‹ Histoire de France, Volume 2Chapitre 2 sur 11 · TOME XXYII. cAi\t,\o · texte numérisé non relu

TOME XXYII. cAi\t,\o

femme et son fîls à Trêves ; « parce qu'ils » seraient , disait-il , plus en sûreté dans n une cité étrangère qu'au milieu du camp » romain. >» Ce héros repoussa , poursuivit les Germains , vengea les légions de Varus égorgées , vainquit Arminius , affermit la sécurité de la Gaule, et périt dans rOrient , victime de la haine de Tibère.

(i) A la mort de ce prince , deux Gaulois téméraires conçurent l'espoir de rendre la liberté à leur patrie. Sacrovir , éduep , et Florus, trévirois , étaient tous deux illustres par leur naissance : leurs aïeux avaient obtenu le titre de citoyen romain dans un temps oii , selon Tacite , on ne le donnait qu'au courage et à la vertu.

Ces deux guerriers firent secrètement de grands amas d'armes, enflammèrent le zèle de leurs amis , et cherchèrent dans toutes les cités à rallumer quelques étin* celles de liberté. Consultant plus leur courage que leur force , ils oubliaient que les mœurs étaient changées et que la corruption romaine avait déjà amolli les âmes

(î) Yingl-Qn ans après J.-C

i5 et énervé les esprits. Ils fomentaient le ' mécontenteaient et disposaient les hommes inquiets à la révolte , en leur rappelant l'accroissement des impôts , Ténormité des usures , l'orgueil et la dureté des gé-> néraux romains : « Jamais , disaient-ils, m l'occasion ne fut plus favorable pour M recouvrer la liberté : la mort de Germa- M nicus consterne Rome; les factions la » mcnaceitt; les légions sont livrées à la » discorde; la Gaule est florissante; l'I- >» talie épuisée par le luxe et parla tyran- >* nie ; les Romains n'offrent plus à nos M regards qu'une race efieminée; et les >» étrangers seuls prêtent encore , en s'y » mêlant , quelques forces à leurs ar- M mes. »

Les Gaulois , en perdant leur énergie, avaient conserve leur turbulence. La conspiration éclata dans plusieurs lieux, avant , que les chefs eussent rassemblé les moyens cle la soutenir. Sans attendre leurs ordres, les peuples de Tours et d'Angers prirent les armes. On envoya contre eux quelques cohortes qui les battirent et les dispersèrent facileiuént.

Sacrovir , pour masquer ses desseins

marcha lui-même avec le^ Romaini contre les rebelles; mais comme il affectait par bravade de les combattre sans se couvrir de.

son casque, ou avertit Tibère qu'il ne s'était montre aux ennemis la tête nue que pour être reconnu et ménagé par eux.

Pendant ce temps Fiorus leva dans la Belgique une armée qu'il soumit à la discipline romaine ; mais le plus grand nombre de ses concitoyens refusèrent de joindre ses drapeaux. Yarron et Silius lui fermèrent le chemin des Ardeunes , et lui livrèrent bataille. Il lutta vaillamment contre eux ; mais la destinée des Gaulois était de périr par leur désunion. Julius Indus y compatriote et ennemi personnel de Fiorus, marche contre lui avec un corps d'élite , attaque en flanc ses concitoyens et leur enlève la victoire. Fiorus battu échappa au vainqueur en se donnant la mort.

Sacrovir, privé de son appui et apprenant que ses propres desseins n'étaient plus un mystère, se vit forcé de combattre seul. Il arma à la hâte quarante mille hommes dont la princip.ile force était composée d'esclaves destinés au métier de gladiateurs; en les nommait Croupellaires; ilspor talent

une armure de fer d'une seule pi^ce, impé^ nëlruble aux coups de Tennenii , mais qui en même temps les privait de toute agilitë.

Les Sf qnaniens donnèrent quelques secours à Sacrovir , et des aventuriers de tous les pays vinrent le rejoindre.

Celte foule irréguliëre, indisciplinée, sans expérience do la guerre , ne semblait redoutable que par sa masse. Cependant le bruit de cette insurrection répandit, en s'exagcrant, la tendeur dans Home; ony crut que les soixante-quatre cités de la Gaule s'étaient révoltées, et que les Geimiains accouraient pour renverser avec elles rempire romain.

Silius , informé de ces mouveraens , en prévint.Ie progrès par sa célérité ; il livra la Séquanie au pillage, pour la punir de sa défection , et atteignit l'armée gauloise à quatre lieues d'Autun, dont elle s*était emparée.

Sacrovir, s'eflbrçant de communiquer aux siens un espoir qu'il ne conservait plus, leur rappela les exploits de leurs aïeux , la prise de Rome ; leur représenta surtout combien la liberté serait glorieuse après

la victoire , et la servitude accablante après ]a défaite.

