inde négligée. Perte de Pondichéri. Expédition de d'Estaing en Amérique. Prise de la Dominique. Perte de Sainte-Lucie. Conquête du Sénégal, — Médiation de la France entre l'Autriche et la Prusse. Paix de Teschen. — L'Espagne s'allie à la France. — Prise de Saint-Vincent et de la Grenade. Échec de Savannah. Exploits de la marine française. Les Espagnols envahissent les Florides. Succès de Guichen contre Rodney. Expédition de Rochambeau aux États- Unis. — Violences de la marine anglaise contre les neutres. Neutralité armée du Nord. L’Angleterre attaque la Hollande et envahit ses colonies. — Conquête de Minorque. Prise de Tabago. — Capitulation d’York-Town : une armée anglaise se rend prisonnière aux Franco-Américains. Reprise des colonies hollandaises d'Amérique. Prise de Saint-Christophe. — Chute de Necker. — Perte d’une bataille navale aux Antilles. Attaque infructueuse de Gibraltar. — Efforts tardifs dans l'Inde. SUFFREN. Six batailles navales en deux ans. Reprise de Trinquemalé. Bussi renvoyé dans l'Inde. Haïder-Ali et Tippo-Saëb. Suffren sauve Bussi assiégé dans Goudelour par les Anglais. Il est arrêté par la paix. — Nouveaux traités de Paris. L'Angleterre reconnaît l'indépendance des Etats-Unis. La France ne garde de ses conquêtes que Tabago et le Sénégal, et recouvre ce qu’elle a perdu pendant la guerre. L'Espagne garde Minorque et les Florides.
Les actes du successeur de Turgot apprirent au peuple ce qu’il avait perdu. Maurepas, quittant l'apparence modeste dont il avait enveloppé son omnipotence, s'était attribué le titre de chef du
conseil des finances, comme pour marquer nettement la dépendance où il entendait tenir le ministre (14 mai 1776); puis il ‘avait fait appeler au contrôle-général l’intendant de Bordeaux, 5}. de Clugni. L’avénement du nouveau ministre fut signalé par ja chute immédiate du crédit public. Les Hollandais ne voulurent pas réaliser l'emprunt de 60 millions à 4 pour 100, qu’ils avaient promis à Turgot : le beaa plan général d'emprunt à 4 pour 100 pour convertir la dette, qui en coûtait 5 à l’État, dut être abandonné : les actionnaires de la caisse d’escompte ne versèrent pas les 10 millions qu’ils s'étaient engagés à prêter au roi, il fallut même, pour n'avoir pas la honte de voir fermer cette caisse patronée avec éclat par le pouvoir, restituer 2 millions déjà reçus à compte sur ces 10 millions. Le contrôleur-général ne sut trouver de resssurces pour remédier au discrédit que dans l’institution d’une loterie royale, institution immorale à laquelle le parlement avait eu le mérite de s'opposer en diverses occasions et qui faisait du roi le croupier d’une grande maison de jeu. La loterie royale fut créée par un simple arrêt du conseil, sans enregistrement (30 juin 1776). Le langage prêté au roi était d’une bassesse nauséabonde. Après avoir exposé que les Français avaient la mauvaise habitude de porter leur argent à des loteries étrangères, « Sa Majesté, » poursuivait l'arrêt, « a jugé que, la prohibition ne pouvant être employée contre les inconvénients de cette nature, il ne pouvait y avoir d’autre remède que de procurer à ses sujets une nouvelle loterie dont les différents jeux, en leur présentant les hasards qu’ils veulent chercher, soient capables de satisfaire et de fixer leur goût. »
Le faible Louis XVI souscrivit ces ignominies de la même main qui avait signé, la veille, les nobles préambules de Turgot.
Quelques semaines après (août 1776), une déclaration royale rétablit l’ancien usage pour les réparations des chemins, c'est-à-dire la corvée! Les rédacteurs de la déclaration avaient l’effronterie d'accuser l’administration précédente d’avoir négligé ces répa rations pendant les deux ans qui venaient de s’écouler. Turgot avait supporté sa chute avec le calme des vrais philosophes ; mais 1l ne put, sans verser des larmes, voir remettre au cou des malheureux campagnards la chaîne qu’il avait brisée.