‹ Histoire de Frédéric le GrandChapitre 15 sur 32 · H18T0ISI · texte numérisé non relu

H18T0ISI

17^1 vues bien différentes. Convaincue que c'en était fait de la puissance autrichienne^ elle voulait élever sur les ruines de cet empire quatre souverains dont les forces pourraient se balancer réciproquement : la reine de Hongrie, avec ce royaume, TÂutriche, la Styrie, la Carinthie, la Camiole ; l'électeur de Bavière, avec la Bohême, le Tyi'ol, le Brisgau ; la Prusse, avec la Basse- Silésie; enfin la Saxe, joignant la Haute-Silésie et la Moravie à ses autres possessions. Comme entre ces quatre voisins la bonne intelligence n'aurait point été de longue durée, le cabinet de Versailles se réservait le rôle d'arbitre et de dominateur suprême. A ce danger il n'y avait qu'un remède : c'était de maintenir une sorte d'équilibre entre les Maisons d'Autriche et de Bourbon.

Une autre puissante considération décida Frédéric : ce prince venait de découvrir les liaisons secrètes du cardinal de Fleury avec M. de Stainville, ministre du grand-duc de Toscane à Vienne, et savait le cardinal tout disposé à sacrifier les alliés de la France, si la cour de Vienne lui offrait le Luxembourg avec une partie du Brabant.

Il arrêta donc Marie-Thérèse au bord du précipice.

Mais, pensant bien qu'elle ne se prêtait à un arrangement avec lui que pour semer la méfiance parmi les alliés en IVbruitant, le Roi exigea des Autrichiens une condition sine quà non : c'était qu'à la moindre indisci'étion de leur part tout serait annulé. On verra si la précaution était sage.

La convention dressée et signée par lord llyndford,

DE mÉDÉRIC II. 275

à IdqUelle pourtant Frédéric ue donna qu*un asseiitinlènt im verbal, contenait la cession de toute la Basse-Silésië aveè les Tilles dé Brëslaii et deNeiss; les limiteô y étaient fixées comme dans Vultimaiunii rédigé par Fré-^ déric lui-môme avec un remarquable lacoriisme. « Toute là Silésie^ jusqu'à la rivière de Néiss i la ville dé ce nom et 61at£; aii delà de VOdbVf les anciennes lindites jenti'e lès duchés de firieg et d'Oppelleii subsisteront; Bresldù m'appartiendra; la religion demeurera daqs l'état bii elle se trouve; point de dépendance de la Bohême, iiiie cession à perpétuité. Eu retour^ uods n'irons pas filiiâ loiti^ ndui^ assiégerons Nei&s pour k foftne^ lécotnnJandaht tendra la place et se t*etirera ; nous prendrons tran- (ftlillettietlt nos qUàflièrâ d'hiver, et l'armée autrichien de sé portera Où elle vOtidrfi; Que tout toit terminé dalis dôuië jomé. >)

Peu ËiptëÉ, M; de Néupéfg fit preridre à sôU flHiiéè le èhéthiA de la Mofâtlej aiissitèt cdrnniënçë, Maispôtltlà forhie seblehiéùt,- l6 sié^e de Neiss. La tille Aë titit quë ddUze jours; Ift gâriliton flUtrichientaë b'en était même pas encore éortie^ (JUe déjà les iUgétaiëUrs prtlsâiërïâ y tfaçflient lëâ houvëàUt, ouvrages qui en firent Une des bôntiës t)laceS de l'EUfope; Ensuite l'armée dû Roi si'étant divisée, une partie faiarchà, en Bohéiiië^ tous les ordres du prltiëé Léopold d'Âiihalt; quelques t*ég}ments fUrëdt ëfnpilofyés au blocUs de Glatz; lé reste des troupes, aux ordres du maréchal de Schwërin, s'établit daUl^làHautë-Siféëië'.

< Frédéric, Histoire de mon temps, tome I; -* Jomini, Traité des grandes opérations militaires^ tome I.

270 UISTOlRfi

1741 Enfin, après onze mois, cette province tant désirée (^tait conquise.

Avant de retourner à Berlin, le Roi reçut dans Bres* lau riiommage de ses nouveaux sujets, qu'une puissante sympathie religieuse tendait depuis longtemps à rapprocher de la Prusse. L*Ame profondément blessée des persécutions dont plus d'un intolérant ancêtre de Marie-Thérèse les avait accablés, ils accueillirent Frédéric et son armée comme des libérateurs envoyés du ciel. L'Autriche ne comptait de partisans que parmi les Catholiques, dont quelques-uns en revanche allaient partout affirmant que le roi de Prusse était l'Antéchrist.

Mais, tandis que la reine de Hongrie défendait l'héritage paternel , son heureux compétiteur lui en arrachait, chaque jour, quelque portion. Soutenu de l'armée française et de Maurice de Saxe, il entra en vainqueur à Prague, le 19 novembre, s'y fit couronner roi de Bohême ; et, bientôt, fut salué empereur à Francfort, sous le nom de Charles YII, le 4 janvier. Une autre armée française, commandée par le maréchal de Maillcbois, était entrée en Westphalie.

Belle-lsle voyait ses vœux comblés : les hommages d'une partie de l'Allemagne Tenvironnaient. l\ reçut du nouveau monarque, jaloux de s'acquitter dignement envers l'auteur de sa fortune, la dignité de prince. La France lui devait sa haute prépondérance dans l'Empire : tout souriait à son ambition.

Ce même personnage n'était point resté étranger à la révolution qui venait de renverser le jeune Iwan du trône des Tzars. Quelques mois auparavant, à la suite

d*une conversation fort animée dans laquelle il s'était tni plaint amèrement du prince Antoine de Brunswick et de la régente Anne, son épouse, Belle-Isle avait demandé au roi de Prusse s'il verrait avec peine la couronne destinée à Iwan passer sur la tête d'Elisabeth, seconde fille de Pierre le Grand. «Je ne connais de parents que parmi mes amis ; » telle avait été la réponse du monarque, qui, en effet, ne prit aucune part à cet événement.

Tout fut consommé dans la nuit du 6 décembre. Cent gardes Préobajenski, vieux compagnons de Pierre le Grande conduisent Elisabeth au palais; on arrête le père du jeune empereur,, sa mère, la princesse de Mecklembourg ; Iwan va être égorgé dans son berceau ; mais son sourire, ses tendres caresses, le cri de huzza que le pauvre enfant répète avec ses bourreaux désarment Elisabeth ; on épargne ses jours. Les troupes assemblées proclament la nouvelle souveraine. Anne et son époux, qu'Elisabeth avait promis d'abord de renvoyer'en Allemagne, sont déportés dans une lie de la Dwina, près de la mer Blanche ; Iwan est enseveli dans le château de Schlusselbourg; innocente victime que sa destinée tient en réserve pour une mort affreuse.

D'atroces vengeances succédèrent aux vengeances non moins atroces du règne précédent. Le vainqueur d'Oczakow, le héros de la Russie, Munich, condamné d'abord à être écartelé, pour mieux faire ressortir ensuite l'hypocrite clémence d'Elisabeth, alla remplacer, en Sibérie, le féroce Biren dans une prison dont luimême avait tracé le plan pour son ennemi.

Une fois maîtresse du trône, la fille de Pierre le

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1711 Grand ne réialisa point les espérances du cabinet de Yei*sailles. La proscription étendue sur les étrangers empêcha le chirurgien Lestocq, Hanoyrien d'origine française, principal auteur de cette révolution % d'obtenir une grande influence dans le gouvernement. Bientôt même sa disgrâce fut complète.

Une belle occasion s'offrait à la Suède : profitant de ces troubles en Russie, elle pouvait frapper un grai)d coup : son apathie lui coûta la Finlande.

Ce fut alora qu'obligé de fuir, pour dérober sa tôte aux persécutions provoquées par la fureur du peuple et par la jalousie des nobles contre tout ce qui n'était pas russe, Keith, fr^re cadet du célèbre lord-^mariehal, vint ofirir son épée à Frédéric. Â dat^r de ce jour, l'armée prussienne compta un habile général de plus, et Frédéric un ami dont le dévouement, dans la vie privée, comme sur les champs de bataille, ne se démentit jamais. Un trépas glorieux l'attendait dans les rangs de ses nouveaux frères d'armes.

En consentant à une trâve avec l'Autriche, le roi de Prusse avait espéré que Marie-Thérèse finirait par signer l'entier abandon de la Silésie ; mais il n'en fut

I L4 Bégf nte, ayant eu quelque coiiqaifaiioce de la coQjuraUou, in- Icrro^ea j^lisabetti, (\\nï sut ||i trqi^per par tes lanpes, et arrêter ^tosi toute recherche. Averti de cette entrevue, ^p redoutant les oon&équepcet» l^estocq accourt le lendemain matin cbex Elisabeth, et la trouve à sa toilette. Une carte étuit sur la table ; il la prend, y deMÎqe celte princesse la tète r^^i |ui |ur une ipue, A|| (los 4^ (a carte, i| la place sur un irôiie, et li)i-niéine sur les roarclies, déféré d'un grand cordon : • Ce soir l'un, ou demain l'autre» • dit-il en montrant les deux côtét. Elisabeth n'hésila plus : on sait le reste.

DB PRÉDÉRIG II. 270

rien • Quelques avantages, sur les troupes alliées avaient n4irendu à cette princesse toute sa fierté; Frédéric craignit même qu'elle ne.voulût bientôt recouvrer uQe province dont la perte lui était si sensible. En même temps, il acquit la preuve que le secret de la trêve n'avait été nullement gardé : un certain Koch, émissaire autrichien, l'avait révélé au maréchal de Belle- Isle, furieux de cette découverte. Dresde était ipondée de biHalfi, avertissant les Saxops de suspendre leur marche vers la Bohême, parce que le roi de Prussç, réçQucilié avec . la reine de Hongrie, se préparait à faire une invasion en Saxe. L'électeur de Bavière avait aussi communiqué au Roi une lettre de l'impératrice Amélie, qui l'exhor*^ tait à traiter avec la reine de Hongrie savant le mois de décembre! sinon, cette princesse serait obligé^ de rati^fier les préliminaires convenus avec les Prussiens. Frédéric se crut quitte de tous ses engagements, et la cour de Vienne pay^ Qher son indiscrétion.

Pendant cet hiver, Beriin fut le centre des négociations, )L.a France pressait le Roi de faire agir son armée ; l'Angleterre l'exhortait à la paix avec l'Autriche ; l'Jglspagne sollicitait son alliance, la Suède son secours, la Hussie ses bons offices à Stockholm, le Danemarck ses avis pour changer de parti ; l'Empire germanique appelait, de tous ses vœux, la fin de la guerre ^

Frédéric se fut bientôt décidé t mécontent de ses alliés , n'aspirant qu'à sortir d'une ligue afiaiblie par des divisions intestines, et qui, chaque jour, coinmotr-

* Frédéric, Histoire de mon (em/ij, loinel.

280 IIISTUIUK

1741- tait quelque nouvelle faute^ ce prince reprend les armes. Portant le théâtre de la guerre jusqu'aux portes de Vienne, il négociera avec des victoires.

Fidèle à ses instructions, le maréchal de Schwerin ayant pénétré en Moravie, avait attaqué Olmutz. La garnison^ forte de mille Autrichiens, évacua, le SB décembre, et obtint de se retirer à Brunn. Quant au Roi, parti de Berlin le 18 janvier, il se rendit, le 19, i Dresde; s'efforça de tirer Auguste III de son engourdissement; continua, le lendemain, sa route pour Prague, où se trouvait Tempereur Charles VIF avec les Bavarois et les Français, et en repartit le 23 pour Glatz. Le commandant de cette place l'ayant rendue, le 9, aux Prussiens, s'était retiré, ainsi que sa garnison, dans le chAteau, dont le général Derschau continua le blocus.

Frédéric, qui, le 26^ avait pris le chemin de Landscron, arrive le 28 ù Olmutz, où il trouve l'armée de Schwerin. Le 9 février, ce prince concerte à Lang- Biliska, avec les généraux fiançais et saxons, une entreprise sur Iglau. Le 14, il est rejoint par un corps de troupes de ces deux nations. Le 15, Iglau toml>e au l)Ouvoir du prince Thierri d'Anhalt-Dessau et des Saxons.

Peu après, les Français retounièrent en Bohême.

Le 19, le Roi se rend à Znaïm; par ses ordres, le prince Thierri se dirige vers les frontières de Hongrie, où la cour de Vienne rassemble un grand nombre de troupes irrégulières; il les dissipe, et rejoint l'armée, le 30.

DE. iTRiDÉRIG II. 281

Déjà l'avànt-garde de Frëdéric menaçait les portes iut de Vienne; lui-tnômeV il voulait la suivre avec toutes ses forces; mais lé départ dès Français et le mauvais vouloir des généraux saxons le firent renoncer à ce projet.

Cependant le général autrichien de Roth, bloqué dans Brunn, dévastait les environs de cette place et brûlait tous les villages, pour empêcher Frédéric d'entreprendre un siège qu'une saison rigoureuse rendait déjà bien difiicile. Les Saxons s'étànt séparés entièrement dé l'armée prussienne ^ le 25 avril , prirent des quartiers dans les environs de Leitmeritz. Cette défection, le Roi la prévoyait depuis quelque temps; aussi avait-il commencé à se replier vers la Bohême, pour rejoindre le prince Léopold d'Anhalt qui s'était avancé à Konigsgratz; le 17, il arriva à Chrudim. . Mais le prince Charles avait réuni trente mille hommes dans la Basse-Autriche. Il suit les Prussiens en Bohême; son, but est d'empêcher leur jonction , près de Prague, avec le niaréchal de Broglie, et de ruiner, avant leur arrivée, les magasins de Czaslau et de KoUin. Le Roi presse le maréchal de le renforcer; mais, n'obtenant rien, et voulant sauver ses magasins, il est contraint de marcher promptemept, le 15 mai, avec une partie de ses forces, sur Czaslau et Kuttemberg; le lendemain, le prince Léopold et le reste de l'armée le suivent. Vers la nuit, le prince se trouve en présence des Autrichiens déjà maîtres de Czaslau; il campe, à peu de distance de cette ville, derrière le village de Chotusitz.

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1741- tait quelque nouvelle faute, ce prince repi*end les armes. Portant le théâtre de la guerre jusqu'aux portes de Vienne, il négociera avec des victoires.

Fidèle à ses instructions , le maréchal de Schwerin ayant pénétré en Moravie, avait attaqué Olmutz. La garnison, forte de mille Autrichiens, évacua, le SB décembre, et obtint de se retirer a Brunn. Quant au Roi, parti de Berlin le 18 janvier, il se rendit, le 19, & Di*esde; s'efforça de tirer Auguste III de son engourdissement; continua, le lendemain, sa route pour Prague , où se trouvait Tempereur Charles Vif avec les Bavarois et les Français, et en repartit le 23 pour Glatz. Le commandant de cette place l'ayant rendue, le 9, aux Prussiens, s'était retli*é, ainsi que sa garnison, dans le chAteau, dont le général Derschau continua le blocus.

Frédéric, qui, le 26, avait pris le chemin de Landscron, arrive le 28 à Olmutz, où il trouve l'armée de Si*.hwerin. Le 9 février, ce prince concerte à Lang- Biliska, avec les généraux français et saxons, une entreprise sur Iglau. Le 14, il est rejoint par un corps de troupes de ces deux nations. Le 15, Iglau toml>e au l)Ouvoir du prince Thierri d'Anhalt-Dessau et des Saxons.

Peu après, les Français retounièrent en Bohême.

1^ 19, le Roi se rend à Znaïm; par ses ordres, le prince Thierri se dirige vers les frontières de Hongrie, où la cour de Vienne rassemble un grand nombre dé troupes irrégutières; il les dissipe, et rejoint l'armée, le 30.

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Dëjà Tavànt-garde de Frëdéric menaçait les portes ^^k7 de Vienne; lui-même^ il voulait la suivre avec toutes ses forces; mais lé départ dès Français et le mauvais vouloir des généraux saxons le firent renoncera ce projet.

Cependant le général autrichien de Roth» bloqué dans Brunn, dévastait les environs de cette place et brûlait tous les villages, pour empêcher Frédéric d'entreprendre un siège qu'une saison rigoureuse rendait déjà bien difficile. Les Saxons s'étant séparés entièrement dé l'armée prussienne , le 25 avril , prirent des quartiers dans les environs de Leitmeritz. Cette défection, le Roi la prévoyait depuis quelque temps; aussi avait-il commencé à se replier vers la Bohême, pour rejoindre le prince Léopold d'Anhalt qui s'était avancé à Konigsgratz; le 17, il arriva à Chrudim. . Mais le prince Charles avait réuni trente mille hommes dans la Basse-Autriche. Il suit les Piiissiens en Bohême; son, but est d'empêcher leur jonction , près de Prague, avec le nnaréchal de Broglie, et de ruiner, avant leur arrivée, les magasins de Czaslau et de KoUin. Le Roi presse le maréchal de le renforcer; mais, n'obtenant rien, et voulant sauver ses magasins, il est contraint de marcher promptement, le 15 mai, avec une partie de ses forces, sur Czaslau et Kuttemberg; le lendemain, le prince Léopold et le reste de l'armée le suivent. Vers la nuit, le prince se trouve en présence des Autrichiens déjà maîtres de Czaslau; il campe, à peu de distance de cette ville, derrière le village de Cholusitz.

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tu) Cette nuit méjne, Trii^ém, qui avait pousse jusqu'à Kuttemherg, pq revient promptementi tandis que le prince Charles s'avapp^ aussi, par une inarcbe de nuit, pour attaquer le prince d*Anbalt,

Le 17 mai, à la pointe du jour, et avant l'arrivée du Hoi, l'arniée autrichienne, forte d'environ trente niille hQinniea, se met eu bataille en face du camp prus^siep. M pripce Mopold établit sa gi*osse artillerie sur une hauteur devant sa droite, et se forme rapidemeut en avant da Chotusitz. C'est alors que Frédéric arrive { les troupes qu'il amène se rangent en seconde ligne; ses forces ponsi^t^nt ^n vingt-trois ou vingt-quatre roiUç honïmes.

Bienti^t l'aile gauche de la cavalerie autrichienne e^uie un feu terrible; et, tandis qu'elle se met en bataille, sou Hano ei^pos^ fournit à la cavalerie prus^ sienne un? ppcasiou favorable de l'attaqi^er et de la çulbi|ter, Le maréchal de Buddembrock renvei^se tout spr son passade; le Roi suit le mouvement da la cavalerie avec la di*oite de son infanterie.

Mais une singulière méprise faillit devenir funeste : les busards de Bronikowski , nouvellement levés et habillés de vert, avaient fait partie de l'avant-garde de Frédéric; la cavalerie, ne les connaissant pas, les prend pour des ennemis i uq cri s'élève : notu lOfiiiiM poup^i/.., les vainqueurs fpient en désordre. Les Autri«elûensproUlenl de cette panique, se rallientet se retirent.

Le début de Taûtion avait été qou moins heureux |M>ur la gauche de la cavalerie prussienne qui, culbutant la première ligne ennemie, hacha deux régimenls.

DE nUipiHic II. 285

Mais le comte de Kœnigseck «y^nt tenté iiq effort sur tm ce point» les Autrichien^ se pa)liçpt| font plipr les escadrons prussiens jusqu'à ChojtysHz» et pillent le camp. En même temps, leur infanterie s'avance yerg ce village; là s'engage un combat opiniâtre; inais le feu supérieur de rinfanterie prussienne triomphe enfui. Officient et soldats, les Autrichiens, qn régiment d'infanterie hPPr groise, et le régiment Léopold-Paun, eqtr'autresi gisaient couchés devant les bataiUona prussiens, comme s'ils eussent mis bas les armes.

Déjà victorieuse, l'aile droite du Roi, en débordant l'ennemi près de Chotuaitz, décide la journée. Donû^ nés par ce mouvement décisif, les Autrichiens se rejettent sur leur droite acculée à la Dobroya. Engagés ainsi dans pne position pu combattre devieqi impossible, tout ordre est rompu, chaque instant augmente le tumulte et la confusion; bientôt la campagne est couyerte de fuyards.* Quddembrock les ppursuU avec quarante esQadrons, Frédéric pampe près dp Czaslai).

Les Autrichiens eurent cinq mille six cents hommes tués pu blessés , et dquze cents prisonniers ; on leur enlpva c|ii(:-sept canpps pf; u.n (Ir^peau. Du côté des Prussiens, trois mille six cents hommes furent tués pu blessés. Parmi les premiers, les généraux de Werdeok, de Wedel, et les colpnels Bismarck, {tfalzalm^ Kortzfleisch, Britz *. Lp !•' jujq suiy^t;, }p vainqueur allg camper entre Kuttemberg et Maleschau .

' Frédéric, Histoire de mon temps; — Grimoard, Tableau du règne et de la vie de Frédéric le Grand; — Jornini, Traité des grandes opérations militaires.

i)4s Frédéric venait de commencer sa gloire militaire.

c< Sire, écrivit-il au roi de France, le prince Charles de Lorraine m*a attaqué, et je Tai battu. Votre Majesté en apprendra les autres circonstances de la bouche de celui qui a Tlionneur de lui remettre cette lettre, m

A cette nouvelle, toujtes les puissances rivales de l'Autriche s'ébranlèrent, impatientes de partager ses dépouilles. Menacée d'une ruine totale par la coalition, Marie-Thérèse fléchit : le 11 juin, sous la médiation de r Angleterre, les préliminaires de la paix furent signés à Breslau. a M. le mai'échal, dit le lendemain Frédéric * à Belle-Isle ', songez à vous, ma partie est gagnée. »

* Voyez, h lu fiu du Toluine (M), ta IcUre au cardinal de Fleury, el la réponse du minisire français.

