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RÉVOLUTION D'AMÉRIQUE

ties du droit de les taxer. Le congrès adressa une supplique à la couronne et une adresse aux deux chambres pour réclamer l’abrogation de l’acte du timbre. Comme moyen de coercition, on résolut de frapper l'Angleterre dans son plus cher intérêt, dans son commerce, et partout se formèrent des associations dont les membres s’engageaient à repousser les produits britanniques, au prix de toutes les privations, jusqu’à ce que réparation eût été accordée aux colonies. On fit plus : on empêcha le débarquement et la distribution du papier timbré, et, l'administration de la justice civile et le commerce se trouvant ainsi suspendus de fait, la législature du Massachusets se posa hardiment en face du parlement anglais et autorisa les citoyens à se passer du timbre dans les transactions.

Le gouvernement britannique s’étonna et mollit. Lord Chatham avait soutenu, dans le parlement, la justice de la cause des colons. Le ministère fit révoquer l’acte du timbre (18 mars 1766), mais en maintenant théoriquement le droit législatif absolu du parlement. Lord Chatham rentra au pouvoir; mais, comme nous l'avons déjà dit ailleurs, lord Chatham, usé par de cruelles souffrances physiques, ne fut que l’ombre de lui-même durant son second ministère.

L'Amérique se réjouit de sa victoire et du retour de ce grand homme aux affaires; mais elle se réjouit, pour ainsi dire, sous les armes, et fit bien; car les collègues de lord Chatham, d'accord avec le parlement, ne tardèrent pas à faire üne nouvelle tentative d’arbitraire en enjoignant aux colonies de livrer de certaines fournitures aux troupes. La législature de New-York refusa; elle fut suspendue par acte du parlement, jusqu’à ce qu’elle eût obéi; puis le parlement vota la création de droits sur le papier, sur le verre, sur le thé, etc. (1767).

L'assemblée du Massachusets donna le signal de la résistance par une circulaire aux autres législatures coloniales. Les représentants du Massachusets y revendiquaient à la fois leurs droits naturels comme hommes, et leurs droits légaux comme Anglais. Le gouverneur de la province cassa l’assemblée. La législature suivante prit les mêmes errements. Elle fut cassée à son tour (1768). Les législatures des autres colonies approuvèrent haute-

ment l’assembiée du Massachusets, et le peuple de cette province remplaça l'assemblée dissoute par une convention extraordinaire. La convention, prohibée par le gouverneur comme illégale, se sépara, mais en laissant derrière elle un comité d'organisation, tandis que le gouverneur, de son côté, recevait des troupes d’Angleterre et les installait dans Boston.

L'Amérique anglaise s’agitait pour un grand but. L’Angleterre, pendant ce temps, était en proie à des troubles qui semblaient révéler des symptômes de dissolution politique plutôt que de régénération. En 1769, à l’occasion de l'arrestation du fameux Wilkes, poursuivi pour des pamphlets, il y eut à Londres de violentes émeutes. Le peuple promena par la ville un char portant une jeune fille, avec l'inscription : Liberté. Sur l’un des côtés du char on lisait : «Charles I‘, couronné en 1626, décapité en 1649; » sur l’autre : « Jacques IT, couronné en 1685, chassé en 1688; » et derrière le char : « George IIT, couronné en 1760, puis... »

Lord Chatham, étranger aux derniers actes du ministère, se retira et laissa ses collègues sous le poids de leur impopularité. Ils n’en gardèrent pas moins la majorité dans un parlement solidaire de leurs fautes et firent un pas de plus dans la voie fatale où ils étaient rentrés. Ils crurent intimider les colons en faisant passer au parlement un acte portant que les délinquants d’Amérique pourraient être jugés dans la Grande - Bretagne. L’exaspération des colonies arriva au comble. Une nouvelle législature’ du Massachusets répondit en demandant l'éloignement des troupes anglaises, la mise en accusation de son gouverneur, et en protestant contre la suppression du jury. Les autres provinces suivirent le mouvement. Les associations contre l'importation des produits anglais se renouvelèrent sur la plus vaste échelle : on nota d’infamie quiconque ne s’y enrôlait pas, et les esprits les plus sages et les plus mesurés se familiarisèrent dès lors avec la pensée d’un recours aux armes en dernier ressort'. Le premier sang versé à Boston , le 5 mars 1770, dans un engagement tumultueux entre les soldats et le peuple, sembla rejaillir dans toute l'Amérique.

Le gouvernement britannique hésita pour la seconde fois. Un

1. V. une lettre de Washington, d'avril 1769, dans sa Vie, traduite par M. Guizot, &. Ier, p. 142.

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