Depuis les Notables de 1626, sous Richelieu
demandait quelle peine Louis XIV eût infligée au ministre qui lui eût proposé d’assembler les Notables. Le jeune vicomte de Ségur disait : Le roi donne sa démission. Le public espérait en raison de l'effroi de la cour. On n’avait pas plus de confiance dans la fermeté du roi que dans la moralité du ministre ; on se doutait bien que Calonne n’appelait à un fantôme de représentation nationale que parce qu’il était à bout de ressources, qu’il ne voulait que tirer de l'argent, mais on comprenait ceci : Versailles baisse; la France monte. Il y eut un incident caractéristique : l'autorité avait envoyé au Journal de Paris! une note annonçant la convocation des Notables. « La nation, » disait cette note, « verra avec transport que son souverain daigne s'approcher d'elle. » Gette expression servile produisit un si fâcheux effet, que l'autorité la fit supprimer dans un autre journal (les Petites - Affiches) ?.
Calonne, enivré de lui-même, n’avait pas le moindre instinct de la situation réelle. Il comptait être acclamé par les Notables, acclamé par la nation. Il fêtait d'avance son triomphe assuré en se plongeant sans réserve dans toutes les sortes de plaisirs. Le jour de l'assemblée approchait; rien n’était prêt : il voulut réparer, par un travail forcé, le tort de sa paresse; il tomba malade, et, de délai en délai, trois semaines s’écoulèrent entre le jour fixé par les lettres de convocation et l'ouverture effective de l’assemblée. Ce fut, pour le contrôleur-général, bien pis que du temps perdu. L'opposition eut tout le loisir de se reconnaître et de s'organiser. Les hommes les plus avancés d’opinions n'étaient pas ceux que Calonne avait le plus à craindre, au moins tout d’abord. La Fayette apportait des dispositions nullement hostiles; il était disposé à accepter ce qui pourrait être proposé de raisonnable et même à consentir des emprunts et à voter quelques taxes provisoires : il ne visait pas à imposer la convocation immédiate des États-Généraux, mais seulement à obliger le roi, avant de lui porter aide, à reconnaître certains principes, constitutionnels. Dans le présent, établir des assemblées provinciales, abolir les entraves au commerce, rendre l’état civil aux protestants; dans l'avenir, dans un avenir peu éloigné, arriver à une assemblée nationale :
1. Première feuille quotidienne publiée en France ; fondée en 1777. 2. Mém. de Bachaumont, t. XXXIII, p. 313; XXXIV, p. L.