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Histoire de France, Volume 2

I1ÉGE DE MARSEILLE. HISTOIRE DES GAULOM DkPUlS CÉSAR jusqu'à LA TRANSLATION DV SIÉGB DE L*EMPIRE PAR CONSTANTIN.

Un seul peuple dans la Gaule restait encore libre , puissant et re8]>ecté. La république de Marseille , alliée et non sujeile de Rome , presqu'aussi riche que Carihage et mieux gouvernée , voyait partout ses droits reconnus , ses lois révérées , son commerce florissant , ses armes re« doutées. Ce fut peut-être la seule nation qui sut à la fois se faire craindre comme vaillante et chérir comme pacifique ; elle dut son long repos à sa vertu , et son

sénat força les gouvememens étrangers les plus ambitieux à ne point lui manquer de foi , parce que jamais il ne viola la sienne.

Lorsque le monde , ébranlé par les querelles sanglantes de César et de Pompée , vit tous les peuples se partager entre ces deux conquérans et verser ainsi leur sang pour le choix d'un maître, Marseille oublia son antique prudence.' Ces deux partie sollicitèrent à Tenvi son alliance ; les magistrats répondirent d'abord « qu'ils » ne pouvaient décider quelle était celle )• des deux factions qui avait la justice de >» son côté , et que la reconnaissance leur » faisait un devoir de la neutralité, puisque » Pom2>ée leur avait donné dericnes terres » en Languedoc , en Yivarais , et qu'ils « devaient aussi à César un important » accroissement de territoire. Ënconsé^ « quence ils déclarèrent que , ne voulant » nuire ni à l'un ni k l'autre, ils n'en » secourraient aucun , et qu'ils ne les rem cevraient point dans leurs murs. »

Cette neutralité était sage , mais elle ne fut ni sincère ni durable. César venait ^'asservir la Gaule, Pompée affectait un

grand Me pour la liberté ; les Marseillais le favorisërent t Domitiuset la flotte Pompéienne trouvèrent un asile dans leur port.

Dès ce moment César les traita en ennemis, investit leur ville avec une partie de ses légions; et tandis qu*ollcs Tassiégcaietit, il courut lui-même en Espagne pour conquérir celte belliqueuse contrée.

Partout la fortune secondait le génie de César } sa flotte livra bataille à colle de Marseille, et la délit aprës un combat sanglant. Tribonius , lieutenant de César, pressait avec ardeur le siège sans pouvoir triompher de Topiniàtro résistance dos Marseillais. Dignes à leur dernier moment de leur antique renommét», ils oppo« saient avec succès la science à Fart, la constance k l'impétuosité , et la valeur (rauloise au courage Romain.

L'armée navale de Pompée vint les secourir, et se joignit aux débris de leur flotte ; du haut de leurs remparts , ils virent la bataille navale qui devait fixer leur destinée. Après quelques heures d'incertitude , les vaisseaux romai^is dispersés s'éloignèrent ; neuf galères marseillaises

tarent prise» ; le reste chercha , en fu jaot , un asile sur 1a côte d'Espagne.

' Cette deTaite répand la consternation dans la ville privée de vivres. Cependant le courage prolonge la résistance ; mais enfin une tour , ruinée par les assiégeant , fi'écroule et leur ouvre une large brèche.

Le sénat capitule et obtient une trëre jusqu'au retour de César, auquel seul il veut se soumettre. Le siège est suspendu : mais le peuple , entraîné par le désespoir, brave ses magistrats , rompt la trêve , sort la nuit en armes , détruit les travaux des Roniains , brûle leurs^machines, et répand dans leur camp l'incendie et le carnage.

Les légions , d'abord surprises , se rallient et repoussent les assaillans dans leurs murs; le siège recommence^ la disette réduit la ville à la p^us dure extrémité :

en vain les assiégés redemandent à négocier; leur perte est jurée.

(i) Dans ce moment, César, vainqueur de l'Espagne, et revêtu de la dictature à Rome, parait sous les murs di»

(1} Quarante-neuf ans arant J.-CL

Marseille ; il ëcoute ses priëres et lui ac^ corde la paix t mais elle est obligée de lui livrer ses armes, ses trésors et ses vaisseaux; ainsi son antique gloire ne la sauva que de la destruction. Deux légions y restèrent en garnison \ on lui laissa ses lois , mais elle perdit sa liberté ; et , sous le nom d'alliée , elle devint sujette.

Cicéron , indigné de voir l'image de cette illustre cité orner le triomphe de César , déplora sa chute , et les larmes de ce grand homme furent Tori^ison funèbre de Marseille.