* Ttiiél>ault rap|K>rte à ce sujet un fait du plus haut intérêt; le Toici textuellement : « Lorsque ce maréchal, qui était alors eu Bohême, apprit que Frédéric, après les conquêtes de la Silésie, faisait séparémeol sa paix avec l'Autriche, il se transporta auprès de ce roi et demanda une audience. On imagine sans peine tout ce qu'irs'était proposé de dire k un allié qu'il nous était si nécessaire de conserver alors. Mais le roi de Prusse l'eut bientôt réduit au silence; il montra à M. de Belle- Isie et lui donna k lire une dépêche par laquelle le cardinal de Fleury ofTrait à TAutriclie d'abandonner le roi de l^russe, si l'on voulait (aire la paix avec la France, aux conditions indiquées dans la dépêche. La pièce était authentique, bien signée et sans réplique. « Peu importa, « dit le Uoi, de quelle manière cette dépêche est tombée entre mei « mains; mais elle vous prouve que je n'ai fait que ce que je me de- « vais k moi-même. Je suis persuadé que Louis XV n'a aucune part à « ceUe infidélité; cependant, puisque M. le cardinal est tout-puissant

• chez vous, il ne m'est resté qu'une seule voie, celle de le prévenir,

• pour ne pas être sa victime. »

« M. de Belle-lsle fui interdit et indigné. Les officiers-généraux et autres personnes de la suite du Roi qui se trouvaient dans les premières salles, furent frappés de l'air furieux et déconcerté tout <

Marie-Thérèse ci^dait au roi de Prusse toute la Haute i74S et presque toute la Basse-Silésie, avec indëpendàuce entière de la couronue de Éohéme, se réservant les villes de Troppau et de Joegendorf^ ainsi que les hautes montagnes situées au delà ^e FOppa. De leur côté , les Prussiens s'engageaient à rembourser aux Anglais 1,700|000 écus hypothéqués sur la Silésie.

Pour cette importante conquête, dix-huit mois de guerre avaient suffi. \

Dans le traité définitif signé à Berlin, le 11 juillet suivant, sous la garantie du roi d'Angleterre, Auguste III fut compris comme électeur de Saxe. Il s'engageait à rappeler ses troupes qui étaient à l'armée française, et à reconnaître la Pragmalique-Sanclion.

Quand la paix de Breslau fut connue à Versailles, tout retentit de plaintes; on cria à la trahison, ou ne parla plus que de la défection du roi de Prusse; un général français , transfuge , n'eût pas excité plus de

ble qu'il avait en sortant du cabinet de Sa Majesté; ils l'entendirent

répéter plusieurs fois, comme hors de lui-même : « Ab ! le b de

« prôlre* !»

« Voilà ce que le crédit du cardinal ne permit pas de redire en France ; et voilà comment et pourquoi il a fallu que nos gazettes s'accordassent si parfaitement à représenter Frédéric commç un souverain qui se jouait également des traités et de ses alliés.

« Au reste» c'est un général autricbien blessé et fait prisonnier qui, ayant reçu une visite de la part de Frédéric, lui parla de paix, lui offrit de prouver que le cardinal le jouait, demanda à Vienne la dépêche en question, et la lui remit pour quelques jours. >

* « Rn Tain des gautiera français, sa disant diplomaties, ont voulu nier ce fait : il a été unifomiënieut et oonsurament répété et aflimié par cinquante témoins irrécusables et grns dlionnear..» {Mu «ourtfii'n, tome IV, 4* édition.)

i)4s Frédéric venait de commencer sa gloire militaire.

c< Sire y écrivit-il au roi de France, le prince Charles de Lorraine m*a attaqué, et je l*ai battu. Votre Majesté en apprendra les autres circonstances de la bouche de celui qui a Thonneur de lui remettre cette lettre. »

A cette nouvelle, toujtes les puissances rivales de TAutriche s't^branlèrent , impatientes de partager ses déi)ouilles. Menacée d'une ruine totale par la coalition, Marie-Thérèse fléchit : le 1 1 juin, sous la médiation de TAngleterre, les préliminaires de la paix fuirent signés àUreslau. a M. le maréchal, dit le lendemain Frédéric ' à Bello-Isie ', songez à vous, ma partie est gagnée, m

* Voyez, h lu fiu du Tolume (M), ta IcUre au cardinal de Fleury, el la réponse du minisire français.

* TtiiéLault rap|K>rte à ce sujet un fait du plus liaut intérêt ; le voici textuellement : « Lors(|ue ce maréchal, qui était alors eu Ikihéma, apprit que Frédéric, après les conquêtes de la Silésie, faisait séparément sa paix avec TAulriche, il se transporta auprès de ce roi et demanda une audience. On imagine sans peine tout ce qu'irs'était proposé de dire k un allié qu'il nous était si nécessaire de conserver alors. Mais le roi de Vruast l'eut bientôt réduit au silence; il montra à M. de Belle- Isie et lui donna à lire une dépêche par laquelle le cardinal de Fleury ofTrait à l'Aulriclie d'aliandonner le roi de l^russe, si Ton voulait faire la paix avec la France, aux conditions indiquées dans la dépêche. 1^ pièce était authentique, bien signée et sans réplique. « Peu importa,

• dit le lloi, de quelle manière cette dépêche est tombée entre mei « mains; mais elle vous prouve que je n'ai fait que ce que je me de- « vais à moi-même. Je suis persuadé que l^uis XV n'a aucune |»art à « ceUe infidélité; cependant, puisque 11. le cardinal est tout-puissant

• chez vous, il ne m'est resté qu'une seule voie, celle de le prévenir,

• pour ne pas être sa victime. »

t M. de Belle-Isie fui interdit et indigné. Les ofliciers-géuéraux et autres personnes de la suite du Roi qui se trouvaient dans les premières salles, furent frappés de l'air furieux et déconcerté tout <

DB FRÉDÉRIC If. 285

Marie-Thérèse cédait au roi de Prusse toute la Haute tut et presque toute la Basse-Silésie, aVec indépendance entière de la couronne de âohéme, se réservant les villes de Troppau et de Joegendorf^ ainsi que les hautes montagnes situées au delà de l'Oppa. De leur côt^ , les Prussiens s'engageaient à rembourser aux Anglais 1,700|(X)0 écus hypothéqués sur la Silésie.

Pour cette importante conquête, dix-huit mois de guerre avaient suffi. ^

Dans le traité définitif signé à Berlin, le 11 juillet suivant, sous la garantie du roi d'Angleterre, Auguste III fut compris comme électeur de Saxe. Il s'engageait à rappeler ses troupes qui étaient à l'armée française, et à reconnaître la Pragmalique-Sanclion.

Quand la paix de Breslau fut connue à Versailles , tout retentit de plaintes; on cria à la trahison, on ne parla plus que de la défection du roi de Prusse; un général français , transfuge , n'eût pas excité plus de

ble qu'il ayait en sortant du cabinet de Sa Majesté; ils Tentendirent

répéter plusieurs fois, comme hors de lui-même : « Ab ! le b de

« prôlre* ! »

« Voilà ce que le crédit du cardinal ne permit pas de redire en France ; et yoilà comment el pourquoi il a fallu que nos gazelles s'accordassent si parfaitement à représenter Frédéric commç un souterain qui se jouaii également des traités el de ses alliés.

« Au reste, c'est un général autrichien blessé el fait prisonnier qui, ayant reçu une visite de la part de Frédéric, lui parla de paix, lui ofTril de prouver que le cardinal le jouait, demanda h Vienne la dépèche en question, et la lui remit pour quelques jours. >

* « Rn raln des gautiera français, sa disant diplomaties, ont voalo nier ce fait : il a été unifomiémeut et oonstamment répété et aflîmié par cinquante témoins irrécusables et grns dlionnear..!» {Mu ioufffnin, tome IV, 4* édition.)

286 HistotfiB

lut rumeur. Certé^^ le thécoulentemeni était légitime; mais, à force d'amertume, retpression en devenait injilste. Ce que Frédéric a fait, tout souverain raisonnable l'eût fait à sa place. Son but une fois atteint^ il devait arrêter Teffiision du sang. Entré dans cette guerre sans la France, qui ne devint son alliée que par occasion , il pouvait on sortir sails elle, dès lord surtout que ses soupçons devinrent certitude; à défaut d'autres preuves, la correspondance du cardinal de Fleury avec le général Kœnigseck , malignement publiée par Marie- Thérèse, eût révélé toutes les irrésolutions du ministère français, et son désir scfcret de sortir de la funeste route où il s'était si imprudemment engagé, a Bien des gens savent, disait le cardinal dans l'une, combien j'ii été opposé aux résolutions que nous avons prises^ et que j'ai été en quelque façon forcé d'y consentir. Votre Excellence est ti*op instruite de tout ce qui se passe pour ne pas deviner delui ' qui met tout en œuvre pour déterminer le Roi à enti*er dans une ligue qui était si contraire à mon goût et à mes principes. » Dans l'autre lettre, il se plaint de la publicité donnée à sa correspondance, et dit naïvement au général autrichien c< qu'il ne lui écrira plus désormais ce qu'il pense, m

Pour côtïible d'inconséquence, il ne restait au cardinal qu'à désavouer ces lettres dans les gazettes : il n'y manqua pas.

Plus tard, on verra le roi de Prusse conserver l'Alsace à Louis XV par une savante diversion , tandb que

> Le maréchal de Belle-Isla.

le cabinet de VèfsailléS M ptéUstû AUX PfUdâlënë àliM^ \Ut qués de toutes parts qu'tiùe asslstahcé dëtisoire. C'est qu'évidemment la France de soUgeâit Qii'à anéantir là Maison d'Autriche^ à étendre, à cdnsolidei* sdH aëcen-^ dant sur les princes d'Alleniagne.- Pont arriver à cette fin, Frédéric lui avait setnblé d'Un théhveilleuit secours* elle n'avait pas encore appris à le coUnattt^:

H Je me suis mis dans les remèdes > disatt-^il à cette occasion, je conseille ftui flutté6 fnalàdëé d'en faire autant; )i

Vers la même époque^ ce {irince fié tW)UVà iiil(iliqué dans une conspiration dont il ignoi^ait ûiéiile Inexistence; L'auteur de cette trame était le indt*quis de Botta-Adornoî ambassadeul* de Mârie^ThérèSe à Saidt- Pétersbourg. L'Autriche avait vu ^ d'Un œil inquiet, la révolution qui renversa Ivran et la régente Anile de Brunswick; elle pensait qu'Elisabeth reconnaissante n'oublierait pas l'important service (^éla France tefaait de lui rendre. Un dutre motif ^ leâ lieds dô proche (lArenté existant entre elle et la famille détrônée , augmentait ses craintes^ Dans ces circonsuihces, coihmeilt espérer quelque crédit auprès du nouveau cabinet russe? Chargé en secret de préparer la chute d'Elisabeth, et le retour de l'ancien gouvernement, BotUt travaillait dans l'ombre, et mai'châit Soufdement & son but. Pour y parvenir plus proMptement, il ptomettait la protection du roi de Prusse à toUs ceui qui embrasseraient la cause du prince deBrUnsWick, beau-frère de ce monarque^ et celle du jeune émperéuh, son neted. Botta espérait ainsi comprometti'e Frédéric, dans l& cas

288 • IIISTOIRB

1742 OÙ ja conspiration serait découverte, et le brouiller avec la Russie. Afin de mettre sa personne eu sûreté, l'adroit Italien s'était fait relever, à Pétersbourg, par un uouveau ministre. Accrédité à la cour de Berlin, c'était de là qu*il dirigeait toutes ses opérations; il résidait dans cette ville, quand le complot fut dévoilé.

Indigné d'une telle perfidie, lô monarque prussien lui défendit sa cour, et se réunit à Elisabeth pour demander satisfaction à la reine de Hongrie. En Russie^ la vengeance fut atroce : une comtesse Bestucbeff, Lapoukin, sa femme, son fils, eurent la langue coupée; madame Lapoukjn, l'une des plus belles femmes de l'Empire, excitait, à ce titre, la jalousie d'Elisabeth; heureuse de la punir enfin d'un tel crime, l'impitoyable impératrice fit déchirer, par le knout du bourreau , ces traits enchanteui*s, objet de sa haine : et la victime était enceinte!

Quant au marquis de Botta, renfermé d'abord, par ordi*e de sa souveraine, dans la citadelle de Spielberg^ il mourut à Newstadt , peu après avoir recouvré sa lil>erté. Bientôt, nous trouvei*ons son fils servant, dans Gènes, d'instrument malheureux à la domination autrichienne.

Malgré son empressement «^ prouver combien il était étranger à toutes ces intrigues, Frédéric trouva une ennemie constante dans la Tzarine : quehiucs plaisanteries sur les voluptueux écarts de cette princesse rendirent sa haine implacable. Plus d'une fois, ce prince porta la peine de sou trop facile penchant à la satire. Par une fatidité singulière, il eut à la fois contre lui les

quatre plus puissantes femmes de TEurope, Elisabeth, ,^4, Marie-Thérèse, la reine de Pologne, la marquise de Pompadour. Parmi les ministres, BestuchefT en Russie, Kaunitz en Autriche, le duc de Choiseul en France, Brulh en Saxe, lui vouèrent une inimitié non moins profonde.

Après avoir gouverné la France durant dix-sept années, le cardinal de Fleury s'éteignit, sans gloire, le 29 janvier 1743, à Issy près Paris. Son administration avait été douce (sauf pourtant ses mesures rigoureuses contre les appelants de la bulle Vnigenitus) , économe, désintéressée, pacifique, mais imprévoyante^ Ce niinistre, dupe de l'Angleterre et .des adroites caresses de Walpole, négligea constamment la marine et Tarmée. Aux approches de la mort, les suites probables d'une guerre que réprouvait sa conscience l'efirayèrent. Chargé d'années^ déjà un pied dans la tombe, il n'avait pas eu la force de renoncer au pouvoir. Ses derniers jours manquèrent de dignité. On s'afflige de voir un vieillard, revêtu de la pourpre sacrée, tolérer, dans son élève-roi, le scandale d'un amour adultère, s'associer même aux honteuses menées des courtisans. Mais le plus grave de ses torts, c'est de n'avoir développé, dans l'âme de Louis XV, aucune affection généreuse. Ce monarque était né bon, intelligent : Fleury le fit égoïste, pusillanime, impropre au commandement. Rien en lui ne rappela un petit-fils de Henri IV.

Heureux encore le cardinal , s'il eût cessé de vivre avant la désastreuse retraite de Prague, où, en dix

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i74t jours, quatre mille hommes périrent de froid et de misère ! k Les chemins, dit l'historien de la Bohême % présentaient un spectacle épouvantable; ils étaient jonchés de cadavres; on en voyait des monceaux de cent et de deux cents, péle*môle, officiers, soldats. »

Cette retraite, ordonnée par le ministre de la guerre d'Argenson , fîit célébrée avec passion et blâmée de môme. Les uns la comparaient à celle des Dix-^Mille; les autres y voyaient une déroute honteuse ; on exagérait des deux côtés. Les dis|)Ositions du maréchal étaient !)onnes; on ne peut lui reprocher que de n'avoir pas assez ménagé ses troupes.

(( Dans tout autre pays, dit le caustique Frédéric, une retraite comme celle-là aurait causé une consternation générale; en France, où les petites choses se traitent avec dignité^ et les grandes légèrement, on ne Ht qu'en rire, et Belle-Isle fut chansonné '.... En pareille occasion , on aurait jeûné à Londres , exposé le sacrement à Rome, coupé des tôtes à Vienne : il valait mieux se consoler par une épigramme *. »

Cette dernière page dans l'histoire d'un long ministère est bien triste.

> Peizel.

' Frédéric, Hiêtaire de mon tempi, lome H. * Tout le moode, en eflet, connatl la cliansoo qui courul alors, el dont voici le premier couple! :

Qaaod Btll«-Ule partit aot ouii Da PraffiM, à pitlii bniU, 11 dit, voyant la luae :

• Uuulirt <i« ■€• joara, Aatra da ma fortana, EcUire-nioi toujoura.*

DE PRÉDÉAIC II. 291

Malgré le projet hautement anûoncë de gouverne^ h4.l par lui-même/ Louis XV iie cessa d'ôbëlr à son précep^ teur que pour devenif resclàve de ses mattresses. Madame de Châteauroui, du moins, s'efforça d'allumer dans le cœur de l'indolent monarque quelque amour de la gloire.

Malheureusement, les fausses démarches du cardinal avaient, au dehors, déconsidéré le cabinet de Versailles. Pour comble d'enibarras, point d'unité dans le ministère, mais cinq rois subalternes, indépendants les uns des autres; c'était, à la guerre, le comte d'Argenson\ ancien chancelier du duc d'Orléans, citoyen probe, laborieux, mais plus versé dans la connaissance des lois que dans la science de l'administration militaire; aux finances, Ôry', éx-capitaine dé dragons, homme intègre, détesté des courtisans qui ne trouvaient point eu lui un fournisseur docile; à la mariùe; Maurepas*, très-habile à composer des ballades sati-

* Né le 16 août 1696, et élevé chet les Jésuites, au collège Louis-le- Grand, avec son frère, ce René-Louîs, le dernier ministre français resté fidèle aui grandes vues de Richelieu, de Mazârin et de Louis XlV, j>our rabaissement de la Maison d*Âutriclie. .

Sacriûé, avec Macliault, au ressentiment de la marquise de Pompa- Jour, le comte d'Argenson reçut, en 1747, une lettre de cachet en termes fort durs, et mourut, le 22 août 1754. Diderot et d*Alembert lui avaient dédié V Encyclopédie» Sa disgrâce fut un malheur pour les gens dé leUres.

* Petit-fils de François Dry, savant juriscdnsulle, qui aimait k cachet son nom sous celui d'Osius, que portent ses diiïérenls ouvrages.

* Né en 1701, Jean-Frédéric Pliilippeauz, comte de Maurcpas, était fils (le Jérôme, ministre et secrétaire d*Ëtat, petit-fils du chancelier Poalclinrlraiu, dont le p6re et Taïeul avaient été eux-mêmes ministres;

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i7it jours, quatre mille hommes périrent de froid et de misère ! « Les chemins, dit l'historien de la Bohême % présentaient un spectacle épouvantable; ils étaient jonchés de cadavres; on en voyait des monceaux de cent et de deux cents, péle*môle, officiers, soldats, m

Cette retraite, ordonnée par le ministre de la guerre d'Argenson , fut célébrée avec passion et blâmée de môme. Les uns la comparaient à celle des Dix-Mille; les autres y voyaient une déroute honteuse ; on exagérait des deux côtés. Les dis|)Ositions du maréchal étaient l)onnos; on ne peut lui reprocher que de n'avoir pas assez ménagé ses troupes.

(( Dans tout autre pays, dit le caustique Frédéric, une retraite comme celle-là aurait causé une consternation générale; en France, où les petites choses se traitent avec dignité^ et les grandes légèrement, on ne fit qu'en rire, et Belle-Isie fut chansonné '....En pareille occasion , on aurait jeûné à Londres , exposé le sacrement à Rome, coupé des têtes à Vienne : il valait mieux se consoler par une épigramme V »

Cette dernière page dans Thistoire d'un long ministère est bien triste.

» Pelicl.

* Frédéric, Hitioirt de mon tempi, lome II.

* Tout le monde, en eflet, connaît la cliansoo qui courut alors, et dont voici le premier couplet :

QaaDd Btlle-lsie partit une ouit Da Prague, à patU bniii, 11 dit, voyant la Inoe :

• Uuulirt de meajoart, Aatre de ma fortuoe, E4*laire>iiiol luujoura.»

Malgré le projet hautement anûoncé dé gouverne^ h4i par lui-même/ Louis XV ne cessa d'ôbëir à son précepteur que pour devenif resclâve de ses maîtresses. Madame de Châteauroul, du moins, s'efforça d'allumer dans le cœur de l'indolent monarque quelque amour de la gloire.

Malheureusement^ les fausses démarches du cardinal avaient, au dehors, déconsidéré le cabinet de Versailles. Pour comble d'embarras, point d'unité dans le ministère, mais cinq rois subalternes, indépendants les uns des autres; c'était, à la guerre, le comte d'Argenson\ ancien chancelier du duc d'Orléans, citoyen probe, laborieux, mais plus versé dans la connaissance des lois que dans la science de l'administration militaire; aux finances, Ôry% éx-capitaine dé dragons, homme intègre^ détesté des courtisans qui ne trouvaient point en lui un fournisseur docile; à la mariâe; Maurepas*, très-habile à composer des ballades sati-

* Né le 16 août 1696, et élevé chet les Jésuites, au collège Louis-le- Grand, avec son frère, ce René-Louîs, le dernier ministre français resté fidèle aui grandes vues de Richelieu, de Mazarin et de Louis XlV, pour rabaissement de la Maison d*Âutriclie. .

Sacriûé, avec MacbauU, au ressentiment de la marquise de Fompa- Jour, le comte d'Argenson reçut, en 4747, une lettre de cachet en termes fort durs, et mourut, le 22 août i 754. Diderot et d*Alembert lui avaient dédié V Encyclopédie. Sa disgrâce fut un malheur pour les gens dé leUres.

* Petit-fils de François Ory, savant juriscdnsulle, qui aimait à cacher son nom sous celui d'Osius, que portent ses diiïérenls ouvrages.

