D'ORVILLIERS. FLOTTES COMBINÉES
7 août, les flottes alliées furent en vue d’Ouessant. Elles n’y trouvèrent pas le convoi promis. Elles tournèrent vers la côte anglaise, et, contrariées par les vents, n’aperçurent le cap Lizard que le 14.
Ce fut dans ces parages que d’Orvilliers reçut, par une frégate, l'avis que le projet d'attaque sur Portsmouth était abandonné et qu’on devait opérer la descente à Falmouth, à l'extrémité de la Cornouaille : changement absurde, car le port et la rade de Falmouth sont aussi mauvais l’un que l’autre et incapables d'abriter une flotte. Quoi qu’il en fût, d’Orvilliers s’efforça d’abord d'atteindre la flotte ennemie ; mais l'amiral anglais Hardy se réfugia dans la rade de Plymouth, et l’on ne put lui enlever qu'un vaisseau de soixante-quatre, mauvais marcheur (17 août). Les vents d’est rejetèrent la flotte combinée hors de la Manche : l’armée navale anglaise se montra une seconde fois vers les Sorlingues, mais pour fuir sur-le-champ à toutes voiles. La flotte franco-espagnole se rabattit de nouveau sur Ouessant : au lieu du convoi de vivres qu’elle espérait y rencontrer , elle ne trouva que l’ordre de rentrer à Brest (13 septembre).
Quand on eut enfin les, moyens de la ravitailler, il était trop tard pour remettre à la mer. Il n’y eut pas même de tentative d'embarquement des troupes de terre.
Ce prodigieux déploiement de forces n’avait abouti qu’à humilier l’Angleterre, en promenant des pavillons ennemis dans ses eaux, sans qu'elle osât répondre à leur défi; mais on n'avait obtenu aucun résultat positif, pas même celui d’intercepter les flottes marchandes anglaises‘. Le public, mal éclairé sur les faits, rendit l’amiral responsable de l’impéritie du ministre de la marine. « D'Orvilliers, accablé de sa douleur paternelle plus encore que de l'injustice des hommes, abandonna le service et alla finir ses jours loin du monde?. » Il n’avait manqué à ce
1. La Fayette avait proposé, dès son arrivée, d'aller rançonner les riches villes de Liverpool, de Bristol, etc., qui n'étaient nullement en défense, « L'économie, la timidité des ministres, dit-il, firent manquer ce coup hardi. » Le grand établissement maritime de Portsmouth n’était pas mieux armé et eût pu être détruit à coup sûr. — Mém. de Rochamheau, t. 1e", p. 340.
2. L. Guérin, Hist. marit. de France, t. IL, p. 463. — Hist. de la dernière querre, 4. II, p. 197-213, 223-229. — Peu après la rentrée de la flotte, eut lieu, à l'entrée de la Manche, un des plus héroïques combats de navire à navire qu’aient recueillis
&hh LOUIS XVI. (1779)
savant tacticien que des occasions plus favorables et qu’une direction ministérielle plus intelligente pour prendre place parmi nos plus grands marins.
L’Angleterre, échappée aux menaces d’invasion, écarta une partie de ses dangers en rendant enfin justice à l'Irlande, au moins en matière commerciale, et en levant les prohibitions d'exportation et de négoce avec les colonies (décembre 1779).
La campagne avait été plus fructueuse aux Antilles qu'en Europe. Le 16 juin, une escadrille, envoyée de la Martinique par d'Estaing, avait jeté trois ou quatre cents soldats ou volontaires sur l’île anglaise de Saint-Vincent. La garnison et la milice de l’île étaient fort supérieures en nombre aux assaillants ; mais les Caraïbes de Saint-Vincent, dernier reste de la population primitive des Antilles, qui se souvenaient d’avoir été cruellement opprimés par les Anglais et protégés "par les Français, accoururent Joindre les assiégeants, et les Anglais capitulèrent. D'Estaing se dirigea ensuite contre l’île de la Grenade avec toute sa flotte, que des renforts avaient portée à vingt-cinq vaisseaux de cinquante à quatre-vingts canons : il descendit à terre en personne avec treize cents soldats, sans artillerie (2 juillet), et, dans la nuit du 3 au 4, emporta d’assaut le morne de l'Hôpital, position abrupte et fortement retranchée, qui commandait la ville
les annales maritimes : la lutte des deux frégates la Surveïllante et le Québec (6 octobre 1779) fut un duel de géants. Il en faut lire le terrible et touchant récit dans l'Histoire maritime de Léon Guérin, t. Il, p. 465 et suiv. Les forces, la valeur, l’habileté, étaient égales : la fortune décida en faveur des Français. La frégate anglaise s'abîma dans les flammes avec son intrépide commandant Farmer. Les restes mutilés de son équipage furent recueillis et traités en frères sur le navire français, encombré lui-même de morts et de mourants et désemparé de ses trois mâts. La rentrée de la Surveillante à Brest fut à la fois un triomphe et un convoi funébre. Le capitaine du Couëdic, qui avait été sublime de courage et d'humanité, mourut. de ses blessures trois mois après. Les Anglais furent renvoyés libres, comme ne s’étant pas rendus. Les Anglais ne devaient pas, plus tard, montrer cette magnanimité envers les débris de l’héroïque équipage du Vengeur. — Les corsaires français, qui, en vertu d'une ordonnance rendue sous le ministère de Choiïseul, en 1765, avaient maintenant le droit de porter le pavillon blanc comme la marine royale, s’étaient signalés par de nombreux exploits pendant la campagne de 1779. Un compatriote de Jean Bart, le Dunkerquois Royer, se rendit surtout terrible à la marine anglaise et fit une énorme quantité de prises. Les corsaires français, armés en véritables frégates, faisaient disparaître devant eux les petits corsaires anglais. — V, Hist. dela dernière guerre, t. Il, p. 234 et suiv.