Les acclamations tumultueuses qui lui répondireot annonçaient plutôt le désordre que la confiance. Siiius dit aux Romains « qu'il serait trop honteux pour les » vainqueurs de la Germanie de considérer » comme des ennemis redoutables ces Gau- » lois tant de foi» vaincus ; que Tours , » Angers , Trêves et la Séquanie venaient » de céder à quelques cohortes , et qu'en- » fin ils n'avaient plus devant eux qu'une » troupe d'£duens , plus connus par leur » luxe et par leur mollesse que par leurs »> armes. »

La confusion qui régnait parmi les Gaulois ne leur permit point de lutte^ contre la tactique romaine ; la cavalerie de Siliiis tourna rapidement leurs ailes et les mit en fuite; le centre seul résista ; il était composé de la troupe des Croupellaires ; ainsi quelques esclaves furent les derniers qui combattirent alors pour la liberté.

Les Romains , las de voir qu'ils ne pouvaient ni ébranler , ni entamer, ni percer cei masses immobiles , les démolirent ,

'9 comme doA murailles , k coups do coignée etdolmclm.

Sftcrovir, trav^r*ant Autun i s'e^iferma dans uno maiHOu de campagne et s'y poignarda, Fidtlc* L leur «ermrnt, ses ftoldurii livreront la maison aux flamulei et b'entretulM'ont tous.

La «miat romain d4*'cerna pour celte victoire ruvation à Tibère, qui drdaigna ce triomplieet le refusa .

(Jaligu)a donna aux (#aule^ c|u*il parcourut le spectacle bi/arre de sos tyraunitpies extravagances (i). Voulant triomplier de ]u (termanie qu'il n'avait pas combattue, il (i^ babiller en captifs germains un grand nombre de («aulois d'une taille colossale ; de \h , accourant sur le rivage do l'Ocëati, il Jit recueillir un grand nombre de coquilles dan» le» casques de ses soldats , et les emporta comme tropbdo de ses prétendues victoires sur la mer et sur Albion, Tandis que le sénat de Uome avilie prodiguait ses bonunages h cet insensé, un artisan gauloi*<Heul le brava, (laligula, le voyant ccla- Xiiv de rire k sa vue, lui e» demanda la

cause. « Je ris, dit le Gaulois, parce que M je vois en toi le plus bizarre modèle de » folie que jamais le ciel ait présenté aux >» regards de la terre. »

(i) Claude voulut compléter le sénat romain. Les nobles Gaulois, depuis longtemps alliés de l'empire, aspiraientàThonneurd'en être citoyens, et prétendaient à toutes les dignités. L'empereur appuyait leurs sollicitations ; leur admission dans le corps illustre des sénateurs y devint le sujet d'une vive contestation, h Eh quoi !

» disait-on, ferons-nous de Rome une ville » captive ? La livrerons-nous à des étran— » gers dont l'opulence insultera la pauvreté » des sénateurs du Latium ? Enfin nom- » merons-nous consuls les chefs de nos n plus opiniâtres ennemis, les descendans >» de Brennus , les petits-fils de ceux qui » naguère assiégeaient nos légions et César » dans Alésie ? N'est-ce point assez de les n traiter en Romains , de leur accorder des » droits civiques , et prostituerons-nous la » pourpre romaine en les en décorant ? :»

« Je ne vous propose, répondit Claude,

(i) Quaranlc-îiuii ans aprts J.-C,

M que d*imiter nos aïeux ; le premier de » mes ancêtres ëtait Sabin ; Albe donna le >» ]our à ceux de César. La plupart des M familles sénatoriales tirent leur origine » de citoyens choisis dans toute l'Italie.

M Aves-vous jomais regretté le don que M vous a fait TEspagiie des Balbus , et la » Gaule narbonnaise de ta nt d'hommes fa- M meux ? Athènes et Laccdémone ne sont M tombées que pour avoir rejeté de leur >» sein les vaincus qui auraient augmente M leurs forces. Dédaignerez-vous des alliés M nobles et belliqueux , tandis que de tout » temps Rome n'a point cru s'abaisser en M élevant des affranchis mêmes k la magis- » trature ? Son fondateur Romulus em- » brassait, le soir, comme Romains , ceux M qui , le matin , IVivaient combattu en » ennemis.

» Les Sennonais , on vous faisant vailu lamment la guerre, ont-i|s plus méri^ » votre haine que les Yolsques et les Eques M menaçant vingt fois vos murailles; que u les Samnites qui vous ont fait passer sous « le joug? Croyez^moi donc, et, par une » politique sage , réunissez à vous des peuw pies qui déjà ont pris V09 mœurs et imité

» VOS arts. Par cette union vous attirerez » à Rome leurs richesses , qu'une sépara- » tion plus longue concentrerait chez eux.