* Né en 1704, Jean-Frédéric Philippeaui, comle de Maurepas, était fils (le Jérôme, ministre et secrélairé d'Ëtat, petit-fils du chancelier ronlclinrlraiu, dont 1c p6re et Taîeul avaient été eux-mêmes ministres^

iTii rîques, plein d'imagination, et qui eût rendu Louis XY souverain des mers, si les discours seuls d'un homme aimable et frivole avaient pu opérer ce miracle ; aux affaires étrangères, Amelot, instruit et sage, mais dont les vues étroites et les manières communes ne convenaient nullement à sa position; gôné par une grande difficulté de prononciation, il n*était guère propre à négocier de vive voix ou à discuter au conseil. Ministre d*État, le cardinal de Tencin ' alliait à des talents réels beaucoup d*ambilion avec peu de moralité; une idée fixe le poursuivait sans cesse, c'était de continuer, |)0ur sou compte, la dictature de Fleury. Mille intrigues agitaient la cour : en première ligne y figuraient les ducs de Noailles, de Richelieu et les favorites.

Tandis que la France et la Grande-Bretagne recherchaient, avec un égal empressement, mais dans des vues bien opposées, l'alliance de Frédéric, Voltaire arrivait

en sorte que ces places rcslèrenl, pendant cent soixante et onze ans, dans la môme famille (de 1610 à i7Sl).

Faible sans bonté, égoïste, insouciant d'un avenir qui ne devait pas être le sien, un tel mentor était le présent le plus funeste qu'on pûl faire au jeune roi, successeur de Louis XV.

Maurepas mourut en i781.

* Issu d'une famille de magistrature, Pierre Guérin de Tencin naquit h Grenoble le 22 août iOSO, et mourut, archevêque de Lyon, le 2 mars i7S8. Ses relations avec le trop fameux Law servirent mieux sa fortune que sa réputation. Madame de Tencin, sa sceur, donna le jour U d'Alembcrt. L'intrigue et la galanterie se partagèrent sa jeunesse. Ayant adopté plus tard un autre genre do vie, elle réunissail dans son salon l'élite des savants ei des gens de lettres, et devint célèbre |>ar ses niman^; comfMïsitions au reste dont on lui a contenue riiounour.

à Berlin, chargé secrètement d'une mission politique. 1741 Menace par TAutriche et par l'Angleterre, le ministère français voulait sonder les dispositions du roi de Prusse. Pour mieux déguiser les vrais motifs de ce voyage, Voltaire prétexta la haine dont Boyer, évéque de Mirepoix, le persécutait ; aussi allait-il partout Taccablaut d'épigrammes, l'immolant à la risée publique : c'était à la fois servir le gouvernement et sa vengeance. Dès qu'il en fut informé, Boyer courut se plaindre au Roi que Voltaire le flt passer pour un sot dans les cours étrangères : u C'est une chose convenue, lui répondit froidement Louis XV; n'y prenez pas garde. »

Depuis longtemps le roi de Prusse désirait voir Voltaire : en apprenant ces projets de départ» il lui adressa l'invitation suivante :

Ce 7 octobre 1743.

rc La France a passé jusqu'à présent pour Fasile des rois malheureux; je veux que ma capitale devienne le temple des grands hommes. Venez-y, mon cher Voltaire, et dictez tout ce qui peut vous y être agréable. Je veux vous faire plaisir; et, pour obliger un homme, il faut entrer dans sa façon de penser.

« Choisissez appartement ou maison, réglez voiisméme ce qu'il vous faut pour l'agrément et le superflu de la vie; faites votre condition, comme il vous convient, pour être heureux, c'est à moi à pourvoir au reste. Vous serez toujours libre et entièrement mattre de votre sort; je ne prétends vous enchaîner que par l'amitié et le bien-être.

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174) « Vous pqrez des passeports pour des chevaux, et tout ce que vous pourrez demander. J'espère vous voir mercredi, et je profiterai des moments qui me restent pour m'éclairer au feu de votre puissant génie. Je vous prie de croire que je serai toujours le môme envers vous. Adieu. »

Frédéric accueillit Tillustre poète avec enthousiasme, mais en affectant de n'accorder que peu d*atten|iou à un diplomate sans caractère officieP. Il lui fallait d'autres garanties. La France le sentit; bientôt un politique habile, Chavigny, conduisit la négociation; mais il en laissait l'honneur ostensible à Louis XV.

Cependant au milieu des graves préoccupations de lo politique, le roi de Prusse ne négligeait point le gouvernement intérieur de ses États. Pour abréger la communication de l'Elbe à TOder, il fit construire le grand canal de Plauen ; le port de Stettin fut creusé; le canal de la Swine devint navigable. A force de soins, Tinsecte qui donne la soie s'acclimata sous un ciel rigoureux; de nombreuses manufactures témoignèrent des progrès de rindustrie, Maupertui?, récemment revenu de son voyage en Laponie, fut chargé de dresser un nouveau plan pour la restauration de l'Académie rpyale

* Sur ces entrefaites, Voltaire arriva à Berlin. Comme il avait quelques protecteurs k Versailles, il crut que cela suffisait |K)ur se donner des airs de n(^gociateur. Son imagination brillante s'élançait sans retenue dans le vaste champ de la politique II n'avait point de lettres de créance, et sa mission devint un jeu, u'ic simple plaisanterie. (Frédéric, Histoire de mon îemfUy tome 11.)

DE FRÉDÉIUC H. 295

des Sciences et Belles-lettres. Saus s*ëcarter beaucoup 1743 des bases posées par Leibnitz, il y ajouta plusieurs articles importants ^ .

Profitant du repos dont jbuissai t le roy aumci Frédéric le parcourut au printemps ; il alla voir les nouvelles fortifications élevées par ses ordres en SilésiCi et^ dans le courant de Tétéi inspecta ses troupes. Sou^ pl^texte de retidre visite aux tnargraves de Bareith et d'Anspdch, ses sœursi ce prince entra dans TEmpire. Continuellement préoccupé de l'eidstence précaire de Charles YII, des moyens de la Consolider, et des obstacles que Marie- Thérèse opposait au rétablissement de la paix générale, il voulait engager les prince allemands à marcher au secours de leur chef commun. L'armée bavaroise Campait à quelques lieueS d'Anspach^ à Hohen-Oettingen. Il s'y rendit^ et assista aiix hiadœuvres; mais^ .s'entretenir avec le maréchal de Seckcndorff, général de l'Empereur^ des intérêts de son mattre, tel était son principal motif. Tous ses efforts furent inutiles : un découragement général glaçait les amis de Charles VU; le plus ardent enthousiasme enflammait au contraire les partisans de l'Autriche.

En effet, la position de Marie-Théi*èse avait bien changé de face. L'énergie de cette princesse, l'argent de la Hollande, de la Grande-Bretagne et de Venise, les fautes nombreuses et la désunion de ses ennemis, tout semblait conspirer en sa faveur. lA Bavière, la Bohême

1 Thiébault, Mes souvenirs de vingt atts de séjour à Berlin, etc., loinc IV.

296 I1I8T0IIIB

1749 avaient dévoré les années françaises, dont les débris erraient épars sur les bords du Rhin et du Mein . I^uis XV voyait ses frontières menacées de deux côtés à la fois; l'ennemi osait même parler d'incursions en Champagne. Dans ses insolentes proclamations, le partisau Mentzel annonçait aux habitants de l'Alsace, de la Bourgogne, de la Franche-Comté, des Trois-Évéchés et de la Lorraine, qu'il leur ferait couper le nez et les oreilles, s'ils ne rentraient à l'instant même sous l'autorité de leur souverain légitime. L'Angleterre, infatigable ennemie de la France, redoublait d'eflbrts, entraînant la Hollande à sa suite, comme une chaloupe à la remorque; lord Carteret secondait, avec acharnement, la politique vindicative de son pays.

Au milieu de ces sanglants débats, c'était un étrange spectacle que de voir le chef de l'Empire, ce successeur des Césars, fuir de ville en ville, ayant à peine un asile pour reposer sa tête, et ne l'obtenant encore que de la pitié de ses ennemis.

Telle était môme sa détresse, que le maréchal de Noailles, « croyant devoir lui procurer au moins de quoi ne pas mourir de faim, lui fit toucher 40,000 écus sur une lettre de crédit qu'il avait*. »

La France, qui regardait ce prince comme son ouvrage, s'efforçait de le soutenir sur un trône à demi renversé. Déjà même, abdiquant un rôle secondaire, elle avait formellement déclaré la guerre à George II et à Marie-Thérèse ; politique funeste qui, en la liant au

* Mémoires de XoatUes^ louic Y.

DE FRÉOÉRlG II. 297

triste sort d'un fantôme d'empereuri ravivait la vieille |74S animositë de l'Angleterre et la jalousie des Provinces- Unies.

Alors on vit, comme au temps des Edouard, un monarque anglais marcher, en personne, contre une armée française : mais cette ardeur belliqueuse, George l'eût payée cher à Dettingen, sur le Mein, sans l'imprudent mouvement du duc de Grammont; car les dispositions du maréchal de Noailles étaient dignes du plus grand capitaine ^ Frédéric rend ce témoignage au général français. L'ennemi, foudroyé dans un défilé par deux batteries qui plongeaient sur lui du rivage, eût mis bas les armes; George lui-même pouvait être pris, et celte journée terminait la guerre : ce ne fut malheureusement qu'un rêve ; malgré les prodiges de valeur de la maison du Roi, malgré l'héroïque désespoir de tous, chefs et soldats, la France n'eut que des larmes à répandre. Le général Stairs estima assez les Français pour leur recommander six cents blessés, honteusement aban^ donnés sur le champ de bataille. Cet empressement à s'éloigner prouve que le vainqueur était aussi étonné de son triomphe que les vaincus de leur défaite \

> Frédéric, Histoire de fmm temps y tome U.

* Les gardes françaises, a>anl lâché pied, furent surnommés les canards du Mein; de là, pendant un demi-siècle, une foule de duels.

Comme on prétendait que HM. de Grammont et d'Harcouri nVaient attaqué que pour obtenir le bâton de maréchal de France, on appela ceUe triste journée la journée des béions rompus; et quelqu'un pendit à rhôlel de Noailles une épée arec cette inscription x Point homicide ne seras.

Qu'on ne s*é(onne pas de trouver ces dôplorablcs plaisanteries dans

298 H18T0IRB

174^ Frédéric ne reçut pas cette nouvelle avec indifférence; il craignait que le cabinet de Versailles, découragé par une suite de revers, ne voulût se tirer, i tout prix, de sa triste position. Sous prétexte de complimenter le roi de la Grande-Bretagne, mais réellement pour surveiller la conduite de lord Carteret, et découvrir les négociations qui pourraient s'entamer dans le camp anglais, il fit partir le jeune comte de Finck.

Tandis que ces événements se passaient sur les bords du Mein, le prince de Lorraine poursuivait les Français jusqu'au Rhin.

Le roi de Prusse était aux eaux de Pyrmont, quand la mort de Charles-Edouard, dernier duc d'Ost^Frise, le mit en possession d'une contrée im[K»rtante, sinon pour son étendue, du moins par sa fertilité. L'empei*eur Léopold avait, en 1694, établi les droits de la Maison de Brandet>ourg sur cette principauté, en lui donnant l'expectative.

Kxauçant le vœu des États d'Ost-Frise, leur nouveau souverain sacrifia, aux intérêts industriels et commerciaux de la province, le droit d'y lever des soldats.

De tous les voisins de la Prusse, le plus redoutable était la Russie ; c'était aussi sur cet empire que Frédéric attachait continuellement ses regards, épiant quelque occasion de se concilier le cabinet de Saint-Péters-

uii récit austère : l'histoire doit uue place k tout ce qui peut caractéri^r uue époque.

bourg. Bientôt il s'en présenta unQ. Elisabeth voulait 1744 marier le Grand-i)uC| son neveUi alliance brillante qui avait trouvé plus d'un compétiteur. Auguste, entre autres, s'eflbrçait d'attirer le choix du cabinet russe siir la princesse Marianne^ sa seconde OUe. Un lien aussi intime, entre la Saxe et la Russie^ devait causer de Tombrage à Frédéric, inquiet déjà du refus qu'avait fait la Tzarine de garantir le traité de Breslau. Ce priùce, habilement secondé par le baron de Mardefeld, son ministre à Pétersbourg, redoubla donc de vigilance et d'activité pour faire agréer la pnnces;3e de Zerbst, fille d'un feld-maréchal des armées prussiennes et d'une princesse de Holstein, et si céljbbre depuis sous le nom de Catherine II. Malgré l'éclat d'upe telle alliance, le père de la princesse éprouvait Une vive répugnance : luthérien comme on l'était du temps de la Réforme, il ne consentit à voir sa fille devenir schismatique qu'après qu'un ministre plus traitable lui eût démontré les analogies de la religion grecque avçc la luthérienne.

Mardefeld cacha si bien son jeu au chancelier Bestucheff*, alors vendu à la Saxe ', que la princesse de

* Rulhière a dit de cet homme d'Étal : t Sa politique était de croire qu'on peut toujours faire à un autre homme la proposiUoft d'an crime; sa seule adresse dans ses conYersations était de balbutier, afin d'avoir le droit de revenir sur ses paroles, en soutenant qu'on ne l'avait pas bien entendu ; de paraître ne pas comprendre avec facilité la langue qu'on lui parlait, afin qu'on s'expliquât de tant de manières qu'on dit enfin plus qu'on ne voulait dire. Sa souveraine le redoutait, et sa disgrâce, avant de le frapper, le inénaça vingt ans. Il détestait sa souveraine, et souvent il médita de la détrAner. Ce ministre, perdu de luxe,

1744 Zerbst arriva à Pétersbourg, au grand étonoement de TEurope. Mais toutes les difficultés n'étaient pas levées, car les fiancés se trouvaient parents au degré de cousins. Pour en finir, on gagna popes et évéques, qui déclarèrent le mariage très-conforme aux lois de TÉglise grecque. C'était beaucoup; Frédéric obtint plus encore, l'Impératrice ayant bientôt approuvé le mariage de la princesse Ulrique de Prusse avec le nouveau prince royal de Suède. Ces deux alliances devenaient, pour la Maison de Brandebourg, un gage de sûreté. Tout ne semblait-il pas annoncer qu'une Grande-Duchesse de Russie, élevée en Prusse et redevable au Roi de sa haute fortune, se montrerait reconnaissante? Quant à la reine de Suède, elle ne pouvait devenir l'ennemie de son frère.

Dans la même année eut lieu un événement que le monarque appelait de tous ses vœux : le 25 septembre, la princesse de Prusse accoucha d'un fils; cette naissance consolidait la couronne dans la branche régnante.

Cependant Frédéric observait, avec anxiété, les for-

(rouvail une ressource continuelle à son désordre, en fendant l'alliance de sa cour aux puissances étrangères; aussi soutenait-il dans la conseil que l'état naturel de la Russie est la guerre; que son adminislralion inléricure, son commerce, toute autre vue doit être subordonnée h celle de ré^^ner au dehors par la terreur; et qu'elle ne serait plus comptée parmi les puissances européennes, si elle n'avait pas cent mille hommes sur les frontières, toujours prêts à fondre sur VEaro|>e. Par cette politique ruineuse, il maintenait avec effort la considération des Russes en Europe; il faisait rechercher l'alliance de sa f'dur, et vendait retlc alliance à son prolit personnel. •

DR frédkhic iu 501

ces toiijoui«s croissantes d^ TAutHchc, l'ardeur de 1744 rAiigleterre à la seconder, et le roi de Sardaigne^ qui naguère menaçait Marie-Thérèse, protégeant ses États d'Italie. Évidemment la paix de Breslau û'était qu'un faible rempart contre le ressentiment de cette puissance, rinterception d'une correspondance entre George et Marie-Thérèse, où il était insulté et menacé, vint confirmer ses craintes. Ce prince commença donc à prêter une oreille favorable aux propositions de la France. En effet, tout prenait autour de lui une attitude hostile. Un traité conclu à Worms, ratifié à Turin et à Varsovie, venait d'unir contre l'empereur Charles VU l'Angleterre, la Sardaigne, la Saxe, la Hollande et l'infatigable reine de Hongrie; confédération dont la chute de l'Empereur était le but apparent, mais qui menaçait plus encore Frédéric.

George, aux termes mêmes des stipulations de Breslau, aurait dû donner connaissance au roi de Prusse de tous les traités qu'il signerait; mais cette fois il s'en garda bien, car ses nouveaux engagements annulaient les dispositiohs de Breslau. Le traité de Worms ayant été communiqué aux Ëtats^Généraux, ce fut de La Haye que Frédéric reçut tous les détails. En démasquant si vite leurs desseins, l'Autriche et l'Angleten-e commirent une faute grave \ C'était avertir leur ennemi de pourvoir à sa sûreté.

En effet, Frédéric chercha aussitôt un contre-poids à cette imposante coalition. Depuis vingt ans, le baron

• Frédéric, Histoire de num tefnps^ lomeU.

1744 de Chambrier était ministre de Prusse à Versailles; mais, déjà ftgd, sans liaisons avec les personnages influents, sans habitude des grandes affaires et minutieusement circonspect I il n'aurait pu seul remplir les intentions de son mattre. Pour le seconder, le Roi envoya le comte de Rottembourg, qui, en 1740, avait passé du service de France au service de Prusse. En relation de parenté avec les plus illustres maisons de la cour, le comte était à même de tout bien voir, et de transmettre à Berlin les secrets de Louis XV, de ses ministres, de ses maîtresses.

Jamais mission ne réussit mieux. Bientôt le roi de Prusse eut attaché à sa cause, par des liens intimes, la France, l'Empereur, Télecteur palatin, le roi de Suède, comme landgrave de Hesse-Cassel. Ce traité, connn sous le nom de Traité d'union confédérale, fut signé à Francfort, le 22 mai. Les princes alliés s'y engageaient à employer tous leurs efforts pour arracher à la cour de Vienne la reconnaissance de Charles VII, comme chef de l'Empire, et la restitution de ses États héréditaires. Par un article séparé, le roi de Prusse, qui se chargeait de conquérir la Bohême au profit de Charles VU, s'en réservait les trois cercles les plus voisins de la Silésie.

Mais, tandis qu'à ses yeux l'unique moyen de n'avoir rien à craindre, cétait de se montrer plus redoutable que jamais, ses ministres au contraire s'efforvaient de le ramener à des dispositions pacifiques. (c Votre Majesté est bien, lui disaient-ils; |K)urquoi chauffer de position? Pour éviter la guerre, convient-

DE FRÉDÉlilC II. 505

il de preûdre les armes ? Il est dés nuages que le temps i744 seul peut dissiper. Par une démarche trop hardie, vous exposez votre noblesse, vos 'sujets, votre personne à des périls incalculables. »

De tels conseils n'étaient pas de nature à ébranler rame de Frédéric*. Tandis qu'au milieu des danses et des fêtes, la cour célèbre le mariage de la princesse Ulrique avec Adolphe-Frédéric, prince royal de Suède, le Roi prépare tout pour la campagne qui va s'ouvrir.

Cependant, le prince Charles, forçant le maréchal de Coigny, qui garde le Rhin, à se retirer sous Weissembourg dans les lignes de la Loutre, était entré en Alsace. Frédéric écrit aussitôt à Ix)uis XV la lettre suivante :

(( Monsieur mon frère,

ce J'apprends que le prince Charles a pénétré en Alsace. Ceci me suffit pour déterminer mes opérations. Je serai en marche, à la tête de mon armée, le 15 d'août, et, devant Prague, à la fm du même mois. Je passe sur bien des considérations, et je m'engage peut-être dans un pas assez périlleux. Mais je veux donner à Votre Majesté des preuves de mon amitié pour Elle. Je regarde dès ce moment ses intérêts comme les miens, persuadé ^u'Elle en agira de même avec moi, et surtout qu'aucune considération particulière ne pourra Fobliger à m'abandonner, dans une

< Pour nroir une idée exacte des motifs qui armèrent le Roi, et des objections de ses ministres, voyex pièces justificatives (N), le Mémair$ qu'il leur ndrossa, écrit eu cnlier de sa mniu.

504 IIISTOIRK

1744 gucn^e que j'entreprends en grande i^artie pour se» intérêts et pour sa gloire.

« Dans la situation où je me ti*ouve, je dois plus que jamais parler franchement à Votre Majesté, nos intérêts étant plus liés et plus indissolubles que jamais. Elle sent assurément que tout notre système est fondé sur trois grands coups qu*il faut fiupper pour ainsi dire en même temps, dont le premier est l'invasion de la Bohême et de la Moravie; le second, la marche des troupes impériales et françaises le long du Danube en Bavière; et le troisième, que je regarde comme l'article principal, est l'envoi d'un corps de troupes dans le pays de Hanovre. Je compte sûrement sur ces deux derniers points; sans quoi, je l'avertis d'avance que toute notre besogne est perdue.

« Je dois représenter encore à Votre Majesté que du choix qu'Elle fera de ses généraux dépendra, en grande partie, le succès de ses entreprises. Tous nos alliés sont prévenus en faveur du maréchal de Belle-Isle, et c'est un grand point pour concilier les esprits : s'il i-ccevait le commandement de l'armée, et qu'on lui fournit u temps ce dont il peut avoir besoin, je suis persuadé que le service de Votre Majesté en irait mieux. Et, si le maréchal de Saxe, ou quelqu'un de bien déterminé, était chargé de l'expédition de Westphalie, cela n'en irait que plus rondement. Je demande pardon à Votre Majesté de la liberté avec laquelle je lui parle; mais je l'assure que, si j'étais payé pour être assis dans son conseil, je ne m'exprimerais pas autremont. Cnr, pour dire vrai, il vous faut, à la trto do vos

armëes, des généraux capables de soutenir la discipline tUA h la rigueur, et Votre Majesté ne trouvçra pas, hors le maréchal de Noailles^, des sujets plus propres pour remplir cet objet que ceux que je viens de lui proposer.

