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PROCÈS DU COLLIER

ne lui donna jamais que de pernicieux avis, vrai Maurepas de Marie-Antoinette, aussi égoïste et moins sagace que le fatal ministre de Louis XVI, Breteuil et Vermont, disons-nous, excitèrent encore la reine et entraînèrent, par elle, le roi à mettre le feu à cette mine creusée sous le trône et qu’il eût fallu étouffer à tout prix. Les gouvernements faibles et déconsidérés ne peuvent prolonger leur existence que dans le silence et l'ombre. Il fallait être pris de vertige pour ouvrir le sanctuaire de la famille royale aux réticences transparentes d’un débat judiciaire et aux malveillants commentaires de la foule, comme on eût fait de l’intérieur équivoque d’une maison mal famée, pour mettre l'honneur de la couronne à la discrétion du parlement, d’un corps naguère terrassé, puis relevé conditionnellement par la royauté, et plus irrité de l’outrage que reconnaissant de la réparation.

Ce malheureux gouvernement entassait fautes sur fautes. Quelques semaines après s'être jeté dans les mains du parlement, il se brouilla avec lui, à l’occasion d’un troisième emprunt envoyé par Calonne à l’enregistrement. Il s'agissait de 80 millions en rentes viagères, remboursables en dix ans et assignés sur les aides et gabelles ; dernier secours, disait le préambule de l’édit, qui suffirait « pour effectuer l’accapärement total des dettes et rétablir l’ordre dans les affaires. » De telles assertions faisaient pitié et non plus illusion : le parlement, d’une voix unanime, pria le roi de retirer l’édit. Le roi répondit par un exprès commandement d'enregistrer. L'enregistrement eut lieu, mais avec des modifications et des explications par lesquelles le parlement en déclinait la responsabilité devant le public. Le parlement fut mandé à Versailles et l'enregistrement pur et simple fut imposé en lit de justice (23 décembre 1785). Pendant les pourparlers qui avaient précédé ce coup d'autorité, Calonne s'était aliéné personnellement le premier président d’Aligre et les meneurs les plus influents de la compagnie. On en sentit le contre-coup dans le procès du cardinal de Rohan.

Le procès du collier se prolongea neuf mois entiers, sans lasser l'attente ni la curiosité publiques. L’acharnement maladroit que mirent les affidés de la reine, surtout le ministre Breteuil, à poursuivre le cardinal seul en cherchant à rejeter hors du débat

Mme de La Motte, acheva de tourner l’opinion en sens inverse. Le public oublia le juste mépris longtemps infligé à ce prélat perdu de débauches et couvert de dettes, qui ne concevait pas, suivant ses propres paroles, qu’un galant homme püt vivre avec 1,200,000 livres de rente, et qui, en conséquence, complétait les revenus de ses dignités ecclésiastiques" avec les fonds de la grande aumônerie, payant ses maîtresses de l'argent destiné à soulager les pauvres. On ne s’indigna pas, on se contenta de rire de l’effronterie de l’ex-jésuite Georgel, vicaire-général de la grande aumônerie et confident de Rohan, qui commença en ces termes un mandement pour le carême : « Envoyé vers vous, mes trèschers frères, comme le disciple Timothée le fut au peuple, que Paul dans les liens ne pouvait plus enseigner, » etc. Quel Timothée et quel Paul! Il y eut aussi peu de pudeur d’un côté que de l’autre, du côté de Breteuil que de celui des Rohan, qui avaient pris parti pour leur parent et entraîné avec eux une des branches de la maison royale, les Condé, alliés aux Rohan par le mariage du prince de Condé avec une personne de cette famille. On vit ces illustres parents de l'accusé, les princes et les princesses des maisons de Condé et de Rohan, suivant l’usage des procès criminels, faire la haie, en habits de deuil, sur le passage de messieurs de la grand’'chambre les jours de séance, et « des princes du sang se déclarer en sollicitation ostensible contre la reine de France.» Les intrigues secrètes firent encore plus que les sollicitations publiques.

L'arrêt fut enfin rendu le 31 mai 1786. Le procureur-général, Joli de Fleuri, conclut à ce que le cardinal fût tenu : 1° de déclarer à la chambre assemblée que témérairement il s'était mélé de la négociation du collier, sous le nom de la reine; que, plus témérairement, il avait cru à un rendez-vous nocturne à lui donné par la reine; qu’il demandait pardon au roi et à la reine, en

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