‹ Histoire De France Volume 16Chapitre 97 sur 346 · MORT DE POMPADOUR. LES GRAINS · texte numérisé non relu

MORT DE POMPADOUR. LES GRAINS

nistère , frappé d'entendre toujours répéter que l'Angleterre devait sa prospérité agricole à la libre exportation, avait accordé l'entière liberté du commerce des grains dans l’intérieur du royaume, Sans passe-ports ni permissions de province à province, avec la pleine liberté d’exportation à l'étranger pour les deux généralités du Languedoc et pour celle d’Auch. On avait le dessein d'étendre successivement la libre exportation aux autres provinces. En 1758, un arrêt du conseil avait permis le commerce et la circulation des laines, tant nationales qu’étrangères, dans tout le royaume, sans droits d'entrée ni de sortie. Le bureau du commerce et ses agents fermaient les yeux sur les innovations qui s’opéraient dans les fabriques, en dépit des règlements, à Lyon, à Nîmes et ailleurs. Des encouragements furent donnés au défrichement des terres incultes (août 1761). Une déclaration de décembre 1762 réduisit à un terme de quinze années Les brevets d’invention, auparavant illimités pour la plupart, à la grande gêne de l’industrie. Le 25 mai 1763, la permission de libre circulation des grains à l’intérieur, sans droits, fut renouvelée, avec permission de former des magasins de blé. Enfin, le célèbre édit de juillet 1764, précédé de considérants tout physiocratiques, accorda la pleine liberté d'exportation par navires français et d’importation par tous navires, avec un droit d’un pour cent à l’importation , d'un demi pour cent à l'exportation. La liberté d’exportation devait être suspendue sur tout point du territoire où le blé aurait été, durant trois marchés, à douze livres dix sous le quintal. On faisait pressentir que cette restriction ne serait que provisoire, et jusqu’à ce qu’on eût assez bien compris les avantages

échelle, Après la paix, renvoyé à la Martinique, il y essaya, avec succès, l’application de la liberté du commerce prêchée par les économistes. Les intérêts contraires à ce principe obtinrent sa révocation. Voici une lettre qui donne une idée du caractère et de la valeur morale de l’homme; il répond au duc de Choiseul : « J'étais au lit, la jambe ouverte, par les suites d’une fièvre maligne, lorsqu'en 1758, je reçus le premier ordre de m’embarquer; je ne vis que les ordres du roi, et je partis. Je guis encore au lit, la jambe ouverte par un nouvel accident, au moment ou je reçois votre lettre pour une opération semblable; je ne verrai que les ordres du roi, et je partirai. Quant à mes affaires domestiques, elles ne me feront certainement pas balancer, lorsque ma santé même n’en a pas le pouvoir. Je suis un, monseigneur: tout sacrifice de ma part pour le service du roi ne me coûtera jamais rien, » — Inutile d'observer que le roi, ici, veut dire patrie. — Nous prenons ces détails dans l’intéressante Notice sur Lemercier de La Rivière, par M. F. Joubleau; Paris, 1858.

LA

de la liberté du commerce. Les entrepôts internationaux étaient autorisés !.

Le 13 février 1765, des lettres patentes permirent aux habitants des campagnes et des lieux où il n’y avait point de maîtrises et corps de métiers, de filer toute espèce de matières, de fabriquer et apprêter toutes sortes d’étoffes, en se conformant aux règlements, et de les vendre dans les villes mêmes où il y avait des corps de métiers, en les faisant visiter et marquer au bureau des marchands de chaque ville. Le bruit courut, d’une part, qu’on allait abolir les maïtrises ; de l’autre, qu’on allait rendre l’état civil aux protestants ?. Le vent soufflait aux choses nouvelles !

Toutes les mesures du gouvernement n'étaient pourtant pas conformes aux doctrines économiques. Ainsi la réduction de l’intérêt à quatre pour cent entre particuliers (juin 1766) ne pouvait étre approuvée ni par les théoriciens, qui niaient toute intervenüon de l’état dans la fixation de l'intérêt, ni par les hommes pratiques, qui voulaient qu’au moins l’état ne fit que seconder le cours naturel des choses. L’argent valait, en réalité, plus de quatre pour cent, et le ministère n’avait eu d’autre but que d’attirer l’argent des particuliers dans un nouvel emprunt de 5 millions de rentes viagères, en rendant le placement sur l’état plus avantageux que le placement privé. L'établissement d’une nouvelle compagnie pour la traite des noirs (1767) était encore quelque chose de bien plus contraire aux principes de la liberté économique comme de toute philosophie et de toute humanité.

Les économistes avaient fait de tels progrès, qu'ils faillirent emporter la liberté de commerce pour les colonies, c’est-à-dire le renversement de tout le système colonial. La question fut débattue, durant deux années entières, dans le bureau du commerce. Le conseil du roi maintint, en général, le régime de la navigation réservée, mais fit quelques concessions : deux ports francs furent établis à Sainte-Lucie et à Saint-Nicolas des Antilles; les droits furent diminués entre la France et les colonies, et, en mai 1768,

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