(( Je dois ajouter encore que la plus grande partie des succès que ses troupes ont eus en Bavière sont venus de ce que Ton voulait agir défensivement sur les frontières d'un pays ennemi : cela engage toujours celui qui se réduit à la défensive d*étre attentif à trop d'objets^ et laisse le champ libre à son ennemi de former les projets les plus audacieux et de les exécuter. Il vaut toujours mieux agir offensivement, quand même Ton est inférieur en nombre : souvent la témérité étonne Tennemi, et donne lieu à remporter des avantages sur lui. C'est ainsi que le grand Coudé, M. de Turenne, M. de Luxembourg et M. de Catinat ont agi ; et, c'est en agissant pour la plupart du temps ofTensivement, qu'ils ont acquis cette gloire immortelle aux ti'oupes françaises, et pour eux une réputation audessus du temps et de l'envie. 11 ne dépendra que de Votre Majesté de remettre les choses sur le même pied. Elle nous a donné des échantillons de ce que peut un prince éclairé et sage à la tête de ses troupes. Qu'ElIe ordonne à ses généraux de battre partout ses ennemis, et ses ennemis seront battus. Mais il me semble que je m'émancipe trop, et que j'entre dans un détail du- (fuel Votre Majesté me donne des leçons. J'espère qu'Elle excusera mes libertés en faveur de la pureté (le mes intentions, et qu'Elle ne doutera point, après I. io

5Uti IIMTOIIIK

i744 les preuves que je vais lui <tc>uner, de rattachement avec lequel je suis ,

Monsieur mon frère ,

De Votre Majesté

Le bon frère et allié ,

Fédéric. »

13 Juillet 1744.

Uu mois après, il communique aux ministres étran* gers résidant à Berlin un manifeste énergique où sont exposés les motifs de sa conduite, la nécessité d*apaiser les troubles de l'Empire, d'y rétablir Tordre, la paix et les lois : il y reproche à la reine de Hongrie les cruautés de ses troupes dans les provinces héréditaires de TEmpereur, et toute sa conduite envers cet infortuné prince; il l'accuse hautement de vouloir détruire la liberté germanique, et de travailler, sans relâche, à l'exécution du plan suivi depuis plus d'un siècle par la Maison d'Autriche |)Our l'entier asservissement des princes de TEnipire. A l'appui de ces assertions, Frédéric rappelle la conduite du cabinet de Vienne dans ces deux dernières années, et, après avoir mentionné quelques griefs d'une moindre im|K)rtance, il termine , en déclarant ne rien demander pour lui-même, et qu'en prenant les armes son seul but est la lil>erté de l'Allemagne, la dignité de l'Empereur, le repos de rEui'0[)e.

Tn>is jours après, fidèle h sa parole envers la France,

DR PRÉDÉtllC 11. 307

impatient, selon sa coutume, de prévenir Fennemi, nw le Roi part de Berlin, partage son armée, forte de soixante-dix mille hommes, en trois colonnes, et pénètre en Bohême par la Saxe, tandis que le prince Lédpold de Dessau y entre par la Lusace, et Schwerin par la Silésie. Le 2 septembre, ràrnoféé, réunie devant Prague, Tinvestit ^ Le 10, la tranchée est ouverte; le 12, uù boulet de Canon tue le margrave Guillaume ; le 16, le général Harsch, commandant de la place, se rend prisonnier de gueiTC avec une armée de dix-huit mille homtnes. De là les Prussiens se répandent dans toute la Bohême.

Cette invasion du roi de Prusse sauva TAlsace à la France; car Louis XV» qui accourait des Pays-Bas pour forcer le prince Charles à repasser le Rhin, était tombé gravement malade à Metz.

Le brigadier Du Mesnil avait été envoyé par le maréchal de Noailles au camp de Prague. « Je suis bien aise, lui dit Frédéric, de remplacer les Suédois qui étaient autrefois les alliés favoris de la France; à présent^ c'est un corps sans âme : pour moi, j'en ai une, et Ton en sera content. »

L'étonnement de Du Mesnil fut au comble, en jugeant par lui-même de toutes les particularités que savait le roi de Prusse sur Louis XV, sur la cour de Versailles, sur les ministres, sur Du Mesnil.

Le début était brillant , mais Frédéric commit une faute grave en ne plaçant que peu de troupes dans

1 Grimoard, Tableau de la vie et du règne de Frédérie le Grand,

S08 UISTOliK

r i4 Prague ; ce lut plulAt , il est vrai , celle de ses allida que la sicDoe propre. Son premier plan de traveratt la Bérauu, de chasser rAutricliieu Bathyaui de la Bohême, de s'emparer de Pilsen et du vaste magasin qu*on y formait iiour Tarmëe du prince de Lomuiie, puis de pousser jusqu'aux gorges de Com et de Fort qui ouvraient les chemins de la Bohême aux Autrichiens du côte du Uaut-Falatinat ; ce plan , comme il le sentit trop tard , était fort sage. Malheureusement il y renonça, cédant aux instances du maréchal de Bclle-Isle, qui demandait que les Prussiens se portassent du cAté de Tabor, de Budweis, de Neuham, afm d'étahlir une communication avec la Bavière, et d'inquiéter le prince de Lorraine aa sujet de T Autriche. Le Koi craignait aussi que, 8*il tenait son armée clouée à Prague , ou ne TaccusAt de ne songer ({u'ù la conquête des trois cercles promis. Cette condescendance lui coûta hientùt sa nouvelle conquête.

Cefiendant, entraînée de nouveau au hord de Tatilme, Marie-Thérèse, à force d énergie, allait se relever, lieux précieux alliés lui venaient aussi en aide : Tapathie de ses ennemis, la divergence de leurs intérêts. F'our couvrir momentanément l'Autriche et la Moravie, elle rassemhia, en toute hdte, un corps de troupes : à sa voix, quarante-cinq mille Hongrois se lèvent.

La molle conduite des maréchaux de Noailles et de (>*igny a laissé paisihlement regagner la rive droite lin Hiiin aux .\ulnrhiens, qui aussitôt marchent sur lu linhr-me; Krédérir y n*sle ex|M»sé seul à toutes leurs

DK PRÉDÉRIG II. 509

forces. Le comte de Bathyani avait ameuë , d'Autriche 1744 en Bobôme /vingt-cinq mille honlmes; Heu remet le commandement au maréchal de Traun : celui-ci enlève plusieurs quartiers aux Prussiens. Quoique renforcé de vingt mille Hongrois, conduits par le comte de Palfi, lé prudent Traun évite uue bataille. Bientôt le prince Charles dé Lorraine, arrivant d^Âlsace, à la tête de trente mille hommes , est joint par vingt-quatre hiiîle Saxons, aux ordres du duc de Saxe-Weîssenfels; car, jetant lé masque, Brulh venait d'embrasser la cause de TÂutriche *. Frédéric, qui criaint d'être écrasé par des forces aussi supérieures, ou battu en détail, a vainement essayé d'engager une bataille décisive. Il se retire en Silésie, abandonne plusieurs garnisons, et laisse dans Prague onze mille hommes environ, commandes parle lieutenant-général Èinsiedel, avec ordre de faire sauteries ouvrages du Wischerai*d et de Saint-Laurent, de faire crever les carions de la grosse artillerie, d'en brûler les affûts, et de jeter dans l'eau les fusils dont la garnison de la Reine avait été armée.

Croyant toujours que ce premier ordre serait révoque, Einsiedel en suspendit l'exécution jusqu'au moment de son départ ; mais il n'était plus temps. Enfin , sur le point d'évacuer la ville, il rassembla tout ce qu'on put trouver de chevaux pour amener avec lui quarantedeux pièces de campagne autrichiennes, à la place du

* t Le marteau d*or des Anglais avait ouvert les portes de fer dos SaxoDs, que Tintérét d'un moment aveuglait sur un intérêt plus durable. » (Frédéric, Uistuire de mon temits^ lome 11.)

308 HI8T01IIK

iu\ Prague ; ce Ait plutAt» il est vrai, celle de ses allids que la sienne propre. Son premier plan de traverser la Bé^ rauuy do chasser T Autrichien Bathyani de la Bohême, de s'emparer de Pilsen et du vaste magasin qu'on y formait |)Our Tarmëe du prince de Lorraine, puis de pous* ser jusqu'aux gorges de Com et do Fort qui ouvraient les chemins de la Bohême aux Autrichiens du cûtë du Uaut-Palatinat ; ce plan, comme il le sentit trop tard, était fort sage. Malheureusement il y renonça, cédant aux instances du maréchal de Belle-Isle, qui demandait que les Prussiens se portassent du câté de Tabor, de Budweis, de Neuham, afin d'étahlir une communication avec la Bavière, et d'inquiéter le prince de Lorraine au sujet de l'Autriche. Le Roi craignait aussi que, s'il tenait son armée clouée à Prague , on ne l'accusât de ne songer qu*à la conquête des trois cercles promis. Cette condescendance lui coûta bientôt sa nouvelle conquête.

Cependant, entraînée de nouveau au bord de l'abtme, Marie-Thérèse, à force d'énergie, allait se relever. Deux précieux alliés lui venaient aussi en aide : Tapathie de ses ennemis, la divergence de leurs intéi*êts. Pour couvrir momentanément l'Autriche et la Moravie, elle rassembla, en toute hâte, un corps de troupes : à sa voix , quarante-cinq mille Hongrois se lèvent.

La molle conduite des maréchaux de Noailles et de Coigny a laissé paisiblement regagner la rive droite du Rhin aux Autrichiens, qui aussitôt marchent sur la Boliênio; Frédéric y n*stc exposé seul à toutes leurs

DK PnÉDÉRIG II. 509

forces. Le comte de Bathyaui avait ameuë , d'Autriche 1744 en Bobôme , vingt-cinq mille hohimes ; il en remet le commandement au maréchal de Traun : celui-ci enlève plusieurs quartiers aux Prussiens. Quoique renforcé de vingt mille Hongrois, conduits par le comte de Palfi, lé prudent Traun évite une bataille. Bientôt le prince Charles de Lorraine, arrivant d^Àlsace, à la tête de trente mille hommes , est joint par vingt-quatre hiille Saxons, aux ordres du duc de Saxe-Weissenfels; car, jetant lé masque, Brulh venait d'embrasser la cause de TÂutriche *. Frédéric, qui criaint d'être écrasé par des forces aussi supérieures , ou battu en détail , a vainement essayé d'engager une bataille décisive. Il se retire en Silésie, abandonne plusieurs garnisons, et laisse dans Prague onze mille hommes environ, commandes par le lieutenant-général Èinsiedel, avec ordre de faire sauteries ouvrages du Wischerai*d et de Saint-Laurent, de faire crever les carions de la grosse artillerie, d'en brûler les affûts, et de jeter dans l'eau les fusils dont la garnison de la Reine avait été armée.

Croyant toujours que ce premier ordre serait révoque, Einsiedel en suspendit l'exécution jusqu'au moment de son départ ; mais il n'était plus temps. Enfin , sur le point d'évacuer la ville, il rassembla tout ce qu'on put trouver de chevaux pour amener avec lui quarantedeux pièces de campagne autrichiennes, à la place du

* t Le marteau d*or des Anglais avait ouvert les portes de fer dos SaxoDS, que rintérét d'un moment aveuglait sur un intérêt plus durable. » (Frédéric, Uistuire de inon (fm//5, lome 11.)

j5|0 HISTOIRE

nu gros canon qu'il fallait abandonner; et, dans la nuit du 25 au 26 novembre, il sortit de Prague. La gamisoD prussienne défilait encore par la porte Saint-Charles, que déjà quatre cents Pandours s'étaient introduits, d un autre câté , dans la place.

Ëinsiedel ayant passé l'Elbe à Buntzlau , se dirigea, par Leypa et Reichstadt, sur Friedland. Arrivé à Reicheinberg, et, sans doute trompé par ses guides, il tourna à gauche, et rencontra dans les montagnes, sur les frontières de la Lusace, un corps saxon commandé par le général Arping, qui le resseira d'un côté, tandis que, de l'autre, le chevalier de Saxe, qui l'avait poursuivi avec la meilleure partie de l'armée du duc de Weissenfels, l'enveloppait. Ëinsiedel se posta fièrement près de llowald, dans un teiTain étroit où ses troupes tinrent ferme sous les armes et dans la neige jusqu'aux genoux, depuis le 11 jusqu'au 13 décembre. Enfin, le lieutenant-général comte de Nassau vint le dégager, à la tête de douze mille hommes. Gagnant alors promptement Friedland, Ëinsiedel atteignit les frontières de Silésie avec cinq ou six mille hommes : le reste était mort de faim ou avait déserté *.

Telle fut l'issue de cette campagne de Silésie, si brillante à son début, et dont tout l'honneur resta au maréchal de Traun. Frédéric citait sa conduite comme un modèle de perfection. « Quant au Roi, aucun gé-

* Fréiléric, Histoire de mon temps^ touie Ili^GrUnoArd, Tableau de la vie et du règne de Frédéric le Graïui ; ^Joiiiini, TVoil^ dee grandeê opérations militaires.

DE PRÉDÉRIG II. 6/14

néràl, dit-il en parlant de lui-môme avec une admirable modestie, ne commit plus de fautes dans cette campagne. » Il la regardait comme son école, et M. de Traun comme son mattre. . ,

La guerre offre aussi en Bohême plus de difficultés qu'ailleurs, la chaîne de montagnes, dont ce pays est environné, en rendant Feutrée et la sortie également dangereuses. Pour les Prussiens, ces difficultés, ces périls s'aggravaieat encore de tout le dévouement que la haute noblesse, le clergé, les baillis portaient à la Maison d'Autriche. Dans les campagnes, une population exaltée se levait en masse, avec fureur, contre ces ennemis de religion différente, ou, à leur approche, s'enfonçait dans des forêts immenses, cachant le blé au sein de la terre, emmenant avec elle, égorgeant ses troupeaux. Marie-Thér^, pour alimenter cet attachement sauvage, promettait de réparer tous les dégâts, d'indemniser de toutes les pertes. Au reste, Traun, par ses savantes manœuvres, n'avait pas mieux servi l'Autriche que les généraux de France par leur impéritib.

Fière d'une campagne si malheureuse pour les Prussiens, déjà la reine de Hoqgrie espère ,recouvrer les deux Silésies. Ses troupes envahissent la Haute; mais, chassées par le prince Léopold de Dessau, bientôt elles rentrent en Bohême.

Tandis que des alternatives de bonne et de mauvaise fortune compliquaient, chaque jour davantage, la grande question qui agitait l'Allemagne, les prétentions de l'Espagne déchiraient l'Italie avec non moinn

512 mmtmmt

de ^kAeuet; YEumfe offrait ï^s^eci d'un Taste champ de bataille.

Rentrée en Barière, ious les ordres de Seckendorf, Vurtuée irn|Mîrialc avait reconquis tout cet électoral, sauf f'assau et Scharding. Charles MI retourna à Munich. Mais sf}n perfide général prit de tels quartiers d'hiver qu'une fiortion considérable de ses troupes fut fKiussée jusque dans le pays de Salzbourg, alors que la partie princi[iale du cours de l'Inn était au pouvoir des Autrichiens : c'était donner à l'ennemi les moyens de passer i;ette rivière en force, de couper les Bavarois, de les battre partiellement, sans leur laisser le temps do se rass^^mbler. D^s la campagne suivante, il en arriva ainsi.

Vainement rKm]>ereur i-eçut de fidèles avis : il u*en tint <*^mpte, attendant l'arrivée à Munich du maréchal de Hcllc-lsle pour les discuter ensemble, et savoir enfin h! Seckendorlf était un traître ou un ignorant*.

De Munich, Bclle-Isie devait se rendre à Berlin. Frédéric désirait concerter avec lui un plan capable de réparer Ich fautes récentes. Muni des pleins pouvoirs <lu roi de France et de l'Empereur, le mai*échal, venant dn ("asscl par l'Kichsfeld', voyageait, sans défiance, av<*c Hoii frère et toute sa suite*, lorsqu'il fut an*âté,

* hiémuirtt (le Vulori» loine I.

* r.i* (rrriloirts appartenant alors à l'élevleur de llayence, est situé riilrr la ThiirinKe, la lIcMe et le pays de Brunswick.

' \a snile iMiinhrouse du iiiarécliul, c4)ni|K>s<^e de vingt-cinq |ier- MiiMieii» lit M>ii|>^MHiner qu'il > a\ait |»«iriui elles dn» ingénieurs ou ufli- (101 s di^guisi^H» rliarirés de reconnallre la roule, et d'examiner si elle

DE FnKDKlUG II. 345

le 20 décembre! par uu bailli et des dragons bano* tiuvriensy dans un bourg frontière appelé Elbingerode. Vainement, afin de suppléer aux passeports qui lui manquaient, le maréchal objecta son double caractère d^ambassadeur français et de prince de l'Empire : Georges voyait en lui Tauteur de la guêtre d'Allema'^ gue, rhomme qui l'avait contraint de donner sa voix à l'empereur Charles VI!, et d'accepter, en 1741, la neutralité, tandis que le maréchal de Maillebois menaçait Télectorat d'Hanovre : c'était h ses yeux Un ennemi personnel, comme il le dit plus tard au baron de Haslaug, ministre de TEmpereur près la cour de Londres. Il saisit donc, avec empressement, cette occasion de vengeance. Considérés comme prisonniers d'État, les deux frères furent conduits en Angleterre, où le château de Windsor devint leur résidence. Au reste, Taccueil le plus distingué les y attendait. Ils ne recouvrèrent leur liberté qu'après la journée de Fontenoy.

Trop faible pour venger cet affront, Charles VII le dévora en silence.

Un seul évéuement pouvait empirer l'état des choses; cet événement eut lieu à Munich, le 20 janvier 174S, quand mourut le malheureux Charles VII, empereur de nom, chassé deux fois de sa capitale, deux fois dépouillé de ses États, et non moins tourmenté par les

oiïrail un passage commode H l'armée. On trou?aitélrange que, s'écarlanl de la grande roule de Casscl à Berlin, M. de Belle-Isie eût préféré un cliemin de traverse dans les monUignesdu HarU. (Charles de Marlens, Causes célèbres du droit des gcnsy lomc I.)

54 4 HiSTOlRB

I74& sôufirances du corps ipie par )es peines de TAine. La chagrin y que lui causa la défaite des Fr^pçais et des Bavarois à Renneck, hâta sa fin. Tous ses organes étaient dans un état de dissolutiop : on trouva ses poumons, son foie et son estomac gangrenés, des pierres dans ses reins, un polype au cœur. Ce prince, estimable à plus d'un titre, mais qui poussa la bienfaisance jusqu'à la prodigalité, et dont le caractère n'était point à la hauteur de sa fortune, eOt mérité sans doute un meilleur sort; son élévation même causa sa chute; il périt écrasé sous la couronne impériale.

Durant son apparition sur le trône, cet empereur éphémère n'avait pas même possédé une province : lors de ses funérailles, on porta devant lui le globe du monde; dans quelques rescrits, son nom fut chargé du titre d'invincible, et tout le magniflque cérémonial établi par Charles-Quint vint contraster avec les misères d'une vie qui n'avait trouvé de repos qu'en s'éteignant.

Dès lors, tout changea de face en Allemagne; la ligue de Francfort fut (lissoute. En effet, le nom de l'Ëmiiereur avait légitimé l'association des princes armés pour sa défense, et toute leur conduite s'était conformée aux lois de l'Empire. Mais, ce prince mort, que devenait l'objet de leur union? Où était le but commun? l'identité dlntéréts ne les attachait plus aux intérêts de la Prusse.

Pour la reine de Hongrie, toujours impatiente de rendre à sa famille la couronne impériale, elle puisait une confiance nouvelle dans cette désunion, et dans l'Age même du jeune électeur de Bavière, qui, selon les

règlements de la Bulle d'or, n'était point encore éli- lîis gible-

D'autres circonstances paraissaient aussi devoir faire pencher la balance en sa faveur : d'abord, l'Âilgleterre tenait à ses gages le, tiers des électeurs; de plus, l'électeur de Mayence^ qui exerçait sur les délibérations de l'Empire beaucoup d'influence, était dévoué à la reine de Hongrie. Du côté de la Saxe» nulle prétention à craindre, l'Électeur semblant exclu d'avance, puisque le trône impérial était regardé cornme incompatible avec celui de Pologne* Tout souriait donc au grand-duc de Toscane, époux de Marie-Thér^e«

Tels n'étaient cependant point les projets du cabinet de Versailles, toujours jaloux d'imposer un empereur à l'Allemagne. Contre toute attente, son choix tomba sur Auguste III, prince enrichi, sur le trône de Pologne, des dépouilles de Stanislas, beau-père de Louis XV, traité naguère d'usurpateur, et récemment infidèle à ses engagements envers la France.

