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LA FAYETTE EN AMÉRIQUE

d'hommes décidaient en Amérique des destinées d’un monde naissant !

La Fayette, avec une prudence et une habileté bien remarquables chez un général de vingt-quatre ans, se replia pas à pas, sans se laisser entamer, jusqu’à l'extrémité septentrionale de la Virginie, afin de conserver ses communications avec la Pensylvanie. Renforcé par les Pensylvaniens, il cessa de reculer, sauva, par une marche rapide, les magasins militaires des états du Sud, et devenu à peu près égal en nombre à l'ennemi, il eut l’art de se faire croire très-supérieur en forces. Cornwallis, à son tour, recula vers la rivière James et ne s'arrêta plus qu'il n’eût rejoint sa réserve, dans le bas et au midi de ce large fleuve. La Fayette n’était pas en état de l’attaquer. Cornwallis se rassura, se reporta au nord de la rivière James et vint se mettre à cheval sur la rivière d’York, près de embouchure de cette rivière dans la baie de Chesapeake. La Fayette prit poste sur la rivière d’York au-dessus de l'ennemi et fit couper les communications de Cornwallis avec les Carolines et menacer Portsmouth, où était restée la réserve anglaise. Cette réserve abandonna Portsmouth et rallia Cornwallis à York-Town (juillet-août). Quand La Fayette lui-même eût dirigé l’armée ennemie, elle n’eût pas opéré autrement. Les positions d’York-Town et de Glocester, excellentes pour une armée maîtresse de la mer, devenaient un véritable piége pour qui cessait d’avoir la supériorité maritime. Or, le 30 août, comme nous l'avons dit, la flotte française vint fermer la baie de Chesapeake, bloquer la rivière James et la rivière d’York, et débarquer trois mille Français qui se réunirent à La Fayette".

. Le 5 septembre, on signala une flotte anglaise : c'était l’escadre de New-York, sous l’amiral Graves, renforcée d’une partie de la flotte des Antilles aux ordres de Hood. De Grasse, sans attendre un bon nombre de ses matelots occupés à débarquer les soldats, alla au-devant des Anglais avec vingt-quatre vaisseaux de ligne contre vingt. L'amiral Graves, reconnaissant la force des Français,

1. Le gouvernement français avait accompagné ces secours militaires d'importants secours d'argent : outre ses prêts directs aux Américains, il avait garanti, puis pris à sa charge un autre emprunt de dix millions qu’ils avaient essayé de faire en Hollande.

profita de l'avantage du vent pour éviter une action générale; mais son avant-garde, commandée par Hood, fut fort maltraitée par l'avant-garde française, que conduisait l’illustre navigateur Bougainville et que soutint le corps de bataille. La nuit permit à Graves de se rallier et de se réparer. Il n’essaya pas de renouveler le combat et reprit la haute mer, tandis que de Grasse retournait à son blocus, enlevant sur son chemin deux frégates anglaises qui tentaient de pénétrer dans la rivière d’York. De Grasse trouva, à la hauteur du cap Henry, à l’entrée de la baie de Chesapeake, l’escadre française de Rhode-Island, que le comte de Barras', quoique son ancien, venait spontanément mettre sous ses ordres avec une abnégation trop rare parmi les chefs militaires. De Grasse eut alors jusqu'à trente-huit vaisseaux de ligne sous son pavillon, force qui interdisait à l'ennemi toute espérance d’un secours maritime. \ ©

Le chef d’escadre Barras avait apporté de l'artillerie de siége et des munitions ; de Grasse, qui se disait obligé de repartir pour les Antilles, pressa La Fayette d’attaquer sur-le-champ. Le jeune général eut la sagesse de s’y refuser et la vertu de préférer à sa gloire personnelle l'intérêt de la cause et le sang du soldat ; il était à peine supérieur en nombre à un ennemi bien retranché, et il savait que Washington et Rochambeau, après avoir feint de menacer New-York pour empêcher le général Clinton d'envoyer des renforts en Virginie, arrivaient à marches forcées; qu'ils étaient déjà au fond de la baie de Chesapeake. De Grasse consentit à prolonger son séjour, envoya prendre par ses bâtiments légers six mille soldats qu’amenait le général en chef américain, et, le 28 septembre, huit mille Américains et autant de Français investirent les deux corps de la petite armée anglaise dans York-Town et Glocester, sur les deux bords de:la large rivière d’York. La tranchée fut ouverte devant York-Town dans la nuit du 6 au 7 octobre ; la nuit du 14, deux colonnes, l’une d'infanterie légère américaine, conduite par La Fayette, l’autre, de grenadiers et de chasseurs français?, aux ordres du maréchal de camp Viomesnil, enlevèrent

1, Oncle du conventionnel.

2. Is avaient été tirés de ce fameux régiment d'Auvergne, dont Rochambeau avait été longtemps colonel, et dans les rangs duquel était mort d'Assas. « Mes enfants, »

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