LIVRE II
ATéneHnetit de Frédéric; ses premiers soins; noureau ^Dre de tie qu'il ailople; voyage à SirasLourg.^Mort de i'empereur Giarles VI; préleotions qu'elle soulève. -** L*Europe à celte époque. —Le loî de Prusse enyaliii la Silésie. — Paix de Breslau. — Nouvelle (^em. — Yicloires de Frédéric. — Paix de Dresde.
1740 Arrivé dans sa capitale, le Roi envoya à Pœllniti, chanobellan du monarqii^ défunt, Tordre de venir, le lendemain matin. Dès huit heures, le baron était devant sou jeune souverain, qui n'avait point encore quitté le palais afibcté à l'héritier du trdne. « C'est pour diriger les obsèques de votre ancien maître, lui dit le Roi, que je vous ai appelé. Ce soin, personne, plus que vous, n'est capable de le bien remplir. Mon intention est que tout se fasse avec dignité et noblesse. Ainsi n'épargnex rien de ce qui sera nécessaii*e pour y mettre la pompe convenable. Allez chez les marchands, et prenez-y eu noir tout ce qu'il faudra pour les tentures; vous me ' remettrez ensuite vos mémoires, que je ferai payer. » Le baron sortit; il commençait à descendre l'escalier, (piand Frédéric, en pantoufles et h demi habillé, le suivit en criant : « Au reste, point de friponneries, je vous prie; point de tours d'escrocs ou de filous; je ne les pardonnerais pas, je vouj} en avertis, n Ces mots,
HISTOIRE t>Ë t^hËDÉRIC II. '227
que Poèlluitz irâcontait souvent à ses amis, allumaient \uo encore toute sa colère quarante ans après ' .
L'injonction était dure> mais non dépourvue de prudence; càr^en fait d'argënt^cebaron^qui remplit l'Europe du bruit de ses dettes et de ses apostasies '/ne se montrait guère plus Scrupuleux qu*eù matière de religion.
Tout se passa donc régulièrement aux obsèques de Guillaume; on s'y conforma aux moindres volontés du défunt, dont la minutieuse économie avait régl^ d'avance la quantité et la qualité de vin qu'on donnerait aux personnes ayant suivi le convoi. Son corps fut placé dans le caveau de sa chapelle, à Postdam.
Après que la garnison de Berlin eut prêté serment, le Roi tint grande cour au château. Là, en présence des ministres, des généraux, des ambassadeurs, Frédéric prenant par le bras son favori, le jeune comte de Wahehsleben, fit avec lui plusieurs tbUrs dans la salle. (? Ah I çà, mOn chet* comte, lui dit-il à voix basse, d'un ton amical et couiSdentiel, me voilà maître d'un royaume, d'une belle armée, d'un trésor bien fourni. Vous ne doutez pas que je ne mette tous mes soins à faire prospéret* l'État, à màiutenir la bonne réputation de mes troupes, à faire un sage emploi de mes richesses. Certainement je n'enfouirai pas l'argeUt conmae un avare, et n'oublierai ni ceux qui servent bien la patrie, ni mes vrais amis. Mais j'espère que vous, qui
* Tliiébault, Mes Souvenirs^ etc.
* Ses Mémoires^ bien que le rAle du héros ne soit pas toujours fort lionorahlc, ofTrcnl une lecture assez piquante.
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17 «0 êtes riche et ladre, vous ne vous flattez pas d'y avoir part; ce que je vous en donnerais serait autant de perdu. (Comptez bien que je choisirai plus sagement ceux à qui j*adresserai mes faveurs. » Durant cette singulière confidence, tout le monde enviait le sort de rheureux Wartensleben ; on Taccabla de félicitatioua, et le poignard qui déchirait ce pauvre coeur de courtisan fut retourné de mille manières.
Tel fut, dans Tart des mystitications, le début du nouveau mattre ^
A peine sur le trône , Frédéric attira l'attention de L'Europe, sans lui causer encore d ombrage. On était curieux de savoir quelle attitude la Prusse, gouvernée jusqu'alors militairement, prendrait sous un prince dont la littérature et les beaux-arts avaient été l'unique passion : le doute ne dura pas longtemps.
Jamais changement ne fut si prompt. Tout entier aux soins de ladministration , le jeune monarque en embrasse, d'un coup d'œil, les diverses parties. Le luxe est banni de son intérieur, les courtisans frivoles de son intimité. Les heures d'audience, de conseil, de revues, sont invariablement fixées : cet ordre restera le même jusqu*à sa mort, c*est-à-dire un demi-siècle.