* M. d'Argenson, qui avgit déclaré qu'on emploierait jusqu'au dernier soldat pour empocher l'époux de Marie- Thérèse d'être élu, espérait brouiller ainsi ce prince avec la reine de HongriCi et ne rencontrer d'obstacles à Texécution de ce dessein que de la part du roi de Prusse. Frédéric, en effet, avait plus d'un grief contre Auguste, qui, en diverses occasions, s'était plu à pro-» voquerson ressentiment. Voilà le candidat à Télection duquel la France lui proposait de concourir, donnant ainsi l'exclusion au Grand-Puc; comme si elle avait le droit de contraindre les suffrages du corps germa-

54 4 IliSTOIRB

I74& souffrances du corps que par )es peines de Tâme. La chagrin y que lui causa la défaite des Fr^pçais et des Bavarois à Renneck, hâta sa fin. Tous ses organes étaient dans un état de dissolutiop : on trouva ses poumons, son foie et son estomac gangrenéSi des pierres dans ses reins, un polype au cœur. Ce prince, estimable à plus d'un titre, mais qui poussa la bienfaisance jusqu'à la prodigalité, et dont le caractère n'était point à la hauteur de sa fortune, eOt mérité sans doute un meilleur sort; son élévation mémo causa sa chute; il périt écrasé sous la couronne impériale.

Durant son apparition sur le trône, cet empereur éphémère n'avait pas même possédé une province : lors de ses funérailles, on porta devant lui le globe du monde; dans quelques rescrits, son nom fut chargé du titre d^invineibUf et tout le magnifique cérémonial établi par Charles-Quint vint contraster avec les misères d'une vie qui n'avait trouvé de repos qu'en s*éteignant.

Dès lors, tout changea de face en Allemagne; la ligue de Fi*ancfort fut (|i$soute. En effet, le nom de l'Ëmiiereur avait légitimé l'association des princes armés pour sa défense, et toute leur conduite s'était conformée aux lois de rËmpii*e. Mais, ce prince mort, que devenait l'objet de leur union? Où était le but commun? l'identité d*intéréts ne les attachait plus aux intérêts de la Prusse.

Pour la reine de Hongrie, toujoui*s impatiente de rendre à sa famille la couronne impériale, elle puisait une confiance nouvelle dans cette désunion, et dans l'Age même du jeune électeur de Bavière, qui, selon les

DE PRÉDÉRIG II. 645

règlements de la Bulle d'or, n'était point encore éli- lîis gible.

D'autres circonstances paraissaient aussi devoir faire pencher la balance en sa faveur : d'abord^ TAiigleterre tenait à ses gages le^tiers des électeurs; de plus, l'électeur de Mayence^ qui exerçait sur les délibérations de l'Empire beaucoup d'influence^ était dévoué à la reine de Hongrie. Du côté de la SaxCt nulle prétention à craindre, l'Électeur semblant exclu d'avance, puisque le trône impérial était regardé comme incompatible avec celui de Pologne. Tout souriait donc au grand-duc de Toscane, époux de Marie-Thérj^e«

Tels n'étaient cependant point les projets du cabinet de YersailleSf toujours jaloux d'imposer un empereur à l'Alleinagne. Contre \ouXe attçnte, son choix tomba sur Auguste III, prince enrichi, sur le trône de Pologne, des dépouilles de Stanislas, beau-père d^ Louis XV, traité naguère d'usurpateur, et récemment infidèle à ses engagements envers la France.

" M. d'Argenson, qui avfiit déclaré qu'on emploierait jusqu'au dernier soldat pour empêcher l'époux de Marie- Thérèse d*ôtre élu, espérait brouiller aiqsi ce prince avec la reine de Hongrie, et ne rencontrer d'obstacles à Texécution de ce dessein que de la part du roi de Prusse. Frédéric, en effet, avait plus d'un grief contre Auguste, qui, en diverses occasions, s'était plu à pro-* voquerson ressentiment. Voilà le candidat à Télection duquel la France lui proposait de concourir, donnant ainsi l'exclusion au Grand-Puc; comme si elle avait le droit de contraindre les suffrages du corps germa-

5 i 6 IIISTOiRB

lîis iiique^ comme si partout elle avait les moyens d*y parvenir.

Dans cette délicate conjoncture, Frédéric évita prudemment tout éclat nuisible à ses intérêts ; le plan de la France devait amener une rupture entre Auguste et Marie-Thérèse : il l'accueillit.

Prévoyant toutefois que le Gi*and-Duc deviendrait empereur, que l'armée des alliés ne serait point heureuse en Bavière, et que la campagne de Flandre absorberait toute l'attention des Français, il voulut se ménager un solide appui : des négociations furent donc entamées avec l'Angleterre. Le changement de nn'nistère lui donnait quelque espérance de succès. Georges s'était vu forcé dé sacrifier à l'opinion publique son ministre Cartei-et, que le traité de Wornis avait entièrement dépopularisé.

Toutefois, comme ce prince voulait continuer la guerre, les démarches pacifiques du roi de Prusse restaient sans effet, bien qu'il eût attaché les nouveaux ministres à ses intérêts. Aussi Frédéric, sans interrompre ses négociations, se tenait-il prêt pour la campagne prochaine. On tira six millions du trésor, et les États avancèrent, à titre d'emprunt, quinze cent mille écus. De gros magasins furent formés en Silésie; jamais les ti*oupes prussiennes n'avaient été mieux équipées; la cavalerie était au grand complet, Tartillerie pourvue d'un matériel considérable, toute l'armée pleine d'ardeur.

Frédéric sut toujours faire marcher de front la politique et la guerre.

Dëj& le Roi avait quitté Berlin^ et se rendait en Silé^ n46 sie, lorsqu'il reçut Tëtrauge nouvelle d'un traite de paix entre la reine de Hongrie, et le jeune électeur de Bavière, signé, le 22 avril, à Fuessen dans Tévéché d'Augsbpurg, sur les frontières duTyroL Forcé, comme son père et son grand-père, de quitter sa capitale^ menace de toutes parts, Maximilien-Joseph renonçait, pour lui et sa postérité , à toutes prétentions sur les États de la Maison d'Autriche^

En même temps, le landgrave de Hesse retirait ses troupes, et Télecteur palatin invoquait la neutralité, sa dernière re^ssource.

Ainsi fut consommée Tentière dissolution de la ligue de Francfoi-t; ainsi se vérifièrent les trop justes soupçons qui, depuis quelque temps, planaient sur Seckendorf. La voix publique Faccusa de s*étre vendu à l'Autriche. Frédéric lui reproche même d'avoir supposé des lettres, et produit de fausses pièces, ' pour arracher au jeune électeur la signature tant dé-^

sirée *.

Plus qu'aucune autre puissance, le gouvernement français aurait eu droit de se plaindre *, si les difficultés de sa position n'eussent été son propre ouvrage.

* Frédéric, Histoire de mon tempe^ (orne U ; ^Mémoires de Valori, tome I.

* Ce n'était cependant pas, ainsi que l'appelle M. de Fla^san (Histoire de la diplomatie française)^ une honteuse défection. • Vnici, dit-il (lome V, p. 285), la cause, mais non l'excuse de celle Iionlciisc défcclion. L'Électeur atait été élevé par des gouverneurs qui, allacliés par inclination ou par intér(^.l k la cour de Vienne, disaient continuel-

518 HISTOtBB

1746 A ces graves embairas venaient se joindre les vices de l'administration intérieure, ce La situation du royaume est plus déplorable qu*elle ne Tétait, en 1704, après la bataille de Hochstett, disait le maréchal de Noailles , dans son Mémoire au Roi, le 29 avril 1745. 11 a fallu continuer la guerre depuis 1704 jusqu^en 1714, et Ton n'a pu la soutenir que par des moyens forcés. Depuis la paix , on n'a pris aucunes mesures pour diminuer le fardeau des dettes; on n'a eu aucune prévoyance pour se préparer des fonds en cas d'une guerre nouvelle.

(c La guerre présente a déjà coûté des sommes exorbitantes, dont une partie très -considérable a passé dans le pays étranger, et ne pourra de longtemps rentrer dans TÉtat. Enfin, Sire, on supporte encore aujourd'hui le poids de la dernière guerre; il s'est augmenté par la guerre actuelle; et, malheureusement, loin que l'on puisse espérer d*en voir bientôt la fin ,

Icment au jeune prince que les liaisons de son père avec la France lui aTaieul toujours été fatales, ainsi qu'à sou aïeul, et qu'il lui en coûterait ses Êlats; qu'au contraire, la Maison d'Autriche arait érigé la Bavière en Ëlectorat, et avait accru son territoire; et qu'enfln les princes étaient toiyours en sûreté à l'abri de son alliance, b

Pourquoi ne pas reconnaître que la plupart de ces observations étaient fondées ? L'exemple seul de son père eût été, à défaut d'autres, une assez terrible letton pour le jeune électeur, qui sentait que le re- |)os de toute une vie payerait trop cher quelques lambeaux du minlean imp^'rial.

Oue le ministère français ait vu avec humeur lui échapper l'instrument sur la docilité duquel il avait compté, on le conçoit; mais l'bisloire devrait être moins prodigue de ce grand mol de défteiicn^ qui fmit par ne plus exprimer que le désappointement d'un calcul.

DE FRÉbÉRIG II. 51 ^

elle né fait, en quelqtié mûniètë^ (}ue cortittien6ef pai* itu rapport à la France. »

Ce désordre était peu de cbosé encore, si on le compare aux scandaleuses prodigaliiéâ (fui souillèrent la fin de ce règne.

Mais, ciomme à d'autres époques dé lliistoire de France, l'épée des généraux effaça, pour un tnomettt, les taches dé la politi({ue ; bientôt, la gloire de Fontenoy devait couvrir d'un voile brillant des plaies honteuses. C'est alors en eâet que le maréchal de Sale, qui, selon la belle expres&ion de Frédéric, semblait s'être arraché des bras dé la mort poul* vaincre les eanémis de la France, vengeait, en Sandre, sa patrie adoptivé ^i

* Lettre du roi de Prusse au maréehàt de Saxe.

De CbirioitaiiibOQrg, I DOTembre I74«.

t Monsieur lo maréchal, la lettre que tous me faites le plaisir de m*écrire m'a été très-agréable; je crois qu'elle peut servir d'instruction pour tout homme qui se charge de la conduite d'une armée.

t Vous donnez des préceptes que ?ous soutenez par tos exemples, et je puis vous assurer que je n'ai pas été des derniers à applaudir aux manœuvres que vous avez faites.

« Dans les premiers bouillons de la jeunesse , lorsqu'on ne suit que la vivacité d'une imagination qui n'est pas réglée par l'expérience, on sacrifie tout aux actions brillantes et aux choses singulières qui ont de l'éclat. A vingt ans, Boileau estimait Voiture ; à trente, il lui préférait Horace.

« Dans les premières années que j'ai pris le commandement de mes troupes, j'étais pour les pointes; mais tant d'événements que j'ai vus arriver, et auxquels j'ai eu ma part, m'en ont désabusé. Ce sont les pointes qui m'ont fait manquer ma campagne de 1744; et c'est pour avoir mal assuré la position de leurs quartiers, que les Français et les Espagnols ont enfln été réduits à abandonner l'Italie.

• J'ai suivi pas à pas votre campagne de Flandre, et, sans que j'aie

520 IIISTOIBE

le 11 mai, Louis XV triomphait aux plaines de Fontenoy» comme en Italie. Cette mémorable journée » où la victoire fut d'autant plus glorieuse qu'elle avait été plus disputée, ouvrit à Louis les portes de Tournay, et prépara la conquête des Pays-Bas. Gand, Oudenarde, Bruges, Dendermonde, Ostende furent bientôt au pou* voir des Français.

Le traité de Fuessen avait été précédé de la quadruple alliance \ conclue, à Varsovie, le 8 janvier, entre le roi d'Angleterre, Marie-Thérèse, l'électeur de Saxe et la Hollande; alliance qui devait fomenter la guen-e, quoique sou but apparent fût le rétablissement de la paix. Le roi de Pologne s'engageait à diriger trente

assez de présomption pour me fier à mon jugement, je crois que la critique la plus sévère ne peut y trouver prise.

c Le grand art de la guerre est de prévoir tous les événements, et le grand art du général est d'ayoir préparé d'avance toutes les ressources, pour n'être point embarrassé de son parti, lorsque le moment décisif d'en prendre est venu. Plus les trou|)es sont bonnes, bien composées et bien disciplinées, moins il y a d'art à les conduire; et, comme c'est h surmonter les difficultés que s'acquiert la gloire, il est sûr que celui qui en a le plus à vaincre doit avoir aussi une plus grande part k rhonncur. On fera toujours de Fabius un Annibal ; mais je ne crois pas qu'un Annibal soit capable de suivre la conduite d'un Fabius.

c Je vous félicite de tout mon cœur sur la belle campagne que vous venez de finir. Je ne doute pas que le succès de votre campagne procbaine ne soit digne des deux précédentes. Vous préparez les événements avec trop de prudence, pour que les suites ne doivent pas y répondre. I.e chapitre des événements est vaste ; mais la prévoyance et riiabileté peuvent corriger la fortune.

« Je suis, avec bien de l'estime, votre aiTcctionné ami,

Fédéric. »

• Korli, Ahréné th Vhistoire ilex *rnitin ilejtai.r, tonio H.

IIB FRÉDÉRIC II. 524

mille défenseur sur la Bohême; Georges^ à fournir nis annuellement cent mille livres sterling pour Tentretien de cette armée; et les États-Généraux, cinquante mille. De plus, si Tëlecteur de Saxe était attaqué, chacune des puissances alliées devait le soutenir de toutes ses forces ^ On eût dit que les négociateurs qui rédigèrent ce dernier article avaient prévu queb embarras il devait susciter à Frédéric.

Bientôt la Pologne et la Russie accédèrent à la quadruple alliance.

De la France seule, le cabinet de Berlin pouvait attendre quelques secours. Frédéric fit représenter à Versailles l'impossibilité où il se trouvait de soutenir longtemps une guerre, dont tout le fardeau pesait sur lui ; ce prince adjurait Louis XY de remplir ses traités à la lettre; réclamant, comme l'ennemi se préparait à faire une invasion dans ses États, l'assistance qu'il lui devait dans ce cas, ou une diversion réelle qui lui procurât du soulagement.

Le ministère français parut peu touché de ces représentations ; il les traita à la légère, voulant que la prise de quelques places en Flandre passât pour une diversion considérable.

Le Roi, s'adressant encore directement à Louis XY, lui exprima le peu de satisfaction que lui causait la froideur des ministres français, et combien sa situation devenait pénible; il croyait que ce prince lui devait quelque retour pour Tavoir secondé dans un moment

• Kocli, Abrégé de rhistoire dês traités tlepaim, tome II. I. «I

522 HisToias

1746 où les Autrichiens commençaieut à faire de^ progrès w Alsace; la bataille de FoDtenoy et la prise de Tournai étaient à la vérité des événements glorieux pour la personne du Roi, et avantageux à la France; mais, quant à Tintérût direct de la Prusse, une bataille gagnée aux bords du Scamandre ou la prise de Pékin eussent été des diversions égales. Le Roi ajouta que les Français occupaient à peine six n)ille Autrichiens en Flandre» et que, le péril où il se trouvait Tempôchant de se contenter de belles paroles, il réclamait instamment do plus solides i*ésultats.

La comparaison du Scamandre et de Pékin déplut à Louis; sou humeur perça dans sa réponse au roi de Prusse ; celui-ci se piqua à son tour du ton froid et hautain de cette réponse. Une telle alliance devait être courte *.

Entouré d'ennemis formidables, Frédéric ne pouvait encoi*e leur opposer les ressources lointaines que préparait sa prudence. La politique ne lui présentait que des abtmes; la guerre, que des hasards; les finances, qu'un épuisement de ressources presque total.

Mais tel était cet homme extraordinaire que , grandissant avec le danger, il semblait réserver toute son énergie morale pour ces moments de crise où tant do courages vont s'éteindre. Le célèbre lord Chesterfield, alors ministre d'Angleterre à La Haye , et très-favorable au monarque prussien, avait dit à Podewils, en-

* « Ce prélude coDfirmait la i!Our de Berlin dans l'opinion que le Grand -Duc deviendrait empereur, que Tarmée des alliés forait mal-

voyé de Berlin auprès des États-6énëi*aux : « Votre 1745 mattre ne réussira dans ses négociations qu'en les appuyant d'actes énergiques, d Un tel conseil allait bien à cette puissante nature t aussi la campagne prête à s'ouvrir sera-t-elle un enchaînement de victoires.

Les Autrichiens ont tenté une nouvelle irruption dans la Haute-Silésie. La trahison livre au général-major de Bucco la forteresse de Kosel^ et Wallis pénètre dans le comté de Glatz. Le prince Gharies et le duc de Saxe- Weissenfels/ ayant rassemblé, près de KonigsgratZi l'armée alliée forte de quatre-vingt-douze mille hommes, se mettent en mouvement; le prince d'Esterhazi, avec l'avant-garde, marché à Landshut, le 27 mai; le prince Gharies pénètre en Silésie jusqu'à Bolkenhain.

Frédéric avait rassemblé cinquante mille hommes près de Frankenstein ; le 29 mai , Tarmée prussienne alla occuper le cam^ de Reichenbach, d'où elle n'aVait qu'une petite marche jusqu'à Schweiduitz. Le l*' juin, elle passa cette foKei'esse ; les corps de Du Moulin et de Winterfeld firent son avant-garde, et occupèrent la hauteur de Strigau , en deçà de la rivière de Strigauer-Wasser. M. de Nassau, àVec son corps, garnit le Nonén-Busch, et l'armée campa entre Jauernick et Schweidnitz, de sorte qu'un terrain de deux milles, qui sépare Strigau de Schweidnitz, se trouvait occupé

heureuse eu Bavière, que les François n'auraient à cœur que leur campagne de Flandre, el que leurs alliés feraient sagement de penser k eux-mêmes. » (Frédéric, Histoire de mon temps, tome lî.)

1745 par une ligue presque contiuue de troupes prussiennes. Cette position permettait au Roi d'engager une bataille avec d'immenses avantages.

Le général Wallis, commandant Tavant-garde ennemie, et Nadasti parurent les premiers sur les hauteurs de Fribourg. Le prince Charles de Lorraine, qui avait pénétré en Silésie par Landshut , et, de là, poursuivi sa marche sur Reichenau, se transporta à Hohen-Hennersdorff. De ce camp, il pouvait descendre dans la plaine par quatre chemins, Fribourg, Hohen-Friedberg, Schwinahaus, Kauder.

Pour bien examiner la nature des lieux où il pourrait disposer son armée, Frédéric alla reconnaître ces environs en personne; trois jours furent employés à préparer les chemins; il fallait que rien n'arrêtât les troupes, et qu'elles pussent tomber sur l'ennemi, dès qu'il |MIrattrait dans la plaine. C'était ôter au hasard tout ce que la prudence lui pouvait dérober.

Le 2 juin, les généraux autrichiens et saxons tinrent un conseil de guerre sur une hauteur, près de Ilohen- Friedberg. Bien que, de ce lieu, la vue plongeât sur toute la plaine, ils n'aperçurent que de petits corps de l'armée prussienne; le gros était couvert par le Nonnen- Busch et par des ravins, derrière lesquels on s'était placii exprès pour dissimuler à l'ennemi les forces prussiennes, et le bien confirmer dans l'opinion que le pays où il entrait ne lui opposerait aucune résistance.

Le prince Charles résolut de prendre position, le lendemain, près du village de Langenœls. Wenzel-Wallis eut ordre de s'emparer en même temps du magasin de

Schweidnitz, avec son avant-garde^ et de poursuivre nis ensuite les Prussiens sur Breslau. Le duc de Weissenfels; avec ses Saxons, devait enlever Strigau, et de là se porter sur Glogau, pour en faire le siège. Trompé par un de ses propres espions, dupe lui-même d'une ruse de Frédéric, le prince Charles ne se doutait pas que soixante-dix mille hommes allaient déranger ses plans.

Chaque jour, Frédéric visitait ses postes avancés ; le 2 juin, il était depuis assez longtemps déjà sur une éminence devant le camp de Du Moulin, d*où Ton découvrait toute la campagne, les hauteurs de Furstenstein, et même un bout du camp autrichien près de Reichenau, lorsqu'il vit un énorme nuage de poussière, s'élevant des montagnes, descendre dans la plaine, et serpenter de Kauder à Fregebeutel et Ronstock. Bientôt la poussière, en tombant, laissa paraître l'armée autrichienne sortie des montagnes sur huit grandes colonnes. Sa droite, appuyée au rocher de Strigau, tirait de là vers Ronstock et HausdorfT; sa gauche, c'est-à-dire les Saxons, s'étendait jusqu'à Pilgramshain : dispositions bien entendues, si le roi de Prusse eût en effet opéré le mouvement qu'il avait faussement fait révéler au prince CharleSé

Aussitôt Du Moulin reçut ordre de lever le camp, à huit heures du soir, de passer le ruisseau de Strigau et de se poster sur le mont Topaze, devant la ville. A la même heure, l'armée se mit en mouvement, filant par la droite sur deux lignes, et dans le plus grand silence : il était môme défendu au soldat de fumer. Vers minuit,

i:is la tête des colonnes arrira près des ponts de Strigau,

où Fou attendit que tous les coqts fussent bien ensemble. Im 4 juin, à deux heures du matin, le Roi, ayant rassemblé ses principaux officiers, leur communiqua la dis|iosition du combat*.