>t Les coutumes changent avec le temps; » ce qui est aujourd'hui ancien a e'te d'a- » bord nouveau. Au commencement Rome » n'accorda ses dignités qu'aux seuls patri- » ciens. Peu de temps après, le peuple par- » vint à les obtenir ; ensuite on les donna » aux Latins ; enfin à toutes les nations de » l'Italie. Une fois prise, la décision sur la- » quelle vous délibérez aujourd'hui de- » viendra également un usage et servira » d'exemple dans l'avenir. »

On accueillit en partie la proposition de l'empereur, et un sénalus-consulte accorda l'entrée du sénat aux plus anciens alliés deRpme, auxÉduens, qu'oo appelait les frères du peuple romain. Cet acte de Claude parut dans la suite si sage à Yespasien , qu'il en fit un titre d'honneur pour ce prince , et voulut , pour en éterniser la mémoire, qu'on lui donnât le nom de père du sénat.

( i) La Gaule supporta moins patiemment

(i) Soixante-huit ans après J.-C*

qtif» rilallr» In ijramiicî du successeur Je (]lau(îc , (le l'Inftrue Néron ; et ce fut un Gaulois qui le premier donna au monde le signal de sa chute. Il se nommait "V index :

plusieurs de ses aïeux calaient parvenus au pouvoir suprême dans l'Aquitaine ; il ëlait lui-inémc membre du sénat romain et proprotour en Celtique, ou il commandait une nrm(!e.

Vindex aimait trop la gloire pour ne pas dolester Néron; indigné des ordres tyrannîqucs dont ce monstre Voulait le faire l'instrument , il excite et décide ses légions k la révolte : les Gaulois en foule se rangent sous son étendard.

Alors Néron , qui n'osait opposer à ses armes que des poignards, mit sa tête à prix pour dix millions.

Lorsque Viudox lut cet édit , il s'écria :

M On demande ma tête ; eh bien! je la lin vrerai k celui qui m'apportera celle de » Néron »». L'armée romaine et les Gaulois proclamèrent "Vindex empereur; il refusa le sceptre elle fit donner & Galba.

Cependant le sénat, décimé par Néron , et qui rampait encore en frémissant aux pie<U du tyran qu'il détestait . déclaraldçlie*

mentVindex ennemi de la patrie, et envoya aux légions de Germanie , commandées par Yirgiaius , l'ordre d'entrer dans la Gaule pour y réprimer l'insurrection. Virginius obéit ; mais son intention secrète était de se joindre à Yindex au lieu de le combattre ; déjà rapprochés l'un de l'autre ils s'écrivaient, s'entendaient, seconcerlaient;, malheureusement les légions de Germanie, qui n'avaient pu encore être instruites des projets de leur général , attaquèrent impétueusement, sans ordre et sans signal , l'armée des Gaules; la bataille se donna ainsi malgré les deux chefs.

Comme la science et le courage étaient égaux des deux côtés, le combat fut long, opiniâtre , et sanglant. Enfin les légions germaines l'emportèrent , et l'armée gauloise , qui ne voulait pas fuir , fut presque tout entière détruite. Vindex ne survécut que peu d'instans à ses compagnons d'armes , il se tua de désespoir.

Les vainqueurs proposèrent la couronne à Yirginius ; mais il dédaigna de l'accepter, trouvant sans doute que U pourpre impériale était trop souillée par Néron pour que la vertu voulût s'en revêtir. Il déféra ,

comme il le devait, le choix d'un empereur au sénat.

La mort de Néron vengea le monde et délivra Rome. Lei sénateurs donnèrent la couronne à Galba ; Yirginius le reconnut : les logions qui défeddaient le Haut- Rhin , et qui avaient autrefois dépendu de Viudex, se rallièrent en apparence à Yirginius ; mais leur ressentiment et celui des Gaulois devinrent des semences de .discorde et de rébellion , que d'autres circonstances ne tardèrent pas à faire éclater.

(i) Après un règne court et plus sévère que glorieux , Galba fut tué dans Rome et remplacé par Othon, jeune favori de Néron. L'Italie se «oumit à lui ; rOrient, dont les vœux appelaient déjà Vespasien au trône , ne montra au nouvel empereur qu'une obéissance contrainte.

Les légions de Germanie proclamèrent empereur Vitellius ; Galba venait de lui donner le commandement de la Gaule ; elle embrassa vivement sa cause. Lyon seul, favorisé par Néron, inclinait pour

(i) SoixAutf-lmit aas «pr^s J.-C.

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