Naturellement enclin au sommeil, il ordonne à ses domestiques de l'éveiller, tous les matins, à quatre heures, et, s*il résiste, de lui appliquer sur la figure, sous peine dâtre renvoyés, un linge trem|>é dans de Teau froide.
Toute sa toilette ne durait pas un quart d'heure; dès
■ Tlii^liaiill, aies Souvenirs^ etc.
6011 lever, il était botté et en uniforme comme pour ^^^® une parade, ne modifiant ce costume qu'une seule fois dans Tannée, le jour de là fête de la Reine.
Un page lui apportait ensuite, dans une corbeille, toutes les lettres à son adresse. Le Roi les lisait jusqu*à huit heures, ayant bien soin d'examiner si les cachets étaient entiers et intacts, car il se méfiait des infidélités. Pour mieux éviter les abus, tout directeur de postes avait ordre de joindre aux lettres pour le Roi une feuille où elles étaient désignées et numérotées avec les adresses de leurs auteurs ; aussi, au lieu de jeter ces lettres dans la botte commune, fallait-il entrer dans l'intérieur des bureaux. Malgré ces précautions, Frédéric fut plus d'une fois trompé.
Après avoir ouvert ses dépêches , il en faisait trois liasses distinctes : dans la première, les demandes favorablement accueillies, qui étaient marquées d'un pli en dedans; dans la seconde, celles de refus, dont il pliait les feuillets en dehors; quant à la troisième, comprenant toutes lés pétitions sur lesquelles il n'avait pas encore prononcé, les lettres recevaient un double pli, moitié en dedans, moitié en dehors.
Vers huit heures, après ce premier travail, un des quatre secrétaires du cabinet venait recevoir, de la main du Roi, les trois paquets; et, pendant le déjeuner du prince, il lisait, tout haut, chaque lettre, le plus succinctement possible. Le Roi dictait une brève réponse, ayant soin d'ajouter, selon l'occasion : (cC'est une femme, il faut lui écrire poliment. » Â l'aide d'un signe particulier, le secrétaire notait la réponse prescrite.
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tNi» Sariî du cabinet royal, il partageait la correspon- JttiKV avec ses collègues, et aussitôt tous les quatre se ttiviUftieul à rœuvre; chaque réponse devant être souitiâ«c> le intime jour> avant quatre heures, à la signature vlu Roi. Après cette formalité, des domestiques Ji> c\>iiHaiice faisaient les enveloppes et cachetaient li^ti lettres; mais les adresses, ne pouvaient être v.\riu^ i^ue par les secrétaires eux-mêmes; car Fré- Uckic voulait» dans sa correspondance, un profond, uiv^^rv* A cinq heures, tout était remis au courrier v)UK aNaut neuf heures, arrivait à Berlin; et immé- Jiulciacut les lettres pour la ville étaient expédiées à KHAi>i adrec^ses; on jetait les autres à la poste.
Kvi^isâuk de ses secrétaires un dévouement absolu, MU vviuiitk't is4>lement, Frédéric leur assurait, en retour, uue xîe iukôrieure abondante et commode; leur traiiv'AUiUit uKuilait d^ailleurs à quarante mille francs.
\|i4^ U^ seiTtftaires, vers neuf heures, entrait le ^vAXHUK'T aide ilo camp : alors s'expédiait le travail re- U»d' 4^ l amHH>.
\cva di\ heures» le Roi allait souvent exercer luiuK^iK' !«\u^ ix^iuient des Gardes» ou quelque autre corps sk' U )i;i^iuMkm de Postdam; ensuite avait lieu la pa- ^^sK' V^isà» tViH}ueniment, c'était à des lectures» à ses sNNm|KV3iaKm« likk^raires, à la musique» à sa corresks^^^U^^w ^\ki\ iHuisacrait ces deux heures. Alors» un hxu' ^HV4 lelMraH» accompagné de trois petites le vret- ^si^ «m\i d'un i^e ou d*un valet de pied» il se pro- ^^%H^x^U ^Uiia n^ jartlins; alors aussi il donnait ses ^idhHi\H^ «"1 \aquaità toutes les occupations impré-
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vues et uon réglées d'avance. Au reste, envieillissaut, i74o sa présence aux parades devint de plus en plus rare, surtout depuis la guerre de ^ept-Ànê.