Dès que chacun fut à son poste, l'armée s'ébranla. I^ tâte commençait à peine à passer le ruisseau, que Du Moulin fil avertir qu'ayant aperçu de Tinfanterie sur une éminence en face de lui, il avait rectifié sa position; qu'il venait de prendre par sa droite pour se former sur une hauteur opposée à l'autre, et pur laquelle il dél>ordait même la gauche de l'ennemi. Cette infanterie, c'étaient des Saxoiis chargés de prendre Strigau, et qui ne furent pas peu surpris de trouver les Prussiens devant eux. Frédéric se hûta d'établir, sur le mont Topaze, une batterie de six pièces de vingt-quatre : le désordre qu'elle [>orta dans les rangs ennemis fut d'un grand secours.

' ÏA voici : « L'année se meUra inceisammeQt en marche par b ilroilc, Kur deux lit^nus; elle imssera le Strigau; la cavalerie se meUra en Imiaille vis ii-vis lu ganclie de Tenncmi, du côté de Pilgramsliaio. Le corps de Du Moulin couvrira sa droite; la droite de rinfanieriess Torniera k la gauche de la cavalerie, vis-à-vis des taillis de Ronslock; la cavalerie de la gauche s'appuiera au ruisseau de SIrigau, bien en avant tle la ville de ce nom. l^s dix escadrons de dragons et vingt de huiiiiardii qui c^)ni posent la réserve se porteront derrière le rentre de la sccondti ligne, pour être employés où il sera besoin. Un régiment de hussards se formera, en troisième ligne, à chaque aile de cavaleria, pour en couvrir le (lanc ou pour servir à la poursuite. La cavalerie chargera ini|»étueu!>einent l'ennemi, l'épée à la main; elle ne fers IMiint de prisouniiTs dans la chaleur de l'acUon; elle portera ses coups au visage. Après avoir renversé et dispersé la cavalerie conUe laquelle

DE FRÉDÉRIC 11. 3l27

En effet; le duc (leWeissenfels, s*aYançant, avec toutes i7i& les forces saxonnes, pour soutenir l'avant-garde qui devait prendre Strigau, reçut cette canonnade. En même temps, Taile droite de la cavalerie prussienne se forma sous la batterie, les gardes du corps se liant à droite avec la division Du Moulin, et la gauche des escadrons appuyant aux bouquets dé bois de Ronstock. Aprèâ deux charges consécutives, les Prussiens culbutèrent la cavalerie saxonne qui s*enfuit à vau-^e-^route ; et les deux bataillons d'infanterie qui, au commencement dé l'action, s'étaient présentés devant Du Moulin, furent taillés en pièces par les gardes du corps.

Alors les grenadiers prussienSi avec le régiment d'Anhalt, attaquèrent Tinfanterie saxonne dans ces bouquets de bois, où elle commençait à se former» et, rayant poussée et délogée d*une digue où elle cherchait à se reformer, ils traversèrent Un étang pour attaquer la seconde ligne sur un terrain marécageux : ce combat, plus meurtrier que le premier^ ne fut pas plus long. Nouvelle fuite des taxons : vainement leurs généraux

elle aura choqué, elle retournera sur Tinfanterie enneikiié, et la prendra en flanc ou à dos» selon que l'occasion s'en présentera. L'infanterie prussienne marchera à grands pas à l'ennemi. Pour peu que les circonstances le permettent, elle fondra sur lui à la baïonnette; s'il faut charger, elle ne tirera qu*à cent cinquante pas. Si les généraux trouyeiit sut les ailes ou devant le front de l'ennemi quelques Tillages' qu'il n'ait pas garnis, ils les occuperont et les borderont extérieurement d'infanterie, pour s'en servir à le prendre en flanc ; mais ils ne placeront de troupes ni dans les maisons ni dans les jardins, pour que rien ne les gène et ne les empoche de poursuivre ceux qu'ils auront vaincus. »

174& rallient quelques bataillons, en forme de triangle, sur une hauteur, pour couvrir leur retraite; la cavalerie prussienne de la droite, déjà victorieuse, se présente sur leur flanc, en même temps que Tinfanterie débouche du bois pour les assaillir. Kalckstein, arrivant avec quelques troupes de la seconde ligne, déborde de beau* coup les Saxons, qui, sans attendre Tattaque, s'enfuient. Tout le corps saxon était donc battu avant que la gauche de Tarmée fût entièrement formée.

On n'avait pas manqué d'avertir le prince Charles, à Hausdorf, du feu d'artillerie et de mousqueterie qu'on entendait; préoccupé de l'idée que c'étaient les Saxons qui attaquaient Strigau, il n'en tint aucun compte. Mais bientôt il apprit leur déroute. Alors, s'habillant à la hâte, il ordonna à l'armée d'avancer.

Les Autrichiens marchaient donc, à pas comptés, entre le ruisseau de Strigau et les bouquets de Ron* stock, dans une vaste plaine coupée seulement par des fossés qui séparent les propriétés.

Mais le margrave Charles et le prince de Prusse observaient l'ennemi : dès qu'ils furent à portée, ils le chargèrent vivement et le firent plier. Dans cet instant critique, les grenadiers autrichiens surent tirer - bon parti des fossés : peut-être même eussent -ils pu mettre de l'ordre dans leur retraite, si deux fois le régiment des gardes ne les eût chassés à coups de baïonnettes.

Comme il n'y avait plus d'ennemis devant la droite, Frédéric lui fit faire un quart de conversion pour se |>orter sur le flanc gauche et deirièrc les Autrichiens.

DE FnÉDÉHIG II. 329

Ce iDOuvement fut un peu embarrassé, les troupes ayant tia eu quelque peine à traverser les bois et les marais de Ronstock; lorsqu'elles en sortirent pour attaquer Ten* nemi, la gauche des Prussiens avait déjà gagné un terrain considérable. Mais la cavalerie de cette gauche venait d'éprouver un contre-temps : à peine le général Kiau, avec sa brigade de dix escadrons, avait-il passé le pont du ruisseau de Strigau, que ce pont se rompit; sans hésiter, Kiau attaque la cavalerie ennemie; bientôt le général de Ziéthen le joint avec la réserve, culbute tout ce qui veut résister, et donne à M. de Nassau, qui commandait cette gauche, le temps de la faire passer à gué.

Dès que Nassau eut formé soii aile, il se précipita impétueusement sur ce qu'il y avait encore de cavalerie ennemie devant lui, et la mit en déroute. Le général Polenz contribua beaucoup à ce succès; avec son infan* terie, il s'était glissé dans le village de Fregebeutel, d'où il enfilait la cavalerie autrichienne. Quelques décharges, reçues en flanc, la troublèrent et préparèrent sa (léfaite. M. de Gésier, qui commandait la seconde ligne, voyant qu'il ne restait plus là rien de bien glorieux à faire, se retourna vers l'infanterie prussienne; les bataillons autrichiens étaient en désoi*dre : passant à travers les intervalles de l'infanterie, et se formant sur trois colonnes, il fondit sur eux et les tailla en pièces; les dragons de Bareith se couvrirent de gloire.

Dans le même moment, la droite des Prussiens se portait sur le flanc du prince Charles; alors, dand ses

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iT4ft troupes, le désordre devint complet; tout se débanda» tout fuit vers les montagnes. Les Saxons se sauvèrent par SeyflersdorfT; le corps de bataille des Autrichiens» par Kauder, et leur aile par Hohen-Friedberg, où» fort beureuHcment |)Our eux, Wallis et Nadasti étaient venus couvrir leur retraite. L'armée prussienne les poursuivit jusque sur les hauteurs de Kauder, où, pour prendre quelque repos, elle s'arrêta.

Sept mille prisonniers, dont quatre généraux et deux cents ofliciers; soixante-seize drapeaux, sept éteo-' dards, huit paires de timbales, soixante canons, tels furent les trophées de la victoire. Quatre mille Autrichiens tués, et cinq mille blessés gisaient sur le champ de bataille. Les Prussiens eurent deux mille trois cents hommes tués ou blessés '. Frédéric fit donner aux blessés ennemis les mômes soins qu'aux siens'.

Ce fut, dit (juiberl', une de ces batailles de grand maître, où le génie fait tout plier devant lui, qui sont gagnées, dès le début, et presque sans contestation, parce qu1l ne reste pas a l'ennemi déconcerté la possibilité de rétablir le désordre \

> Fréiiéric, Histoire de mon tempe^ tome U ; — Huiler, Tableau dm guerres de Frédéric le Grand; — Griinoard, Tableau de la vie et du règne de Frédéric; — Jt)niini, Traité des grandes opérations militaires.

* Mémoires du marquis de Valori, tome I.

* Èhge du roi de Prusse,

* t Le« couibinaisons d« Frédéric pour la bataille de IIolien-Friedberg apiMirtioiinent, sans contredit, à ses plus belles o|)érations. On lui doit les plus grands éloges ftour l'habileté avec laquelle il sut choisir sa position, aûn d'attendre l'armée ennemie au déliouché des gi>rges. On ^oii |>ar la rolaliou que l'aile gauche des euneouis, formée de Saions,

Dans cette brillante journée^ le prince Henri^ à peine it45 âgé de dix-neuf ans, et qui remplissait les fonctions d'aide de camp près du Roi, son frère, annonça ce qu'il deyait être un jour sur les champs de bataille.

Le prince de Prusse ne s'y distingua pas moins. Gomme il marchait, au milieu du feu, à la tête de sa brigade, le marquis deValori, envoyé de France, qui se trouvait auprès du Roi, né put cadiersonétonnement du poste périlleux choisi par le Prince : « Ah I répondit Frédéric, où pourrait-on être mieux qu'aVec de tels camarades? Et ne faut-il pas )eur montrer qu'on est digne d'eux? »

Envoyé par Louis XY à Frédéric, pour lui annoncer la victoire de Fontenoy, M« La Tour était arrivé au camp prussien, à l'heure même de la bataille. « Ainsi donc, lui dit le Roi avant l'action, vous êtes venu voir à qui restera la Silésie? — Non, Sire, avait répondu roflicier, je veux seulement juger de quelle manière Votre Majesté punit ses ennemis et défend ses États. »

Après Taction, Frédéric écrivit au roi de France : « Je viens d'acquitter en Silésie la lettre de change que Votre Majesté a tirée sur moi à Fontenoy. m

était déjà accablée atant que rien lie fût disposé à là soutenir. Lors* qu'elle fut hors de combat, le centre se trouva alors attaqué de froot M sur son extréniç gaucbe par une masse de forces imposantes ; et il était difficile qu'il ne fût pas battu et culbuté, dans une position k laquelle l'aUaque bien combinée de la cavalerie prussienne, commandée par Gésier, vint bientôt mettre le complément. Jamais l'emploi des troapet ne présenta une application plus exacte dès principes. » (Jomini, TraiU des grandes opérations militaires.)

332 HI8T01RB

1745 La victoire d*Hohen-Fi*iedberg sauva la Silésie.

On ne poursuivit pas les Autrichiens avec beaucoup d'ai*deur, et ce fut fort sage. En effet, la bataille, quoi- ([ue courte, avait été une suite d'efforts continuels; les munitions de guerre étaient épuisées; Tarrière-garde du prince de Lorraine, composée des corps de Wallis et de Nadasti, n*avait pas combattu; ces corps occupaient les hauteurs de Hohen-Friedberg, et certes il eût été téméraire de vouloir les en déloger. Les Prussiens tenaient les hauteurs de Kauder, mais celles de Hohen-Friedberg se trouvaient à leur gauche. Pourquoi donc s'exposer, par une fougue imprudente, à perdre l'avantage obtenu par la sagesse ' ?

C'était pour la troisième fois que le sang humain coulait dans cette querelle ; ce ne fut malheureusement pas la dernière. Quand les souverains jouent des provinces, les hommes sont les jetons qui les payent. Ce mot est d'un des grands maîtres de ce jeu terrible.

Le G juin, l'armée se poila sur Landshut. Frédéric y était à peine arrivé, que deux mille paysans, exaspérés par la persécution , vinrent le trouver, lui demandant l'autorisation de massacrer tous les Catholiques du pays. Bien éloigné de leur accorder une permission aussi barbare : c( Conformez-vous plutôt aux préceptes de rÉcriture, leur dit ce prince; bénissez ceux qui vous offensent, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'hériter le royaume des cieux. » I^s paysans lui répondirent qu'il avait raison , et se retirèrent. Sage-

' Jumini, ibid.

ment dirigé, le peuple ne s'écarte point des sentiments 174& naturels à Thomme, ou ne tarde guère à y revenir; des insinuations perfides , une extrême ignorance peuvent seules Teutrainer aux excès. Telle était Tintime conviction de Frédéric : de là , durant ce règne de près d'un demi-siècle , son zèle à détruire le fanatisme , quelle que fût sa nature, sans exercer de violences contre les fanatiques ; de là, ses efibrts pour dissiper les ténèbres encore répandues sur quelques parties de ses États.

De Landshut, le Roi, marchant toujours, pénètre en Bohême, et campe, le 20 juillet, près de Chlum. Le prince Charles reste immobile dans le poste inattaquable de KonigSgratz. .

Certes, Frédéric aurait facilement transporté la guerre en Saxe ; mais c'eût été livrer la Silésie aux Autrichiens ; il ne s'écarta donc point de son premier plan, qui était d'affamer les frontières de la Bohême pour empêcher l'ennemi d'y prendre ses quartiers d'hiver. La trahison d'un officier avait livré , comme on Ta vu plus haut, Kosel aux Hongrois; Nassau, détaché sur la Haute-Silésie , reprend cette place, le 5 septembre, y fait prisonnier Flandrini avec deux mille cinq cents Autrichiens, et chasse les Hongrois.

Rappeler de Dresde son ministre Cagnoni fut un des premiers soins du vainqueur, et l'envoyé du roi de Pologne à Berlin reçut l'ordre de partir; l'invasion des Saxons en Silésie n'^tait-elle pas une rupture ouverte?

Dans le même temps, Frédéric, attentif à ses négo-

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174^ dations avec la Grande-Bretagne, envoyait i Hanovre le jeune comte de Podewils auprès de Georges, que le ministre anglais Harrington avait accompagné dans son électorat. Plus ses relations avec la France se refroi* dissaient, plus le Roi sentait le besoin d'un allié puissant, capable au besoin de faciliter la paix avec la reine de Hongrie.

H reprochait au ministère français d'avoir constamment violé le traité de Versailles, et de lui refuser toute assistance, ajoutant que la retraite du prince de Conti livrait le trône impérial au premier occupant, et que les Français avaient ainsi rompu tous les liens qui les unissaient aux princes d'Allemagne. A ces griefs venait se joindre une impérieuse considération, l'épuisement total des finances.

Déterminé par de si graves motifs, et sans se prévaloir de son récent triomphe, Frédéric fit au cabinet de Vienne, par l'entremise du roi d'Angleterre, les mêmes propositions de paix qu'auparavant. Geoi^es II, qui sentait la nécessité d'an*acher le roi de Prusse à Talliance française, les appuya des plus énergiques représentations. Mais, malgré le désastre de Hohen-Fricdberg, Marie-Thérèse ne renonçait point à l'espoir de recouvrer sa chère Silésie. La trouvant inflexible, Georges signa, à Hanovre, avec le roi de Prusse une convention secrète, basée sur la paix de Breslau. Il s'engageait à la faire garantir, lors de la paix générale, par toutes les puissances de l'Europe. De son edté, le roi de Prusse promettait de reconnaître empereur le grand-duc de Toscane.

DB FRÉDÉRIO II. 555

A cette nouvelle^ Marie-Thérèse ressentit un violent tT4s dépit; mais, peu de jours après ^ elle goûta la double satisfaction de faire asseoir près d^elle, sur le trône impérial, un époux chéri, et de porter enfin cette couronne qui y depuis trois siècles^ n'était pas sortie de sa famille. L'élection du nouveau chef de TEmpire, sous le nom de François r% eut lieu à Francfort, le 13 septembre.

Bien qu'il eût protesté, ainsi que Télecteur palatin, contre la Diète impériale de Francfort, Frédéric, crut devoir garder le silence après Félection de François, par deux raisons : d'abord, annuler ce qu'on venait de faire n'était pas possible; et, de plus, en ne reconnaissant l'Empereur qu'à la paix générale, il s'en ferait un mérite bien grand alors , et dont on ne lui eût tenu aucun compte dans le moment.

Impératrice, Marie-Thérèse fut plus loin que jamais d'accéder à la convention de Hanovre. Le roi de Pologne s'y refusait également; ce prince, qui voyait une communication commode de la Saxe en Pologne par la Silcsie, tournait des regards d'envie vers le duché de Glogau; or, la guerre seule pouvait lui donner. cette proie. Néanmoins, comme le roi d'Angleterre répétait sans cesse à Frédéric qu'il parviendrait à changer les dispositions du monarque polonais, l'expédition de Saxe fut suspendue. Quant à l'Impératrice-Reine , Frédéric résolut de la forcer une seconde fois à la paix par des triomphes.

Cependant, le manque de vivres et la saison avancée le contraignent de se rapprocher de la Silésie ; d'un

1745 camp à Tautre^ il se replie jusqu'à Staudenz. Les grands détachementSi nécessaires pour couvrir les convois de la Silésie, ont diminué son armée, réduite à vingt-six n)ille hommes. Le prince Charles, qui en a soixante mille, veut profiter de sa supériorité, et forme le projet de Tattaquer. Quittant son camp de Jaromirtz, il avance vers KonigshofT, et couvre sa marche par une nuée de troupes légères qui enveloppent le camp prussien. Frédéric, averti du mouvement des Autrichiens, envoie, pour les reconnaître, le général Katzler, qui revient, pendant la nuit, sans avoir rien découvert que de simples partis.

Les troupes reçurent Tordre de se mettre en mouvement, le lendemain, 50 septembre, à dix heures. Vers quatre heures du matin, tandis que le Roi avait auprès de lui les généraux du jour pour leur dicter les dispositions de la marche, un officier vint l'avertir que les grands-gardes de la droite du camp découvraient une longue ligne de cavalerie, et, qu'à en juger par rétendue de la poussière, ce devait être toute l'armée ennemie.

Un moment après, quelques officiers rapportèrent que plusieurs corps autrichiens . commençaient à se déployer vers la di-oite du camp.

Sur CCS nouvelles, après avoir ordonné aux troupes de prendre incessamment les armes, Fi*édéric alla aux grands-gardes, voulant juger, par ses propres yeux, de Tétat des choses et du parti à prendre.

Maintenant, pour avoir une juste idée de la bataille de Son*, il faut se représenter exactement le terrain

siîr lequel elle se donna. Dans la position où se trou- n4& vait Tarmée avant la bataille, sa droite s'appuyait à un petit bois garde par un bataillon de grenadiers, et le village de Burckersdorff était sur le flanc droit, s'ëteudant de Prusenitz au chemin de Trautenau; Burckersdorff n'était point occupé parce qu'il est situé dans un bas-fond, et que les maisons en sont isolées : ce ravin, se prolongeant jusqu'à l'extrémité de la droite, séparait le camp d'une hauteur assez élevée qui s'étendait du chemin de Burckersdorff à Prusenitz, et sur laquelle on avait placé les hussards et les gardes du camp. Le front de l'armée était couvert par le village de Standentz, au delà duquel régnaient des montagnes et des bois reliés à la grande forêt de Kœnigs-Sylva. La gauche de la petite armée prussienne s'appuyait à un ravin impraticable. Deux chemins nienaient à Trautenau; l'un, laissant Burckersdorff à gauche, suivait un petit défilé, et traversait ensuite une plaine; l'autre, partant de la gauche de l'armée, passait par une vallée sillonnée de défilés et par le village de Rbdersdorff, et conduisait à Trautenau plutôt par des sentiers que par une route battue.

Quand le Roi arriva à ses grands-gardes, il vit que les Autrichiens commençaient à se former, et jugea plus téméraire de se retirer, à travers des défilés, devant une armée si près de lui, que de l'attaquer malgré l'extrême infériorité du nombre. Par une appréciation contraire, le prince de Lorraine avait bien compté que Frédéric se déciderait à la retraite; faisant sa disposition en conséquence, il voulait engager I. n

358 HISTOIBB

I74S une pffaira d'arrière-gai^de, sûr d'avance du aucete. Bfaia, aans balancer, Frédéric résolut de Tattaquer : ne valaitr-il pas mieux être écrasé en vendant chère* ment sa vie, que de succomber dans uiie retraite sans gloire^ ou plutôt dans une ftiite honteuse?

Quelque danger qu*il y fdt à manœuvrer en présence d*un ennemi déjà rangé en bataille, les Prussieps, pour opposer un front parallèle, font un quart de convei*sion à droite, opération délicate exécutée avec autant d'ordre que de célérité. Mais Frédéric ne peut pi*ésenter qu'une seule ligne aux Autrichiens qui, eux, sont sur trois de profondeur; encore a-t-il fallu exécuter ce déploiement sous le feu de 28 pièces de canon, disposées en deux batteries, et d*un bon nombre de grenades lancées parmi la cavalerie. Mais rien ne déconcerte les Prussiens; nul soldat n*est accessible à la crainte, nul ne quitte son rang.

Cependant, quelle que soit la promptitude à se former ainsi, }a droite reste eiposée, près d'une demiheure, au canon de Tennenii, avant que la gauche soit entièrement sortie du camp. Une fois le mouvement terminé, le maréchal de Buddenbrock, sur Tordre qu*il en reçoit, attaque vivement avec la cavalerie. I^ Autrichiens avaient mal choisi leur emplacement; la cavalerie, avec* une espèce de précipice derrière elle, était sur trois lignes qui, faute de terrain, man- . «piuient de la distance convenable ; à peine comptait-ou, enire chaque ligne, vingt pas d*intervalle.

