‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 222 sur 346 · HOLLANDE. DROIT MARITIME · texte numérisé non relu

HOLLANDE. DROIT MARITIME

commerce furent déclarés de bonne prise par l'amirauté anglaise. L’Angleterre, n’espérant plus l'alliance de la Hollande, l’aimait mieux ennemie que neutre. Cet adversaire, riche et faible, offrait à l’avidité britannique des colonies florissantes à piller et des rentes énormes à ne plus payer'.

A défaut de la Hollande, le cabinet de Saint-James espérait, en ce moment, gagner enfin une puissante alliée, la Russie, qui n'avait presque aucun commerce avec la France, en avait un très-grand avec l'Angleterre, et semblait d’ailieurs disposée à tout sacrifier aux intérêts de son ambition en Orient. Catherine II avait fait insinuer au gouvernement anglais que, s’il consentait à s'unir à elle contre l’empire othoman, elle accepterait l’alliance anglaise sous la forme d’une médiation armée de la Russie dans la guerre de l'Angleterre avec ses colonies, la France et l'Espagne. Catherine était disputée entre deux influences : celle du favori Potemkin, qui inclinaït vers l’Angleterre, et celle du premier ministre Panin, attaché au grand Frédéric et mal disposé pour les Anglais. Lorsque le cabinet anglais adressa officiellement à la tzarine les propositions qu’elle-même avait provoquées, Panin trouva moyen de traîner l’affaire en longueur. Sur ces entrefaites, les Espagnols ayant saisi, dans la Méditerranée, deux bâtiments russes qui trafiquaient avec les Anglais, Catherine demanda satisfaction à l'Espagne et arma quinze vaisseaux de ligne pour appuyer sa réclamation. Les Anglais croyaient tout gagné, lorsque Panin, avec une habileté merveilleuse, persuada à la tzarine de saisir cette occasion pour s'assurer la gloire d'établir en Europe le système du vrai droit maritime et pour se mettre avec éclat à la tête des puissances neutres. Le droit préoccupait fort peu Catherine, mais elle allait volontiers à tout ce qui brille; elle permit à Panin d'envoyer aux puissances belligérantes et aux cours de Suède et de Danemark une déclaration où la Russie posait en principe : 1° que les vaisseaux neutres ont droit de naviguer de port en port et sur les côtes des nations en guerre; 2° que les effets appartenant aux sujets des puissances belligérantes doivent être respectés sur les vaisseaux neutres; 3° qu'il n'y a d’autr

1. Les Hollandais avaient, comme nous l'avons déjà dit, des capitaux immenses placés en Angleterre.

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objets de contrebande que les armes, équipements et munitions de guerre; 4° que les seuls ports bloqués sont ceux devant lesquels se tient à demeure et à proximité une force navale ennemie (mars 1780).

Ces principes étaient les seuls que puisse avouer le droit des gens, et c’est une des singularités de l’histoire qu’ils aient été proclamés si bruyamment par un des gouvernements les moins soucieux du droit qui aient paru sur la terre.

Les maximes de l’amirauté anglaise se trouvaient radicalement niées par la déclaration de la Russie, que le gouvernement français se hâta d'accepter comme n'étant que l'expression de ses propres principes (25 avril 1780). L'Espagne en fit autant. La Suède et le Danemark contractèrent l'engagement de soutenir par les armes les principes qu'avait posés la Russie, et les trois puissances du nord s’engagèrent à former àu besoin une flotte combinée de trente-cinq vaisseaux dans ce but, et à tenir la Baltique fermée aux vaisseaux de guerre des états belligérants '. La Hollande eût dû se hâter d’adhérer à la neutralité armée du Nord; mais le stathouder eut encore le pouvoir de traîner l'accession ‘en longueur, malgré de nouveaux outrages ?, et ce fut l'Angleterre qui déclara la guerre à la Hollande par un manifeste du 20 décembre 1780. Pendant ce temps, les ambassadeurs hollandais signaient enfin la neutralité armée à Pétersbourg (5 janvier 1781 ); mais la Russie, comme on l’avait espéré à Londres, répondit qu’il était trop tard et ne voulut plus couvrir le pavillon des Provinces- Unies. Catherine IT, qui ne tenait essentiellement qu’à une seule chose, à ses vues sur la Turquie, et qui avait cédé, sur la question maritime, à l'impulsion d’autrui, ne montra pas une énergie bien soutenue dans cette affaire, et finit par qualifier elle-même la neutralité armée de nudité armée ÿ.

1. Le Portugal même fit une tentative pour se soustraire à la tyrannie anglaise, Les corsaires anglais faisaient de ses ports des marchés où ils venaient trafiquer de leurs prises sur les neutres comme sur les ennemis. Le gouvernement portugais ferma le port de Lisbonne aux vaisseaux de guerre qui s’y présentaient avec des prises. L'Angleterre cria si fort, que le roi de Portugal annula son règlement. — His. dé la dernière guerre, t. II, p. 495.

2. Les Anglais enlevèrent de vive force des navires américains dans le port hol- Jandais de l’île Saint-Martin, aux Antilles (août 1780).

3. Flassan, t. VII, liv. VII, liv. VIII. — Garden, t. IV, p. 316-319. La Prusse

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