A midi précis,» Frédéric dînait avec les convives qu'il avait fait inviter à dix heures dû matiq« Son déjeuner était fort simple : du chocolat ou des fruits r mais une grande recherche présidait au dtner. Douze cuisiniers le préparaient I sous la direction de deux maîtresd'hôtel français.
Après le repas, les secrétaires ayant emporté leurs lettres signées, le Roi appelait le secrétaire de ses commandements, chargé de la correspondance avec l'Académie» les professeurs, les savants et artistes, tant prussiens qu'étrangers. Restait-il un peu de temps? la lecture, les travaux littéraires en profitaient.
A six heures, commençait le coiicert; il durait une heure. Frédéric y jouait de la flûte, avec un vrai talent. Après le concert, la conversation ou la promenade occupaient la soirée jusqu'au souper, c'est-à-dire jusqu'à dix heures.
Tel fut, à très-peu de modifications près, durant quarante-six années, l'emploi de ses journées en temps de paîx«
A son avènement, le comte de Podevils était ministre des affaires étrangères, avec le comte de Finckenstein pour adjoint, fonctions que l'activité personnelle de Frédéric eût bientôt réduites à celles de simples commis. Le baron de Coc^ avait les scoaux et la justice; son successeur, M. de Jarriges, fut ensuite remplace par M. de Fiirst, dont enfin M. de Crammer
1740 obtint riiéritage» situation qu'il occupa jusqu'à la mort de Frédéric. Dans la suite, M. de Finckenstein ayant succédé à M. de Podevils, conserva invariablement le poste. Néanmoins; vers la fm de son règne, Frédériclui adjoignit M. de Uertzberg qui fut dès lors le véritable ministre.
Parodiant les nobles paroles d*un roi de France, Voltaire a dit que le roi de Prusse ne voulut point payer les dettes du prince royal; cette assertion est inexacte : Frédéric les acquitta toutes, mais en secret. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'aucune faveur n'alla combler les espérances de ceux qui lui avaient prêté; en les remt>oui*saiit, il se cioit quitte. De teb services, rendus à l'héritier de la couronne, étaient d'un mauvais exemple; chef de l'État, il dut les proscrire.
Dès son début, Frédéric annonça à la nation et au monde que la tolérance montait avec lui sur le trône. Sa réputation de philosophe avait effrayé les ministres des différents cultes; tous furent rassurés. Brand, ministre d'État, et Reichenbach, président du Cousis* toire, excités par les plaintes du fiscal-général Uhden, ayant demandé au Roi s'il ne convenait pas de supprimer les écoles catholiques : « Il faut tolérer toutes les religions, leur répondit-il, et le fiscal doit seulement veiller à ce qu'elles ne se fassent aucun tort l'une à l'autre; car je veux que, dans mes États, chacun se sauve à sa manière. »
Le feu roi, pour rapprocher davantage les Luthériens des Réformés, auxquels il voulait les réunir, leur avait interdit plusieurs cérémonies du culte divin ; Frédéric s'empre(ss9 de leur rendre toute liliertë.
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Âloi*s aussi, réparant une grande injustice, il écri- nio vait à Reinbecky théologien éclairé et littérateur : « Je vous prie de vous donner des soins pour Wolff. Un homme qui cherche le vrai, mérite d'être honoré de toutes les sociétés humaines. Si vous persuadez à Wolff de revenir, je regarderai ce succès comme une conquête que vous aurez faite dans le pays de la vérité. »
Ce n'étaient point là de vaines paroles; le' savant illustre, qui avait renversé dans les écoles allemandes les autels de TAristotélisme du moyen âge, brisés, en France, près d'un siècle avant, par le génie de Descartes, Wolff, dès son retour, fut nommé conseiller privé et vice-chancelier de l'université de Halle.
Singulière communauté de persécution et d'exil, à tant d'années d'intervalles, entre ces deux athlètes de la même cause, k obligés, suivant la belle expression du Père Guenard, de s'enfuir avec la vérité, qui malheureusement ne pouvait être ancienne tout en naissant ^ . » ^ La cherté des grains obérait le peuple; le jeune monarque fît ouvrir tous les magasins royaux, et distribuer du blé à bas prix, ordonnant en même temps des achats considérables en Pologne, pour former de nouveaux magasins dans les provinces.
