MESMER. MAGNÉTISME
organe direct de transformation. Les trois espèces de mysticisme que nous venons d'indiquer la travaillent et la pénètrent à {a fois : le mysticisme qu’on peut appeler sensualiste ; le mysticisme politique, qui n’a de mystique que l'apparence; le mysticisme théosophique, qui est le véritable.
À partir de 1778, un médecin allemand a profondément remué Paris en annonçant la guérison de toutes les maladies par la vertu d’un agent universel qu’il a découvert et qu'il dirige à son gré. Tous les êtres, assure Mesmer, sont plongés dans un océan de fluide par l'intermédiaire duquel ils agissent les uns sur les autres. L'homme peut concentrer ce fluide et en diriger les courants sur ses semblables, soit par le contact immédiat, soit, à distance, par la direction du doigt ou d’un conducteur quelconque. Ces courants portent avec eux la santé et la vie dans les corps dont les fonctions sont troublées. Ils guérissent immédiatement les maux de nerfs et médiatement les autres maux. Par analogie avec les attractions de l’aimart ou du magnétisme minéral, Mesmer qualifie cette influence de magnétisme animal. Certains prodiges des anciennes religions, les cures miraculeuses par l’imposition des mains, les extases collectives et autres phénomènes extraordinaires opérés par des hommes sur d’autres hommes, n’ont été, suivant l’audacieux novateur, que des phénomènes magnétiques.
L'impression produite par Mesmer est immense : il entraîne les femmes, les jeunes gens, tous les esprits amoureux de l’inconnu et saisis par les espérances sans bornes qui sont le caractére du temps'. Bien des penseurs sont satisfaits de voir enfin donner une autre explication des faits mystérieux de l’histoire que la banale accusation d’imposture contre tous les thaumaturges et tous les chefs des religions. Quant à la foule, elle se précipite au baquet de Mesmer avec un entraînement bien plus général qu’elle ne courait autrefois au tombeau du diacre Päris.
fi:u3-maçonnerie comme la philosophie du xvin* siècle : on sait que le grand Fré dévie. était franc-maçon. Chose plus singulière, l'empereur François Ier, l'époux de Marie-Thérèse, l'était aussi.
. La correspondance de La Fayette avec Washington conserve des traces bien cu“ieuses de cet enthousiasme. — Mém. de La Fayette, t. Il, p. 93. Le jeune défenseur de la liberté américaine est entièrement subjugué par Mesmer,
Nous ne raconterons pas ces incidents bizarres, mais si connus, où l’on voit presque se renouveler les convulsions de Saint- Médard sous un aspect moins violent et moins sombre, ni les luttes opiniâtres de Mesmer et de ses disciples contre les corps savants, luttes qui aboutissent au célèbre rapport rédigé par Bailli au nom d'une commission prise dans la Faculté de médecine et l’Académie des sciences (1784). La science, par la voix de Bailli, écarte comme arbitraire l'hypothèse du fluide magnétique, et, par conséquent, le pouvoir que s’attribuent Mesmer et ses adeptes de diriger ce fluide, ne nie pas absolument les phénomènes signalés, mais les attribue exclusivement à une cause morale, au pouvoir de l'imagination. Nier ces phénomènes emporte, en effet, des difficultés historiques bien autrement graves que les admettre dans une limite quelconque ; mais il est trèsdouteux que l’explication de Baïlli soit suffisante, quoiqu’on puisse croire que la cause inconnue qui agit si puissamment sur le système nerveux de l’homme soit beaucoup plus morale que physique.
Les développements que reçut le Mesmérisme, et qui en transformèrent tout à fait le caractère, allèrent dans la direction que nous venons d'indiquer. On connaissait plus ou moins obscurément le somnambulisme naturel et ses étonnants effets, expliqués dans les temps passés par des causes surhumaines, bienfaisantes ou malfaisantes. Le xvine siècle avait négligé ces faits étranges. Tout à coup se produit un somnambulisme artificiel. Les frères Puy-Ségur, disciples de Mesmer, déterminent par l’action magnétique, quelle qu’en soit la nature, exercée sur des malades, non plus les crises nerveuses du baquet de Mesmer, mais un sommeil extatique durant lequel le somnambule a la vue intérieure de son propre corps, celle du corps de la personne avec laquelle on le fe d'un rapport magnétique, et, parfois même, à ce qu’on prétend, dépassant toutes les bornes assignées à l’action et à la portée de nos sens, étend au loin dans l’espace et même dans le temps une vue qui n’est plus celle du corps, c’est-à-dire retrouve la seconde vue des voyants et des sibylles. Ici, le matérialisme encore enveloppé dans la théorie de Mesmer achève de disparaître, et nous nageons en plein mysticisme. L'interprétation des traditions his-