‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 273 sur 346 · GASPILLAGES · texte numérisé non relu

GASPILLAGES

denc: du duc d'Orléans; le prince de Guémené avait fait, comme on l’a déjà dit, une banqueroute de 30 millions : on lui racheta, pour le roi, à un prix exorbitant, le domaine de Lorient et quelques autres propriétés féodales des Rohan, afin de l’aider à apaiser ses créanciers. Tout grand seigneur obéré qui avait une terre à vendre venait loffrit au roi; il y eut, en trois ans, pour 70 millions de ces acquisitions inutiles et onéreuses ‘. Ceux qui voulaient échanger et non vendre des domaines n’étaient pas moins bien reçus, et il n’est pas besoin de dire que ce n’était jamais la couronne qui gagnait aux échanges; Calonne et ses amis ne s’oublièrent pas en obligeant autrui. Tous les moyens étaient bons au contrôleur-général pour se faire des partisans. On vit reparaître les croupes et parts de faveur dans les fermes et dans les régies, les baux et les marchés sans enchère, à huis clos, les augmentations et les survivances de pensions, et cela au moment même où une déclaration royale (8 mai 1785) annonçait qu’il ne serait plus accordé de pensions qu’à mesure des extinctions. Les droits du fisc étaient non avenus à l’égard de quiconque avait accès au contrôle-général. Chaque jour, Calonne accordait la diminution ou la remise entière des droits qui pesaient sur la transmission d’une charge ou sur la mutation d’une propriété féodale. Chaque année, le revenu des domaines, des aides, des tailles et des gabelles perdit plus de 2? millions par des remises de faveur. L’immensité des acquits de comptant, des dépenses soustraites à la comptabilité régulière, dépassait, depuis la chute de Necker, tout ce qu’on avait vu sous Louis XV. Les acquits de comptant s’élevèrent, en 1785, à plus de 136 millions ?, sur lesquels plus de 21 millions sur ordonnances au porteur, sans qu’on pût connaître à quelles personnes ni pour quels objets elles avaient été délivrées ! Toutes les dépenses augmentaient dans des proportions insensées. L'esprit de paresse et de désordre envahissait les bureaux, à l'exemple du cabinet du ministre. Ce qui faisait huit divisions et coûtait 300,000 francs du temps de l’abbé Terrai,

1. Il faut déduire du compte de Calonne Rambouillet, acheté avant son avéne-

ment, malgré son prédécesseur. | 14, »

2. Ils avaient été plus haut encore en 1783 ; passé 145 millions. — ‘Ÿ. Bailli, Hist.

financière, t. II, p. 266.

laborieux et rangé dans ses vices, était transformé, sous Calonne, en vingt-huit départements, qui dépensaient 3 millions.

À travers tant de dilapidations folles et coupables, une seule espèce de dépense eût mérité des éloges, quoique le faste y eût encore trop de part, si la continuation et l'achèvement de ce qu’on entreprenait eussent été assurés par une administration prévoyante. C’étaient ces travaux partout commencés pour l’embellissement et l'assainissement des grandes villes, et surtout les travaux des ports de mer et des canaux, travaux dans lesquels le gouvernement était secondé, quelquefois devancé par Les provinces et par les villes. À voir l’activité féconde qui se déployait pour agrandir ou améliorer les ports du Havre, de Dunkerque, de Dieppe, de la Rochelle, d’Agde, de Cette, pour achever la canalisation du Languedoc‘, pour joindre par trois nouveaux canaux le bassin du Rhône à ceux de la Loire, de la Seine et du Rhin *?; à voir cette titanique entreprise de Cherbourg qui devait enfin réaliser la pensée de Colbert et donner à la France, en dépit de la nature, un formidable port de guerre à l’entrée de la Manche, qui eût pu se croire à la veille de la chute d’une monarchie et d’une société?

Pour subvenir aux exigences d’un tel présent, Calonne achevait de dévorer l'avenir. Il payait, par an, à peu près 30 millions pour intérêts d’avances faites au Trésor. Il vendit aux comtés de Barsur-Seine et d'Auxerre le rachat des aides à perpétuité; afin d’obtenir des États de la Flandre maritime un prêt de 10 millions à intérêt, il leur engagea, pour dix ans, moyennant une faible redevance, les taxes sur les consommations, appelées Droits des quaire membres de Flandre. Il restaura le monopole du commerce de l’Inde en fondant une nouvelle compagnie privilégiée, dont il

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