Selon leur usage, ils tirent de la carabine; mais, n'ayant |»a8 le temps de mettre IVpée à la main, ils

DR PHÉDÉRIC II. 559

sont culbutes, partie danfe le ravin qu'ils' ont derrière nts eux, partie sur leur propre infanterie ; et ce désordre était inévitable, car la première ligne renversée devait nécessairement se jeter sur la seconde } celle-là, sur la troisième; point d*espace, en effet, où ces 50 escadrons pussent se reformer.

Animée par oe succès, la première brigade d'infanterie de la droite des Prussiens se hâte trop d'attaquer les batteries autrichiennes signalées plus haut; en un moment, 28 canons chargés à mitraille éclaircissent les rangs des assaillants, et les font plier. Heureusement que cinq bataillons, formant toute la réserve, arrivent : ceux qui avaient été repoussés se reforment auprès d'eux, et, d'un comtnun effort, ces dix bataillons emportent la hauteur et la batterie; action d'éclat due en grande partie à MM. de Bouin, lieutenantgénéral, et de Grist, colonel.

Alors apparut une. grosse colonne d'ennemis ; Tenant de leur droite, elle descendait des hauteurs pour s'emparer de Burckersdorff. Le Aoi la prévint, en bordant ce village d'un bataillon de Kalckstein; et, pour couvrir ce bataillon, on mit le feu aux maisons les plus éloignées vers la gaudie, pendant que Tinfanterie de la gauche se formait derrière. Ce bataillon fit un feu de peloton contre l'ennemi , comme il l'eût fait sur un champ d'exercice ; la colonne se retira en fuyant.

Dès lors, la cavaleiîe de la droite des Prussiens dévient inutile sur le point qu'elle occupe k cause du précipice où elle a jeté les Autrichiens. On laisse donc les cuirassiers de Buddenbrock et quelques hussards

sa.

340 IIISTOIRR

1745 pour suivre rinfaiitcrie de cette aile en seconde ligne. Les gendarmes, les régiments prince de Prusse, Rottembourg et Kiau, formant 20 escadrons» sont portés à la gauche de Tarmée, afin d*y renforcer cette aile, tandis que Finfauterie de la droite prond celle de l'en* nemi en flanc, et la mène devant elle, tambour battant, en la faisant replier sur l'extrémité opposée (la droite des Autrichiens). Les gardes qui sont au centre de la ligne, conduites par le prince Ferdinand de Brunswick, attaquent une hauteur escarpée et boisée que les ennemis tenaient encore, et l'emportent. Circonstance singulière! le prince Louis de Brunswick la défendait contre son frère Ferdinand.

Cependant, comme le terrain n'offrait alternativement que ravins et hauteurs, de nouveaux combats s'engageaient sans cesse, car les Autrichiens tAchaient bravement de se rallier dans toutes les positions; mais, repoussés à plusieurs reprises, la confusion devint généi*ale, et à la retraite succéda la fuite. La campagne était couverte de soldats débandés, cavaliers et fantassins, péle-méle.

Tandis que l'armée prussienne victorieuse poursuivait, à grands pas, les vaincus, les cuirassiers de Bornstedt, qui combattaient à la gauche, enveloppèrent le rt'^giment de Ramnitz et un bataillon de Collowrath , prirent dix drapeaux, et firent 1,7(X) prisonniers. Quant au reste de la cavalerie de la gauche, il ne put atteindre la cavalerie autrichienne qui, évitant de s'engager, se retira, en assez bon ordre, dans la forêt de Sylva.

Frédéric arrêta la poursuite au village de Soor, en

DE PRÉDÉRIG II. ^41

arrière duquel se trouve cette forêt. S'y engager, c*eùt tub été compromettre i^al à propos tous les avantages qu'on venait d'obtenir. /N'était-ce pas assez qu'un corps de 18,000 hommes en eût battu plus.de 40,000? Les Prussiens perdirent 5,000 hommes hors de combat; parmi les morts, le prince' Albert de Brunswick, le général Blanckensie; les colonels Bredow, Blanckembourg, Bolina, Ledebour; les lieutenants-colonels Lange et Wedel des gardes. La perte des Autrichiens fut de vingt-deux canons, dix drapeaux, deux étendards, 2,000 et quelques prisonniers, 6,000 tués ou blessés.

Au premier bruit du canon, le lieutenant-général Lehwald, posté avec un corps détaché près de Trautenau, avait volé au secours du Roi, se dirigeant de manière à renforcer son aile droite; mais il arriva ti*op tard : tout était fini.

Moins de zèle, moins de dévouement animait les officiers du prince Charles. En effet, les généraux Nadasti et Desoffi, soutenus des colonek Trenck et Franquini, avaient reçu ordre d'assaillir, avec leurs troupes légères, le camp prussien en face, en queue et sur Taile gauche, tandis que le prince l'attaquerait sur l'aile droite. Mais, au lieu d'obéir, ils s'amusèrent à piller les bagages que le major-général prussien Schichting couvrait seulement avec cinq bataillons. Cette perte fut d'autant moins sensible au vainqueur, qu'il s'était vu ainsi débarrassé d'une masse redoutable d'ennemis. « Tant mieux, s'était écrié Frédéric en a|)prenant ce pillage pendant la bataille, ils ne viendront pas nous interrompre !»

542 UI8T0IIIB

174S Rentre au camp, il ne trouva même plus de plumes ni d'encre^ et ce fut au crayon qu'il écrivit ce peu de mots à son ministre à Breslau : « J'ai battu les Autrichiens; j'ai fait des prisonniers. Qu'on chante un Tê Deum. »

Toujours malheureux, le prince Charles regagna son camp de Konigshoff. Le plan de bataille conçi) par lui, ou par Franquiniy auquel d'autres l'attribuent, était sage; mais Texécution en fut vicieuse ^

Soor est une des plus glorieuses batailles de Frédéric.

Après avoir campé, par honneur*, cinq jours sur le champ de bataille, il ramena ses troupes à Trautenau. A la vue d'une armée deux fois victorieuse, se retirant devant l'armée vaincue, sans recueillir immédiatement aucun fruit de ses triomphes, on s'étonnera peut-être. Mais Frédéric songeait aux montagnes dont la Bohême est entourée, aux gorges qui la séparent de la Silésie, à la difficulté des vivres, à la supériorité des ennemis en troupes légères, à l'aflaiblissement de son armée, à la saison déjà avancée ; ces motifs le décidèrent. .

Quittant donc la Bohême, il alla prendre ses quartiers d'hiver en Silésie, non sans avoir éprouvé quelques pertes en repassant les montagnes. Là, le Roi remit le commandement des troupes au prince Léopold d'Anhalt- Dessau, en lui enjoignant de ne les point séparer avant d'avoir reçu de nouveaux ordres. Cette précaution devenait nécessaire; car le prince Charles avait

> Jomini, Ttaitéileë grandes opéraHùnsmiUrmire», loine 1. * KrtWlt^ric, llhtoirr île mon temp$^ loiiie II.

DE FRÉDÉtUC 11. 545

divisé son armée en trois corps^ Fi'édérici lui sUpt)o6ant tu^ l'intentioa de les étendre plus tardy dès que la saison des opérations militaires le permettrait, disposa tout de manière à rassembler, au besoin, ses forces en un moment, et, le 28 octobre, il arriva à Berlin.

En Italie, la campagne avait bien Commencé poUr les armées combinées de Francéi d'Espagne et de Naples : au Midi| le général espagnol^ comte de Gdges, remporta plusieurs avantages; au Nord^ le maréchal de Maillebois et Tinfaiit don Philippe^ après avdif pénétré dans les États du roi de Sardfaigile> pai' Gétleft qui se déclara ed leur faveur, opérèrent leUr jonctioti avec de Gages^ commandant Tarmée hispano-napo->litaine, et livrèrent bataille,* près dé Hoteignago^ aui Autrichiens et aux Sardes, commandés par le QOmte de Schulembourg et le roi Gharles^Emmanuel en (iersonndé Yainqueursi les Français et les Espagnols euretlt bientôt soumis Gasal, Asti, Lodi, Milans A la fin de là campagne/ grâce à Thabile de Gages ^ \eé Espagnol» occupaient la plus grande partie d6 la Lombaf diè et du Piémont.

En Flandre, les alliés d0 Frédéric n'avaient pis été moins heureux qju'en Italie, et Loluis XY était tentté à Paris couvert AeÉ lauriers que le maréchal dé Saxe Ve^ nait de lui moissoniier*'

Vers l'ouest de F Allemagne^ les armées, frtinçâiseft n'eurent ni le méftie boiiheur ni 1» tùétne gloire.

Deux mois avarit le retour du Roi à Berlin,' le 26 août, Icf cabinet prussien avait toiiclil atec TAngletene la convention de Uanov^c.

542 UI8T0IIIB

174S Rentre au camp, il ne trouva même plus de plumes ni d'encre^ et ce fut au crayon qu'il écrivit ce peu de mots à son ministre à Breslau : « J'ai battu les Autrichiens; j'ai fait des prisonniers. Qu'on chante un Tê Deum. »

Toujours malheureux, le prince Charles regagna son camp de Konigshoff. Le plan de bataille conçi) par lui, ou par Franquini, auquel d'autres l'attribuent, était sage; mais Texécution en fut vicieuse ^

Soor est une des plus glorieuses batailles de Frédéric.

Après avoir campé, par honneur*, cinq jours sur le champ de bataille, il ramena ses troupes à Trautenau. A la vue d'une armée deux fois victorieuse, se retirant devant l'armée vaincue, sans recueillir immédiatement aucun fruit de ses triomphes, on s'étonnera peut-être. Mais Frédéric songeait aux montagnes dont la Bohême est entourée, aux gorges qui la séparent de la Silésie, à la difficulté des vivres, à la supériorité des ennemis en troupes légères, à l'affaiblissement de son armée, à la saison déjà avancée ; ces motifs le décidèrent. .

Quittant donc la Bohême, il alla prendre ses quartiers d'hiver en Silésie, non sans avoir éprouvé quelques pertes en repassant les montagnes. Là, le Roi remit le commandementdes troupes au prince Léopold d' Anhalt- Dessau, en lui enjoignant de ne les point séparer avant d'avoir reçu de nouveaux ordres. Cette précaution devenait nécessaire; car le prince Charles avait

> Jomini, Traité dêë grandes opéraOùm milifairei^ tome 1. * VViVléric, Histoire lie mon fem;»<, loiiie II.

divisé son armée en ti*ois corps^ Frédéric^ lui sUpt)oSant tu^ rintentioa de les étendre plus tardy dès que la saison des opérations militaires le permettrait, disposa tout de manière à rassembler, au besoin, ses forces en un moment, et, le 28 octobre, il arriva à Berlin.

En Italie, la campagne avait bien Commencé pour les armées combinées de Francoi d'Espagne et de Naples : au Midi^ le général espagnol^ comte de Gdges, remporta plusieurs avantages; au Nord^ le maréchal de Maillebois et Tinfaiit don Philippe^ après avdif pénétré dans les États du roi de SardAigrie^ pai' Gétleft qui se déclara ed leur faveur, opérèrent leUr jonction avec de Gages^ commandant l'armée hispano-napo-^ litaine, et livrèrent bataille,* près de Hôteignago, aui Autrichiens et aux Sardes, commandés par Je QOmte de Schulembourg et le roi Gharles^Emmanuel en |)'ersonndé Yainqueursi les Français et les Espagnols euretlt bientôt soumis Casai, Asti, Lôdi, Milahi A la fin de là campagne/ grâce à l'habile de Gages ^ \eé Espagnole occupaient la plus grande partie d6 la Lombafdiè et du Piémont.

En Flandre, les alliés d0 Frédéric n'avaient pis été moins heureux qu'en Italie, et Loluis XY était i^efltl*é à Paris couvert deë lauriers que le maréchal dé Saxe Ve^ naît de lui moissoniier<

Vers l'ouest de l'Allemagne^ les armées, frtiiiçâises n'eurent ni le méftie boùheur ni 1» théine gloire.

Deux mois avarit le retour du Roi à Berlin y le 2(5 août, Icf cabinet prussien avait toiiiilxi atec TAngleterro la convention de Uanov^c.

544 U18T01RK

n4& 11 était temps que Frédéric vtnt imprimer à ses négociations une énergie nouvelle; des circonstances, compliquées non moins qu'imprévues, allaient rembrunir encore Thorizon politique. Tout semblait condamner ce monarque à la guerre. A peine tranquille du côté de la Grande-Bretagne, il songeait aux heureuses conséquences du traité de Hanovre, quand l'aventureuse expédition du prince Edouard en Ecosse rappela Georges dans son royaume; c'était Touvrage de la France, armant ainsi l'Angleterre contre l'Angleterre. Louis XV lui dut une partie de ses avantages en Flandre et en Brabanl, la nécessité ayant contraint Georges h retirer ses troupes de ces deux pays. Nous reviendrons bientôt sur ce dernier épisode de la vie lM)liti((ue des Stuarts.

Mais une autre inquiétude préoccupait Frédéric : il craignait que la convention de Hanovre n'irritftt la France, son unique alliée, la France déjà mal disposée à son égard. En effet, ce traité, tenu secret jusqu'alors, n'était plus un mystère ; les Autrichiens et les Saxons avaient pris soin de le divulguer.

L'avenir ne se présentait donc à ses yeux que sous de tristes couleui^s, Iprsciu'il découvrit un danger plus menaçant encoi'e : c était le projet de le surprendre, cet hiver môme, au sein de ssi capitale. Voici comment il en fut informé : le mariage de la princesse Ulrique avec le prince de Suède avait favorablement disposé la cour de Stockholm pour les Prussiens, et MM. de Rudenschild et Wolfenstirna, ministres suédois, l'un h Berlin, Taulre à Dresde, porUient au monarque prus-

DE PnÉDÉRIC II. 345

sien un attachement sincère. Un jour que Wolfenstima 1745 faisait, au jeu de la cour, la partie du comte de Brulb, ce premier ministre , dépositaire dés secrets de son mattre, manqua de discrétion; Wolfenstima découvrit, sans peine, le plan des cours dé Vienne et de Dresde. Aussitôt il en avertit Rudenschild, qui s'empressa de tout révéler au Roi; c'était le 8 novembre, jour où l'on suspendait danis les églises, au milieu des pompes religieuses et des acclamations de la multitude, les trophées de Friedberg et de Soor« Marie-Thérèse espérait frapper ainsi un coup décisif. Voilà pourquoi les cours de Vienne et de Dresde refusaient si obstinément toute adhésion aux intentions pacifiques du roi d'Angleterre. Quant aux moyens d'exécution, trois armées devaient s'avancer, l'une par la Lusace, dans la Marche de Brandebourg, sous les ordres du prince Charles de Lorraine; Vautre, sur la Silésie; la dernière, réunie aux Saxons, sur Berlin. Déjà le lieutenant-général comte de Grun amenait, des bords du Rhin en Saxe, dix mille Autrichiens ^

Dans ces conjonctures, on reçut l'offre d'une médiation singulière. Le Grand-Visir écrivit à toutes les cours chrétiennes qui étaient en guerre, les exhortant, au nom de l'humanité, à déposer les armes, leur proposant même l'intervention de son mattre, Mahomet V, « le trésor de Dieu, et le modèle de la majesté d'Alexandre le Grand. » Cette louable démarche n'obtint d'autre résuluit que la remarque de l'abbé de Ville, ministre

1 Miiller, Tableau des guerres de Frédéric le Grand.

rv

346 HISTOIRI

1T4& français à La Haye : ce Avouezi dit-i) au pensionnaire Fagel, que le Grand-*Turc a des sentiments vraiment chrétiens. — Oui, répondit Fagel, mais il y a des paya où, en voulant passer pour ir4«-chrétien| on ne cesse d'agir comme des Turcs. »

L*orage s'amoncelait sur la Prusse; la moindre liésitation eût été funeste : Frédéric nomme le vieux prince d'Ânhalt au commandement de l'armée qui s'assemblait à Halle; il fait annoncer aux cours étrangères, par le comte de Podewils, les actifs complots de ses ennemis, sa ferme volonté de les prévenir.

Malheureusement, le trésor était épuisé; les revenus de la Silésie ne s'étant pas perçus comme en temps de paix, les deux tiers avaient manqué; le gouvernement ne savait où trouver des fonds pour continuer la guerre.

A tant de périls vient bientôt s'en joindre un nouveau. L'envoyé russe déclare que, si la Prusse attacpie l'électorat de Saxe, rimi)ératrice sera obligée, aux termes de son alliance avec le roi de Pologne, d'envoyer a ce prince un contingent de troupes. 11 fallait à cette notification une i*éponse énergique et mesurée. Protestant donc de ses intentions pacifiques à l'égard de tous ses voisins, « si quelqu'un d'eux, ajoute Frédéric^ couve des desseins pernicieux contre mes États ^ nulle puissance de l'Europe ne m'empêchera de me défendre et de le confondre. Je ne veux rien du roi de Pologne que le châtier dans son électorat^ et lui faire signer un acte de repentir dans sa capitale. »

L'alarme s'était répandue dans Berlin ; on eût dit que les bataillons ennemis Fenvahissaienl déjà. Les pn^iKi-

DB PRÉDÉmC II. 547

ratifs de défenëé^ même les mieux combinés^ sont tou- na jours eflrayants pour ces gfandes masses d'individus presque tous étrangers au métier des armes; et qui^ n'ayant jamais vu de près le danger^ l'aggravent par la peur. A plus forte raison > dans les circonstances ac^ tuelles, cette fâcheuse influence était^elle puissante; car on savait que le géiléral de Haake» dans l'impos^ sibilité de défendre f avec sa garnison de cinq mille hommes/ une telle circonférence i n'attendrait point Tennemiy mais marcherait au-devant de lui» et tente^ rait les chances d'un conlbat ^

En faisant tout pouf la victoire^ il fallait aussi pré«* voir la défaite; Frédéric ordonna les dispositions éventuellement nécessaires pour la translation de la fdmille royale^ des archives et des (iônseils Suprêmes à Stettin« En même temps^ il rappelait à Louis XV la teneur des traités, pressant l'envoi de secours plus indispensables que jamais.

Déterminé à agir oflbnsivement^ le Roi partit pour la Silésie, le 10 novembre; Berlin était dans la consternationi ses ennemis dânS la joie, toute TEurope attentive aux résultats de cette campagne d'hiver«

Forte de trente mille vieux soldats d'élitCi l'armée du prince Léopold cantonnait le long du Bober^ entre Buntzlau et Loêwemberg; sentant tout le prix du temps^ Frédéric Se met, le 22^ en mouvemént^f le 25, il est à Naumbourg sur la Queiss.

Passer la Queiss^ pénétrer en SaXe, tromper te prince f . * • ■

^ Frédéric, Histoire de fnon tem/», loroe 11.

548 HI8T0IBE

i:<6 Charles, en lui faisant croire, par d'habiles manœuvres, qu*il se retii*ait en Silésie pour couvrir la Moravie; mettre en dëroute, près de Gros-HennersdorfT, trois régiments de cuirassiers saxons et un régiment d*inlanterie de Saxe-Gotha; s'emparer de la garnison, des magasins et de la place de Gocrlitz, y établir son quartier-général, cinq jours sulRrent à tout. Après cet échec, le prince Charles rentra en Bohême, sans magasins, sans bagages, affaibli par la perte de cinq mille hommes.

Effrayé de l'approche des Prussiens, le roi de Polo* gne abandonne Dresde, et se réfugie à Prague.

De son côté, Nassau ayant quitté la Haute-Silésie, marcha vers Landshut pour s'opposer à l'invasion de Hohenems. Secondé de Winterfeld, il termina si heui*eusement cette expédition, i|u'en moins de vingtquatre heures il ne restait plus un Autrichien en Silésie. iMais le prince Charles, rentré en Bohême, le 27 novembi*e, par Gal)el, ne renonce pas à son projet : il veut revenir dans la Saxe pai* Aussig et Péterwald; Frédéric écrit au prince (rAnhalt : « J'ai frappé mon coup en Lusace, frappez le vôti*e à Leipsick, nous nous reverrons à Dresde. » C'est le style de César.

Quand ces nouvelles arrivèrent à Dresde, la consternation y fut extrême ; loin de songer encore à marcher sur Berlin, on ne [>ensa plus qu'à se défendre.

Frédéric, qui voulait arrêter l'effiision du sang, et terminer cette guerre avant Tintervenlion arint^ de la Russie, off*rit la paix au roi de Pologne, avec Toublî

du passë^ et la convention de Hanovre pour base de n45 cette rëconciliation '.

M* de Villièrs' / ministre d'Angleterre près la cour de Saxe/ fut chargé de faire entendre ces propositions à Auguste ; il y joignit les instances les plus pressantes. Mais^ selon Thabitude des hommes faibles, w monarque répondit avec hauteur, et refusa* >

Cependant, le prince d'Anhalt allait changer ces dispositions supei'bes. Ce vieux guerrier, qui passait pour le meilleur général d'infanterie de son temps, voulut répondre par une victoire à Théroîque billet de son roi.

Pour empêcher la jonction de la grande armée du prince Charles, déjà campée entre Pima et Plauen, avec le corps saxon de Rutowski, il devenait urgent d'agir.

