‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 242 sur 346 · Anc. Lois françaises, t. XXV, p · texte numérisé non relu

Anc. Lois françaises, t. XXV, p

(1779-1780 ASSEMBLÈES PROVINCIALES. 497

ciales (27 avril, 11 juillet 1779; 19 mars 1780.) Une autre généralité, apparemment par l'organe des personnes mêmes que le pouvoir avait désignées, refusa l'assemblée provinciale qu’on lui offrait, parce que cet établissement purement consultatif dérogeait au droit des citoyens de voter l'impôt. On dit qu’il y eut des provinces, au contraire, où les notables choisis par le gouvernement déclarèrent que, si, de la concession qu’accordait le roi, il résultait quelque trouble dans l’ordre public, la concession devrait être révoquée ‘. Cette timidité était fort exceptionnelle dans l'esprit du temps.

L'établissement des assemblées provinciales ne pouvait pas précisément troubler l’ordre public, mais pouvait causer des embarras et des tiraillements, si l’on n’arrivait pas jusqu’à l'assemblée générale de Turgot. On pouvait compter que les administrations provinciales, n'étant pas mises face à face les unes des autres dans une grande assemblée, fatigueraient le gouvernement de leurs doléances, chacune dans le but de soulager ses administrés aux dépens des provinces voisines, et qu’on ne saurait à qui entendre.

Durant les derniers mois de 1780, des embarras bien autrement imminents pressaient Necker. Sa bonne veine en matière d’emprunts semblait épuisée. Il n’avait obtenu dans toute l’année que 21 millions des prêteurs, et, encore, par l'intermédiaire et grâce à la garantie des pays d’États; il s'était vu réduit à anticiper de 155 millions sur les recettes des huit années à venir, la pire de toutes les espèces d'emprunts ?. L'opinion flottait, le crédit s’épuisait. Necker ressaisit l’une et releva l’autre par un grand coup. Il démontra au roi que confiance et publicité sont inséparables ; que, dès qu'on faisait de l’emprunt sa principale ressource, il fallait ouvrir, ou du moins entr'ouvrir aux yeux du public ce secret des finances jusqu'alors enfermé avec un soin si jaloux dans les cartons du contrôle général. Bref, il obtint de Louis XVI la

1. Monthion, Particularités sur les ministres des finances, p. 252-253.

2. La dépense de 1780 s’éleva à 615,848,000 fr. — Bailli, Hist, financière, t. Il, p. 233.

3. Il n’y était pas même tont entier. Bailli montre fort bien, en effet, dans son Histoire financière [t. II, p. 235), que les contrôleufs-généraux eux-mêmes ne connaissaient que très-imparfaitement l’état réel des recettes et des paiements chaque année, les états au vrai n'étant arrêtés qu’au bout de plusieurs années,

permission de publier le fameux Compte rendu des finances | janvier 1781).

L'effet fut prodigieux. La nation, qui avait jusqu'alors également ignoré «et le montant des subsides qu’elle fournissait à la couronne, et le rapport des dépenses avec les recettes annuelles du Trésor, et la somme des engagements extraordinaires contractés par l’état!, » la nation salua par un cri de joie cette lumière qui se faisait dans les ténèbres fiscales. On se sentit marcher par la publicité à la liberté. On applaudit aux vues morales et philanthropiques étalées par l’auteur du Compte rendu avec un peu d’emphase, mais avec sincérité. On accepta, d'une foi entière, tous les chiffres, tous les résultats; l’extinction promise d’une grande partie des pensions, celle des rentes viagères, les nouvelles économies annoncées; le projet de transformer les gabelles, si monstrueusement inégales, eh un impôt uniforme sur le sel, et d’abolir les douanes intérieures?. On ratifia les éloges que Necker ne s’épargnait pas à lui-même, en admirant que les recettes en fussent venues à dépasser les dépenses ordinaires de 18 millionsÿ. Les abus mêmes qu'avouait le Compte rendu, les 28 millions de pensions, somme double de celles qu'employaient au même objet tous les rois de l’Europe ensemble, l'inégalité des charges entre les provinces, l’énormité de certaines dépenses superflues, redoublaient la confiance publique. Puisqu’on ne craignait pas d'appeler le grand jour sur de tels désordres, c’est qu’on était bien résolu à les corriger.

Le crédit fut pleinement reconquis : toutes les bourses s’ouvrirent; en quelques mois, en quelques semaines, Necker obtint pour 236 millions d'emprunts; presque autant qu'il en avait réalisé dans les quatre années précédentes!

Ce fut l’apogée de sa fortune. L’apogée ne fut pas loin de la chute.

Le Compte rendu, on doit le reconnaître, n’était nullement ce

Page 1