‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 302 sur 346 · PARLEMENT ET ÉTATS-GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

PARLEMENT ET ÉTATS-GÉNÉRAUX

raître. Dès le lendemain, il fut effrayé de l'espèce de vertige dont il avait été saisi. Les rédacteurs des remontrances atténuèrent la portée de l’arrêté du 16 juillet en écrivant que les États-Générau x seuls peuvent consentir un impôt perpétuel. La porte était aïnsi rouverte aux transactions avec la cour. Le roi ne répondit pas sur ce qui regardait les États et dépècha au parlement lédit qui établissait la subvention territoriale et supprimait les deux vingtièmes. Le parlement, alors, réclama les États-Généraux sans restriction. « La nation, représentée par les États-Généraux, est seule en droit d’octroyer au roi Les subsides nécessaires (30 juillet) ‘. »

La majorité, qui ne songeait qu’à intimider la cour afin d’obtenir le retrait de la subvention territoriale, avait été entraînée par deux minorités momentanément coalisées : l’une, personnifiée dans la froide énergie d’Adrien Duport, une des futures puissances de la Constituante, savait où elle allait, à la liberté démocratique, à une Révolution où disparaîtrait le parlement et où les États- Généraux eux-mêmes s’absorberaient dans l’unité de cette assemblée nationale appelée tout à l'heure par La Fayette; l’autre, guidée par la brillante et folle imagination de d’Éprémesnil, rêvait une restauration des libertés privilégiées du moyen âge, un régime de monarchie aristocratique, où les trois ordres s’assembleraient à des époques déterminées et confieraient, dans les intervalles de leurs assemblées, le maintien des droits publics au parlement.

Le roi manda le parlement à Versailles, et les deux édits furent enregistrés en lit de justice le 6 août. Deux mois auparavant, le lit de justice eût prévenu, ou du moins ajourné la lutte; maintenant ce n’était plus qu’un épisode de cette même lutte. Le parle- ment avait lancé un brandon qu'il ne dépendait plus de lui d’étéindre. La veille et dans l'attente du lit de justice, 1l avait minuté d'avance une protestation où l'on remarquait cette phrase accablante :

« Le parlement, affligé d’avoir eu à donner, depuis douze ans, son suffrage sur des impôts accumulés et dont les projets présentés

porteraient la masse jusques à plus de 200 millions d’accroisse-

1, Mém, de Bachaumont, t. XXXV, p. 378.

ment depuis l’avénement du roi à la couronne, n’a pas cru avoir des pouvoirs suffisants pour se rendre garant de l'exécution des édits vis-à-vis des peuples. qui voient avec effroi les suites fàcheuses d’une administration dont la déprédation excessive ne leur paraît pas même possible". »

Le lendemain du lit de justice, le parlement déclara illégales et nulles les transcriptions faites sur ses registres. Les jeunes conseillers étouffaient, sous leur supériorité numérique, les scrupules et les appréhensions des vieux magistrats de la grand’chambre. Une foule immense, qui encombrait le Palais et les alentours, accueillait de ses acclamations les magistrats signalés par leur opposition à la cour et par leur intervention dans l’appel aux États- Généraux.

Un règlement publié, sur ces entrefaites, touchant la réduction des dépenses de la maïson du roi et de‘celle de la reine (9 août), afin de commencer à remplir les promesses économiques de Brienne, irrita plus les courtisans lésés qu’il ne satisfit le public?. « Il est affreux, s’écriaient les gens de cour, de vivre dans un pays où l’on n’est pas sûr de posséder le lendemain ce qu’on avait la veille. Cela ne se voyait qu’en Turquie’. — Beau mérite, répliquait le public, que d'abandonner ce qu’on ne peut plus garder et de ployer sous la nécessité! »

Le parlement, cependant, poussait sa pointe. Le 10 août, Duport dénonça en règle les dilapidations, abus d'autorité, etc., de l’excontrôleur-général Calonne. Le parlement accueillit la dénonciation et chargea le procureur-général d'informer. L'arrêté fut cassé par le conseil, mais Calonne ne s’y fia pas et s'enfuit en Angleterre. Tous les parlements des provinces renouvelèrent l’arrêté du parlement de Paris. L’acte d’accusation de Calonne était, aux yeux de la foule, celui de la cour et de la reine. Les pampllcis sortaient de terre de tous côtés. Les clercs de la basoche,

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