De nombreuses entraves gênaient les mariages; elles furent abolies, avec les frais énormes que coûtaient les dispenses : c< Chacun se mariera à sa fantaisie, dit le Roi, dans tous les cas où le mariage n'est pas clairement défendu par la Bible. »
> Discours sur V esprit philosophique, par lo Père Guenard, jésuite.
1710 obtint riidritagOy situation qu*tl occu|>a juMiu'à la mort de Frédéric. Dans la suite, M. de Finckenstein ayant succédé à M. de Podevils, conserva invariablement le poste. Néanmoins; vers la fm de son règne, Frédériclui adjoignit M. de Uertzberg qui fut dès lors le véritable ministre.
Parodiant les nobles paroles d*un roi de France, Voltaire a dit que le roi de Prusse ne voulut point payer les dettes du prince royal; cette assertion est inexacte : Frédéric les acquitta toutes, mais en secret. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'aucune faveur n'alla combler les es[>éraiices de ceux qui lui avaient prêté; en les remtiouraant, il se cioit quitte. De teb services, rendus à l'héritier de la couronne, étaient d'un mauvais exemple; chef de l'État, il dut les proscrire.
Dès son début, Frédéric annonça à la nation et au monde que la tolérance montait avec lui sur le trône. Sa réputation de philosophe avait effrayé les ministres des différents cultes; tous furent rassurés. Brand, ministre d'État, et Reichenbach, président du Consistoire, excités par les plaintes du fiscal-général Uhden, ayant demandé au Roi s'il ne convenait pas de supprimer les écoles catholiques : « Il faut tolérer toutes les religions, leur répondit-il, et le fiscal doit seulement veiller à ce qu'elles ne se fassent aucun tort l'une à l'autre; car je veux que, dans mes États, chacun se sauve à sa manière. »
Le feu roi, pour rapprocher davantage les Luthériens des Réformés, auxquels il voulait les réunir, leur avait interdit plusieurs cérémonies du culte divin ; Frédéric s'empre(»9 de leur rendre toute lilierté.
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Âloi*s aussi, rép«iraiit une grande injustice, il écri- nio vait à Reinbeck, théologien éclairé et littérateur : « Je vous prie dé vous donner des soins pour Wolff. Un homme qui cherche le vrai, mérite d'être honoré de toutes les sociétés humaines. Si vous persuadez à Wolff de revenir, je regarderai ce succès comme une conquête que vous aurez faite dans le pays de la vérité. » Ce n'étaient point là de vaines paroles; le' savant illustre, qui avait renversé dans les écoles allemandes les autels de FAristotélisme du moyen âge, brisés, en France, près d'un siècle avant, par le génie de Descartes, Wolff, dès son retour, fut nommé conseiller privé et vice-chancelier de l'université de Halle.
Singulière communauté de persécution et d'exil, à tant d'années d'intervalles, entre ces deux athlètes de la même cause, k obligés, suivant la belle expression du Père Guenard, de s'enfuir avec la vérité, qui malheureusement ne pouvait être ancienne tout en naissant ^ . » ^ La cherté des grains obérait le peuple; le jeune monarque fît ouvrir tous les magasins royaux, et distribuer du blé à bas prix, ordonnant en même temps des achats considérables en Pologne, pour former de nouveaux magasins dans les provinces.
De nombreuses entraves gênaient les mariages; elles furent abolies, avec les frais énormes que coûtaient les dispenses : « Chacun se mariera à sa fantaisie, dit le Roi, dans tous les cas où le mariage n'est pas clairement défendu par la Bible. »
' Discours sur Veêprit philosophique, par lo Père Guenard, jésuile.
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IT40 Une fille, convaincue d'avoir fait périr son eqfaut, était enfermée toute vive dans un sac de cuir^ et jetée à la rivière; il supprima cet usage barbare.
En six jours, tous ces changements avaient eu lieu.
Vers la même époque, Frédéric appela à sa courio Vénitien Âlgarotti, qui, en 1738, avait publié des dialogues sur la lumière, les couleurs et Tattraction^ et le revêtit du titre de comte.
Des hommes probes, habiles, étaient à la tête des divers services : il les conserva; presque tous y resté* rent jusqu'à leur mort.
Deux millions deux cent quarante mille Ames composaient toute la population des États prussiens.
Voici rindication de ces États :
Le royaume de Prusse. .
Le duché de Poméranie, à l'exception de la Poméranie suédoise.
La Marche électorale ou le marquisat de Brandebourg.
Le duché de Gro$sen, avec Cotbus et Peitz, dons la Basse-Lusace.