Cette dernière conquête compléta l'as*servissement de' la Gaule, « Ainsi , dit M saiut Jérôme , fut vengée la prise de M Romrpar Brennus. Pour efFacer cette » tache, il avait fallu subjuguer le nord de » l'Italie , soumettre en Orient la Galatie, »» s'emparer des rivesdu Danube, franchir » les Alpes , et conquérir le sol même qui » avait donné naissance aux auteurs de >» tant de guerres , d'irruptions , d'inva<*- » sions et de désastres. »

De ce moment la Gaule soumise s'ac« coutuma au joug , oublia la liberté , ne chercha que le repos , et son histoire sa

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confoBclît avec celle de l'empire romain , dont elle accrut la puissance et la gloire.

Les esprits ardens qui ne pouvaient Tivre fans indépendance la cherchèrent en Greroianie ; les autres trouvèrent dans la tranquillité jusque là inconnue pour eux , le dédommagement des biens qu'ils perdaient. La sage politique de Rome put même faire illusion aux vaincus ; huit légions , postées pour les contenir sur les bords du Rhin , ne parurent occupées que du soin de les défendre contre toute invasion des Germains.

Les cités conservèrent leurs princes , leurs chefs , leur sénat , leurs lois , leurs coutumes , le droit d'assembler leurs députés , celui même de se faire quelquefois entre elles la guerre ; on n'exigea d'elles dans les premiers temps que de légers tributs ; les nobles continuèrent à dominer le peuple. Les levées de troupes auxiliaires que Rome leur demandait , loin de leur déplaire, donnaient un aliment journalier à leur caractère belliqueux, et leur offraient, au milieu des légioyis romaines , des moyens de gloire et defortune, des prix

militaires y dei gracies et des coimnande«»

mens qui satisfaisaient leur ambition.

Les Druides , soit que la tolérance res* pectât leur culte , soit qu'ils Tabandonnassent , conserraient leur prééminence ; le sacerdoce romain les entoura du même respect , du même ëclat , en les affranchissant de beaucoup de privations et d*au8« téritës , et comme la plupart étaient lires de la noblesse , ils continuèrent k faire partie du patriciat et de Tordre équestre x aussi lorsque Claude interdit Leurs sacri* fices , cette révolution s'opéra doucement ; ils cédèrent , non sans marmmres , mais sans désespoir, à ce grand changement qui ne portait que sur leurs dieux et non sur leurs dignités.

Peu k peu la Gaule se peupla deRomains et Rome de Gaulois ; les plus illustres des vaincus reçurent promptement \t titre de concitoyens de leurs vainqueurs ; enfin la bravoure gauloise rajeunit et fortifia les légions romaines*

La civilisation de Rome n^pandit dans les Gaules $e% lumières , sou industrie , son opulence, ses m<œurs et son luxe.

Partout on vit s'élever des écoles, des

académies , des cirques , des palais , des temples. PlanCus (i) fonda, au confluent du Rhône et de la Saône , la ville de Lyon ; son nom latin Lugdunum était , dit-on , composé de deux mots celtes, lug^ corbeau ^

(2) Les Gaulois, adorant le fils adoptif du guerrier contre lequel ils avaient dix ans défendu leur indépendance , érigèrent à Auguste des temples dans plusieurs villes. On citait principalement ceux de Narbonne , Nîmes , et Beziers ; le plus £simeux fut celui de Lyon ; soixante peuples y nommaient chacun un prêtre pour le desservir.

Telle est la rapidité effrayante avec la* quelle les nations abattues se précipitent du sommet glorieux de la liberté dans l'idolâtrie de la servitude.

Au reste on doit convenir que le nouveau maître du monde sut parer la dépendance des couleurs de la prospérité. Les marais firent place aux moissons , les forêts aux vignes , les landes à la culture ;

(1) Qnarante-trois ans avant J. -G» Cs) Douze ans avant J.-G»

des chemins magnifiques , • de nombreux canaux versèrent de tous cotes Tabondance , et en peu d'années la Gaule , riche , pacifique , florissante , lettrëe , saisissant la nouvelle gloire qui lui était oiTerte , se montra encore digne rivale d* Athènes , de Rome, et ne devint pas moins illustre par la science de ses magistrats , par réloquence de ses orateurs , par )e génie de ses écrivains, qu'elle ne Tavait été par Taudace de ses guerriers.

Apres la bataille d'Actium , la Gaule jouit long-temps du repos qu'Auguste donna au monde. Quelques peuples des Pyrénées s'agitèrent seuls , Auguste et Agrippa les comprimèrent. Les Sicambres voulurent tenter une invasion , Tibère les vainquit. Lorsque ce prince , pour le malheur de Rome , fut élevé à l'empire , son joug tyrannique n'opprima que ritalie.

Drusus et Germanicus firent briller dans les Gaules les antiques vertus romaines.

Germanicus parcourait ces contrées pour y recueillir les tributs , lorsque son armée se révolta ; il apaisa la sédition de ses légions , en lei menaçant d'envoyer sa

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