‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 224 sur 346 · GUERRE MARITIME. MAHON PRIS · texte numérisé non relu

GUERRE MARITIME. MAHON PRIS

Pendant ce temps, la grande flotte, après avoir protégé l’entrée du convoi dans la Méditerranée, était revenue dans la Manche. Cette fois, c'était l'Espagnol Cordova qui commandait en chef. L’amiral anglais Darby, qui croisait avec vingt et un vaisseaux, faillit tomber au milieu de ce formidable armement et n’eut que le temps de se réfugier dans la rade de Torbay. L’amiral français Guichen et le major-général de la flotte espagnole, Massaredo, pressèrent ardemment Cordova de consentir à l'attaque; le défilé, pour entrer dans la rade, offrait quelque péril; mais aucunes fortifications, du côté de terre, ne protégeaient le mouillage de Torbay. Le vieil amiral, usé par l’âge, refusa, et le conseil de guerre, où les Espagnols étaient en majorité, se prononça dans le même sens ‘. Bientôt après, les maladies et le mauvais temps obligèrent la flotte combinée à se dissoudre : les Français rentrèrent à Brest dès le 11 septembre; les Espagnols retournèrent à Cadix. C'était à renoncer complétement à ces réunions hétérogènes qui combinaient de si grandes masses pour rien.

L’espèce de fatalité qui pesait sur notre flotte de la ianche venait, pour la troisième fois, de rendre sa grande supériorité inutile : les nouvelles d'Amérique en dédommagèrent la France. Cette année, le sort de la guerre se décida enfin aux États-Unis.

Dès le 24 mars, une flotte de vingt et un vaisseaux de ligne était partie de Brest pour la Martinique, escortant un grand convoi, et si bien outillée, qu’elle put faire le voyage en trente-six jours. L'opinion publique eût souhaïté qu’on replaçât d'Estaing à la tête de ce bel armement; maïs le commandement avait été donné au lieutenant-général de Grasse. C'était un officier brave et dévoué; les événements devaient montrer si ses talents répondaient à une si grande tâche. On n’eut pas lieu de se repentir tout d’abord de ce choix. La fortune favorisait nos armes. L’amiral Hood essaya en vain, avec dix-huit vaisseaux anglais, de fermer la baie de Fort-Royal à de Grasse, qui introduisit son convoi dans la baie et qui se renforça de quatre vaisseaux auparavant bloqués dans cette rade (28-29 avril). L'amiral Hood, après un combat soutenu

1. Mémoires inédits de l’amiral Willaumez, cités par le capitaine de vaisseau Bouet- Willaumez, Revue des Deux Mondes du 1°* avril 1852.

vaillamment à forces inférieures, échappa, grâce à l’habileté de ses manœuvres, et se retira vers l’île d’Antigoa, où Rodney, son commandant en chef, vint le rejoindre de Saint-Eustache avec trois vaisseaux. La flotte française, laissant aller Hood, était revenue faire une fausse attaque sur Sainte-Lucie (9-13 mai); pendant ce temps, une escadrille avait jeté un corps de troupes françaises sur Tabago, la plus méridionale des Iles-sous-le-Vent. Quelques jours après, toute la flotte se porta du même côté avec de nouvelles troupes de débarquement. La garnison anglaise de Tabago capitula le 2 juin, sans que Rodney eût pu lui porter secours.

Au commencement de juillet, l’amiral de Grasse fit voile de la Martinique pour le cap français de Saint-Domingue, y prit trois mille soldats de débarquement et quelque argent, franchit avec bonheur le double canal de Bahama, où s’engageaient rarement les flottes, et alla mouiller, le 30 août, à l’entrée de la Chesapeake, cette baie immense qui s'enfonce de quatre-vingts lieues au cœur des États-Unis.

On l’y attendait avec impatience. Les opérations militaires avaient été fort actives sur le continent américain depuis le commencement de l’année. Les Anglais, renforcés d'Europe, avaient jeté par mer, de New-York, un corps de troupes dans la rivière James, en Virginie. Cette attaque, poussée au cœur de l'Amérique, avait une portée bien plus décisive que l’invasion de la Géorgie ou de la Caroline du Sud : la possession de la Virginie devint le grand objet de la guerre. La Fayette eut l'honneur d’être chargé de défendre la Virginie; le général américain Greene reprit l’offensive par l’intérieur des terres, du côté des Carolines. Le général anglais du Sud, lord Cornwallis, chargeant ses lieutenants de disputer le terrain à Greene, traversa la Caroline du Nord et vint rejoindre en Virginie le détachement de New-York avec le gros de ses troupes. Il laissa un corps de réserve, avec une flottille, à Portsmouth, dans le bas de la rivière James, et se porta en avant à la tête de cinq mille hommes d'élite. La Fayette, qui n’en avait que trois mille, la plupart miliciens, se trouva en grand péril {mai 1781). Tandis que, dans la vieille Europe, on avait vu récemment des centaines de milliers de soldats s’entr’égorger sans aboutir à changer les limites d’une province, ces poignées

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