I^ duché de Magdebourg, avec deux cinquièmes du comté de Mansfeld.
La principauté de Halberstadt, avec le comté de Ilohnstein.
La principauté de Minden.
Le duché de Clèves.
La principauté de Meurs.
I^ duché de Gueldre.
Le comté de Marck et Ravensl)erg.
Le comté de Tecklenberg et Lihgen.
La seigneurie et le bailliagef de Montfort; en Haute- tm Gueldre.
La baronnie de HerstalL
Le territoire de Turnhout^ dans le Brabant.
Les seigneuries d'Orange^ Polder y Thaaldierge^ Wateringen^ Haut et Bas-SGhwalue> Petit-Waspic^ Iwintig, Horven^ Honderland et Gravesande*
Ajoutez un revenu de douze millions d'ëcus prussiens'; un trésor de vingt millions*; une armée de soixante-dix mille hommes, dont vingt-six mille étrangers; des possessiotis séparées par l'interposition de provinces soumises à d'autres maîtres; en un mot, une monarchie, sans cohésion entre ses diverses parties, sans cette unité de principes et de moyens, vraie force des États homogènes; tels étaient les éléments d'une puissance qui bientôt allsiit devenir formidable.
Frédéric avait toujours eu le goût des voyages; une fois mattre, il voulut se satisfaire, et voir de près cette France vers laquelle l'entraînait un irrésistible penchanti Après avoir visité ses possessions de Westphalie^ il arriva à Strasbourg sous le nom de comte du Four, accompagné du prince Guillaume, d'Algarotti, du baron de Kayserling; son projet était d*aller incognito jusqu'à Paris. Le prince et sa suite étaient en habits bourgeois.
Descendu à l'auberge du Sàint-Eipriu Frédéric annonça qu'il désirait souper avec quelques colonelSi
< 48,000«000 de frAdcs.
* S0»000^000 dé francs.
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prochaine comme d*une parliede plaisir \ S'ëtanl fait apporter son cercueil, il le regarda avec une sorte de satisfaction : « C'est dans c^ lit, dit-il, que je dormirai ti*ai)quillement. » Eichel, secrétaire du cabinet, lut ensuite une instruction, de la main môme du Roi, relative à ses funérailles*.
Le 31 mai, le Roi demanda toute sa maison, Fétatmujor et les capitaines de son régiment. Quand ou fut réuni, le major de Bredow reçut ordre d'annoncer, à haute voix, que lui, Frédéric-Guillaume, roi de Prusse, électeur de Brandebourg, etc., remettait sa couronne, ses États, son trésor, son armée, entre les mains de Frédéric, son fils, exhortant ses sujets à garder à son successeur la fidélité dont lui-même avait reçu tant de preuves.
Guillaume commanda ensuite à M. de Podewills de notitiersou abdication aux cours étrangères. Ce ministre ayant répondu que d'abord il fallait dresser l'acte d'abdication, et que Sa Majesté, avant de le rendre public, devait le signer, le Roi, sans dire un seul mot, ordonna du geste qu'on le ramenât dans sa chambre; l'abdication demeura imparfaite*.
Fatigué par l'efTort qu'il venait de faire, ce prince tomba en défaillance ; aussitôt l'on appela l'aumônier Cochius. Ayant repris ses sens, il adressa encore la parole à quelques personnes; et, comme le moment fatal
■ PœlIniU, outrage cité.
* Cti morceiu in*a paru assez curieux pour Irouver plai^ à la On de ceTolume. Voyez pièces juslificatif es (K).
• ISHIiiilz, tMivrage cil^.
^ approchait : « Seigneur Jésus, dit-il, en levant les yeux au ciel, je vis en toi, je meurs en toi; tu es mon gain dans la vie et dans la mort. » EUert, son premier médecin, fit signe au prince royal d'emmener la Reine, qui avait à peine quitté le Roi un seul moment durant sa longue maladie, et Frédéric -Guillaume expira. Comme pour prendre congé du trône, il avait donné le mot d'ordre à sept heures du soir.
Quelques courtisans craignaient, cette fois encore, une léthargie; mais d'irrécusables preuves du cotitrâire ne tardèrent pas à les rassurer. Aussitôt les portes de Postdam furent de nouveau fermées, les troupes prêtèrent serment de fidélité 'au nouveau roi; puis Frédéric, après avoir donné quelques ordres, se rendit à Berlin.