^ Quels motifo le délermiiièrenl à déployer ce caractère de modéralion ? les Toici ; il les explique lui-même : « Premièremenl, il soutenait les principes de désintéressement qu'il aYait annoncés dans des manifestes de Tannée 1744 et 1745 ; s'il aYait extorqué quelque cession au roi de Pologne, il aurait confondu les intérêts de ce prince aYcc ceux des Autrichiens, et serait dcYcnu l'artisan d'une union que la bonne politique exigeait qu'il tâchât de dissoudre. Ensuite, l'Europe n'élail que trop jalouse de l'acquisition que le Roi aYait faite de la Sîlésie ; il fallait effacer ces impressions, et non les renouYeler. Ajoutez encore que le moyen le plus court de parvenir k la paix était de rétablir Tordre des possessions sur le pied où elles étaient avant la dernière guerre. Gomme les conditions proposées n'étaient ni dures ni onéreuses, elles pouvaient procurer une paix d'autant* plus stable, qu'elle ne laissait aucune semence ni d'animosité ni de jalousie. Ces principes servirent de loi ; et Ton yerra dans la suite que, malgré les succès qui couronnèrent les entreprises de ce prince, il ne s'en départit jamais. » (Frédéric, Histoire de mon tempê^ tome 11.)

* L'un des fils cadets de Guillaume, deuxième comte de Jersey ; il fut fait, dans la snilo, lord Hyde, de Hindon, et comte de Glarendon.

SBO NISTOIM

I74S Le IS décembre donc, sans attendre Frédéric, d*Aithalt marche droit à Tennemi, et attaque, derrière Wilsdruf^ un poste avancé qui se retire sur Kessolsdorff. LesSaiona étaient portés près de ce village, ayant, à leur droite, les dix mille auxiliaires autrichiens du général Grun } trente gros canons couvraient la gauche de Rutowski, et cinquante pièces de divers calibres, son centre; c'est sous leur feu que le prince range son armée en bataille, parallèlement à celle de Tennemi : il a déjà vu que de la prise de KesselsdorfiP dépend le succès de la journée. Trois bataillons de grenadiers et le l'égiment d'Anhalt engagent l'action ])ar une attaque sur le village que défendent tous les grenadiers saxons. Mais le feu meurtrier du canon ennemi force les Prussiens à abandonner une hauteur couverte de glace dont ils s*étaient emparés. Se ralliant bientôt, ils reviennent à la charge, et sont repou3sés de nouveau avec ^nde perte.

Alors les gi*euadiers ^qyous s'élancent de Kesselsdorff à leur poursuite. Mais, dès qu'ils paraissent, les dragons prussiens de Boain fondent sur eux, les repoussent et les cx)utraignenl à regagner, en désordre, leur premier poste. Le lieutenant gc^néml Lehwald, que, par une heureuse prévoyance, le Koi venaitd'envoyer de la Lusace en avant, avec dix mille hommes, et qui conduit Taile droite de rinfanterie, les seri*e de près, enlève leurs batteries, s'empare des hauteurs de Kesselsdorff*, et, par ce mouvement, tourne le flanc de Tennemi qui, enfilé, dans toute rétendue de son front, par le feu des Prussiens, est mis en pleine déroute.

Kn m^mo temps, le prince d*Anhalt, traversant, avec

nto fhédéric ii. ' 5f>4

neuf bataillons de Taile gauche/ un ravin profond ^ nii enfonce la droite des Saxons. CeA braves résistent vaillamment; mais^ forcés enfin de ftiirvers Dresde^ ils rejoignent le prince Charles ^ et se sauvent avec lui jusqu'en Qohéme. "

Sans avoir pris la moindre part à la bataille, le général Grun suit la même route, et Tarmée victorieuse s'établit, à l'entrée de la nuit, entre Lenteritz et Franken.

Les Prussiens avaient trois mille hommes hors de combat; les Saxons, quatre mille cinq centé tués ou blessés, et cinq généraux, trois cents officiers, cinq mille soldats prisonniers ; 4^ plus, ils perdirent quarante-huit canons et huit drapeaux* Cette journée terminait glorieusement la longue oarrière militaire d'Anhalt.

Cependant, arrivé à Meissen, le Roi y lisait une dépécha de Villiers, quand on vint l'avertir que, du côté de Dresde, tout le ciel semblait en feu, et qu'on entendait une violente canonnade. Se doutant bien que le prince était engagé avec l'ennemi, il ordonna aussitôt à la cavalerie de seller, et à l'infanterie de prendre les armes, résolu, en cas d'échec du prince, à voler, avec toutes ses forces, au-devant de» troupes battues, à mettre celles-ci en seconde ligne, sa propre armée dans la première, à attaquer de nouveau, et à vaincre à tout prix. Mais son vieux général lui en épargna la peine.

Passant l'Elbe, le 16, il marche sur Wilsdruf, aVec son infanterie. Le lendemain, il rejoint le prince d*Anhalt sous les mui*s de la capitale saxonne qui, le 18, ouvrit ses portes aux vainqueurs ?

« Ils se revoyaient à Dresde ! »

174S Dès son entrée dans cette ville, le Roi alla rendre visite aux enfants d'Auguste, laissa à leurs ordres la garde du château, et eut pour eux toutes les attentions qu'on devait attendre de Thomme le plus poli de son siècle '• Les troupes observèrent une discipline irrëprochablei ce afin que ce pays voisin et malheureux ne se ressentit que légèrement des fléaux d'une guerre dont le peuple était innocent*. » Dans les églises, on chanta des Te Deutn, au bruit de Tartillerie de la ville. Le roi de Prusse fit ouvrir les boutiques qu'on avait fermées, et donna h dtner à tous les ministres étrangers. Le soir, au théâtre, fut joué l'opéra d'.-trmtntuA, cet opéra où, sous le voile transparent de l'allusion, le faible Auguste était célébré comme le sauveur de l'Allemagne. Pendant la dernièn^ guerre, Brulh avait imaginé cette inconcevable flatterie, comme auparavant, à propos delà.disgrAcedu comte de Sulkoswsky et des prétendus crimes que le Roi lui pardonna, il avait fait représenter la Clémence de Titus. C'est ainsi qu*il enivrait son mattre. En présence de8 Prussiens, les musiciens saxons n'osèrent cependant pas lout exécuter; le chœur :

Sulle roviiie altnii Al7ar non pensi il soglio Colui cho al sol' orgoglio Hiduce «igni virtù.

fut supprimé. I.es chœurs d«!S o|)éras d* Auguste valaient

I Voltaire, Siècle de Louis XV.

* Frédéric, Histoire de mon temps, tome 11.

les prologues des opëitis de Louis XIV; mais> à côté du 174^ grand roi qu'Auguste était petit J : - ^ >

Frédéric voulut visiter le somptueux palais du favori : entre autres témoignages d'un luxe. en démence, on y trouva soixante épées, quatre-vingts cannes, irois cent vingt-deux tabatières, cinq cent vingt-huit habits complets, six cents paires de bottes, huit cents paires de souliers, et assez d'étoffes en pièces pour habiller trois villes : toute une chambre était pleine de perruques! En y entrant, « Que de perruques, dit Frédéric, pour un honune sans tète !» r ^ .

Le jour même de son entrée à Dresde, ce prince avait répondu à M, de Villiers :

« Monsieur, j'ai été fort surpris de recevoir des pro-* positions de paix le jour d'une bataille, et j'ai été convaincu suffisamment du peu de sincérité des ministres saxons, par le retour du prince Charles de Lorraine en Saxe. La fortune, qui a secondé ma cause, me permet de qualifier ces sortes de procédés .comme ils le méritent; maisy bien loin d'en profiter, j'offre encore pour la dernière fois mon amitié au roi de Pologne. Mes succès ne m'aveuglent point, et, quoique j'aie lieu d'être fier de ma situation, je suis toujours dans les sentiments de préférer la paix à la guerre. J'attends que MM. de Bulow et de Rex ^ aient leurs pleins pouvoirs, pour que le comte de Podewils, qui arrivera ce soir ou demain, puisse entrer immédiatement en conférence avec eux. D'ailleurs, je ne saurais vous cacher ma surprise de ce qu'un mi-

< Plénipotentiaires saxon».

1746 nistre anglais puisse jamais me conseiller de me dé* parlir d'un traité que j*ai fait avec le Roi, son mattre, et que la Grande Bretagne d garanti. Vous me verrez plutôt périr, moi et toute mon armée, que de me relflcher sur lo moindre mot de ce traité.

c< Si la reine de Hongrie veut, une bonne fois, faire la paix, je suis prêt à la signer selon la convention de Hanovre; et, si elle le refuse, je me verrai en droit de hausser mes prétentionfli contre elle* Apportez-moi donc les dernières résolutions du roi de Pologne, et que je sache s'il préfère la ruine totale de son pays à sa conservation, les sentiments de la haine à ceux de Tamitlé; et, en un mot, s*il aime mieux attiser Tembrasement funeste de cette guerre, que de rétablir la paix avec ses voisins et paciflep rAllemagne. Je suis, avec toute l'estime possible, etc., etc.

C4 Fédérig. h

Cest au moment où tout préparait la pacification de TAlIemagne, que FréiléHc reçut de Louis XV la ré- ])onse suivante à la lettre par laquelle il avait réclamé son aide avec tant d'instance :

u Monsieur mon Frère,

ce Votre Majesté me confirme, dans sa lettre du 15 novembre, ce que je savais déji de la convention de Hanovre du !26 août. J'ai dû être surpris d'un traité négocié, conclu, signé et ratifié avec un prince qui est encore mon ennemi, sans que j'en aie eu la moindre

DE FRfibèàlG II. fihîi

conhaidsahce. Je ne suis poitit étôilnë de Vos iefûs de 174:1 vdtii^ pi-étëf* à deis mësureii Violentes ël à iiii engagé^ ndent direct et forinel toiitrë lâot ; nies ennemis devaient niietii''ëénnattrë Vôtre Majesté. Je considère comme une nouvelle injure contre mbi, c[ti^on ait ose lui faire des t)roposition8 indignes d*EIle. Je comptais sur votre diversion ; j'en ai fait dèlix puissantes moi-même en Flandre et en Italie, pehdaiit que j'occupais sur le Rhin la plus forte armée de la reine de Hôngriëi Meé dépenses, mes efforts, ont été couronnés du plus grand succès. Votre Majesté en a fort compromis les suites {iar le traité qu'EUe a conclu à mon insu. Si cette princ^se y avait souscrit, toute son armée de Bohême se serait tournée contre inoi ; ce hWt pas par de seroi>lables moyens que la paix peut être assurée. Je n'en reàsëns pas moins le péril que vous courez; rien n^égalera mon impatience de vous savoir en sûreté, et vôtre tranquillité sera la mienne. Votre litajeste a des ibrces considérables sous ses ordires, Elle est la terreur de ses ennemis, sur lesquels Elle a emporté des avantages considérables et glorieux; et l'hiver^ qui suspend toute opération militaire, vous aidera à vous défendre. Oui est plus capable que Votre Majesté de se donner de i)ons conseils à Elle-même? Elle n'a qu'à suivre ce que lui diëteront ses talents, son expérience, et, par dessus toUt, son honneur. Quant aux secours, qui de ma part no peuvent consister qu'en subsides et en diversions, j^ai donné tout ce que je pouvais, et je côntintierai par tous les moyens les plus propres à assurer le succès. Je renforce mes troupes, je ne négligerai rien ; je presse tout ce qui

I74& pourra pousser la campagne prochaine avec la plus grande vigueur. Si Votre Majesté a des projets qui puissent aider mes entreprises, je la prie de me les corn* muniquer, car je me concerterai toujours de grand plaisir avec Elle, »

Frédéric fut très blessé de cette lettre, douce et polie en apparence, mais pleine d*ironie, vu les circoihstances, comme si Ton était convenu de remplacer, par des épigrammes, les engagements réciproques du traité de Versailles.

Il en a fait une piquante analyse * :'

« Dépouillons cette lettre de tout verbiage, et examinons ce qu'elle dit réellement : « Je suis très-fàché ce que vous ayez conclu le traité de Hanovre sans m*en « avertir, car le prince de Lorraine reviendrait en Al- « sace, si la reine de Hongrie l'acceptait. Ne voyez-vous « pas que la guerre d'Italie et de Flandre, que je sou- (i tiens, est une diversion que je fais en votre faveur? « car je n'ai nul intérêt à la conquête de la Flandre, et c( l'établissement de mon gendre don Philippe en Italie c< me touche peu. Conti sait si bien contenir les forces i( principales de la reine de Hongrie en Allemagne, qu'il c( a repassé le Rhin, et laissé faire un empereur à qui ce l'a voulu; que Traun a pu détacher Grûne pour la c( Saxe, et pourra le suivre avec le reste de ses troupes, (( si la reine de Hongrie trouve à propos de l'employer (( contre vous. J'ai fait de grandes clioses pendant cette

* Histoire de mon temfis^ luin<* II.

DE PHÉDÉRIC H. 357

campagne ; on a aussi parlé de vous. Je plains la si- 1745 tuation dangereuse où voua vous êtes mis pour Tamour dé moi; on n'acquiert de gloire qu'en se sacrifiant pour la France. Témoignez de la constance et souffrez toujours; imitez Texemple de mes autres alliés, que j'ai abandonnés, à la vérité, mais auxquels j'ai donné Taumâne lorsqu'on les avait dépouillés de toutes leurs possesèions. Prenez conseil de votre esprit et de la présomption avec laquelle vous vous êtes ingéré quelquefois à me donner des avis; vous aurez sans doute assez d'habileté pour vous tirer d'embarras ; d'ailleurs, le froid de l'hiver engourdira vos ennemis, et ils ne pourront vous combattre. Si cependant il vous arrivait malheur, je vous promets^que l'Académie fi*ançaise fera l'oraison funèbre de votre empire que vos ennemis auront détruit. Votre ndm sera placé dans le martyrologe ou se ti*ouve le nom des enthousiastes qui se sont perdus pour le service de la France, et qu^elle a daigné abandonner. Vous voyez que j'ai fait des diversions ; je vous ai offert jusqu'à un million de livres de subsides. Espérez beaucoup dans la belle campagne que je ferai Tété prochain, pour laquelle je prépare tout, dès à présent, et comptez que je me concerterai avec vous sur tous les sbjets où vous Voudrez suivre aveuglément mes volontés, et vous conformer à tout ce qui s'aocorde avec mes intérêts. »

Ayant lu le cotnmentaire, on concevra avec (|ucllo

maligne joie Frédéric dut adresser au roi de France

celle réponse :

nt:>

558 UISTOIRB

a Monsieur mon Frère,

(c Ap^*ès la lettre que j'avais écrire à Votre Afajestë, on date du 15 povembrç, je devais m'uttendre de 8|i part h dps secours^ réels. Je ii'entre poiiit dans le9 raisons qu'Ëlle peut avoir d'abandonner ses alliés aux caprices de la fortune. Pour cette fois, la valeur de pies troupes m'a tiré du pas scabreux où je me ^*ouvais. Si le norpbre de mes ennemis m'eût accablé, Votre Majesté se serait contentée de me plaindrCi et j'aurais été sans ressource. (Comment une alliance peut-el|q subsister, si les parties contracti^ntes ne concourent pas avec Mue même ardeur à leur conservation mutuelle? Votre Majesté me dit de me conseiller moi-même; je |e fais, puisqu'Elle le juge à propos. La raison, me dit ^e mettre promptement fin à une ^erre qui n'a plus d'objet depuis que les troupes aptrichiennes ne sont plu^ en Alsace, et depuis la mort de l'Empereur. ^ batailles qu'on doanerait désormais pe produiraient qu'une eflusion de sang inutile. La raison m'avertit de pepser à ma propre sûreté et de copsidérpf le graiid anpement des Russes, qui menace |e royaume du côté de la Courlande ; l'armée que M. (|e Traun commapde sur |e Rhin, qui pourrait aisément refluer vers la. Saxe; l'inconstance de la fortune ; et, enfin, que dans la circonstance où je me trouve, je ne puis po'attendre à i)ucqp secours de la part de mes alliés. Les Autrichiens et les S«ixons viennent d'epvoyer ici des ministres pour négocier la paix. Je n*ai donc d'autre parti à prendra que de la signer. Après m'étrc acquitté ainsi démon devoir envers

BE FlléDÉAlG IL 559

TÉtat que je gouverne, ètënlret*^ ina fainille> atlcun ob- i^45 jet ne hlë tiéfadi'a |)luà à cœur (Jtie de t>oilVoif me rendrd utile âUi ihtéréts dé Votre Majesté. Puisfië-je éti'e ttësez hëUredi potif servir d'instrUtûent à là t)abificâtidki gé-^ liéràlë! Votre Mâjéâtë tlë pbUttà côtïQet seâ vœux à personne qui Itli tôit p]nh attaché qUe je hé lé suis, et qui travaille, aVècplUé dé )tk\e, à rétablir \A cdncorde et la iioniié iâtëlli^ëfaëe éfttfë léë puissâhceë qûë éés lôdgë démêlés ont renduëb éiiné'tniëâ/

Je là prié dé tnë codsefVef toki amitié, qUi hiél^era toujours préciètlbe, et d'être t)éi*8uàdéëque je suis, etc., etc.»

Cependant les AutrichiëUS et les Saxons se trouvaient encore aiix envird^é de Pirna, et, pdiii^ travailler plus tràhquillëifaèht à là patt, il iliittortàit de léë éloigner. iM. de Retzoi\r fut dotic détàCbé aVec dbq bàtàillbtis et quelque cavalerie du côté de Frèyberg ; ce MéUVeDaént accéléra là i*etHlitë deà alliés éû Bohème.

Privé de ses revenus, le roi dé Pologne ilë poutàit plus même solder les 15,000 hommes qui lui restaient; attendre, jusqu'au printemps, l'arrivée des Russes, c*était une chimère ; tout le contraignait à un arrangement immédiat.

Sur ces entrefaites, le comte de Harrach, envoyé de rimpératrice, arriva à Dresde : il supposait qu'exalté par le succès, Frédéric, en rehaussant ses prétentions, les rendrait excessives ; bientôt désabusé, il remercia même ce prince de la bonne grâce avec laquelle il se prêtait à la négociation. Le Roi lui i*éponditque, la cause de la guerre s'étant éteinte avec Charles VII, ses dispo-

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558 UISTOIRB

c( Monsieur mon Frère,

(c Apt'ès la lettre que j'avais écrire à Votre Afajestë, on (lato du 15 povembrç, je devais ni*4ttendre de 8|i part h dps secours réels. Je ii'entre poi|it dan9 I09 raisons qu'Elle peut avoir d'abandonner ses alliés 9ux caprices de la fortune. Pour cette fois, la valeur de pies troupes n)'a tiré du pas scabreux où je me t>^uvais. Si le norpbi*e de mes ennemis m'eût accablé, Yoti'e Majesté se serait contentée de me plaindre, et j'aurais été sans ressource. Comment une alliance peut-eliq subsister, si les parties contractantes ne concourent pas avec i)ne même ardeur à leur conservation mutuelle? Votre Majesté me dit de me conseiller moi-même; je|e faisi puisqu'Elle le juge à propos. La raison. me dit ^e mettre promptement fin à une ^erre qui n'a plus d'objet depuis que les troupes aptrichiennes ne sont plu^ en Alsace, et depuis la mort de l'Empereur. ^ batailles qu'on donnerait désormais pe produiraient qu'une eflusion de sang inutile. La raison m'avertit de penser à ma propre sûreté et de copsidérpf le grand arasement des Russes, qui meimcc le royaume du côté de la Courlande ; l'armée que M. ()eTraun commande sur |e Rhin» qui pourrait aisément refluer vers la. Saxe; l'inconstance de la fortune ; et, enfin, que dans la circonstance où je me trouve, je ne puis n^'attendre à Qucnn seconrs de la part de mes alliés. Les Autrichiens et les Saxons viennent d'epvoyer ici des ministres poqr négocier la paix. Je n'ai donc d'autre imrti à prendre que de la signiT. Après m'élrc acquitté ainsi de mon devoir euvem

BE FlléDÉniG iL 559

rÉtat que je gouverne, ètëulret*^ ina ramilles atlcun ob- i^45 jet ne fcUë tiéfadi'a |)luà à cœur ^tie de (KïilVoit' me rendre utile àùi ihtéréts de Votre Majesté. Puisfié-je éti^ ttësez hëUredi potif servir d'instrUtHent à là t)abificatidki gé-^ héràlë! Votre Mâjéëië tlë pbiirtà càtïRet ses vœux à personne qiii Itli 6èit ^luà attaché qUe je hë lë suis, et qui travaille, aVëcplu^ de )tk\B, à rétablir \A cdncorde et la iionnéiâtëlli^ëfaëe ëhtfé lëé puissâhceë qûë éëslodgii démêlés ont renduëb ëiiné'tniéé.

Je là prie dé tnë codsefVef tod amitié, qUi hièl^era toujours précieuse, ëi d'être (létàuàdéëque je suis, etc. , etc. »

Cependant les AutrichiëUS et les Saxons te tfouvaieut encore aux envird^é de Pima, et, pdiii^ travailler plus tràhquillëifaèht à la patt, il itbttortàit de leë éloigner. iM. de Retzoi\r fut dotic détàëhé aVec cibq bàtàillbds et quelque cavalerie du côté de Freyberg ; ce tttdUVeitient accéléra là lNeti*àitë deà alliée ëd Bohème.

Privé de ses revenus, le roi de Pologne lië poutàit plus même solder les 15,000 hommes qui lui restaient; attendre, jusqu'au printemps, l'arrivée des Russes, c'était une chimère ; tout le contraignait à un arrangement immédiat.

Sur ces entrefaites, le comte de Harrach, envoyé de rimpératrice, arriva à Dresde : il supposait qu'exalté par le succès, Frédéric, en rehaussant ses prétentions, les rendrait excessives ; bientôt désabusé, il remercia même ce prince de la bonne grâce avec laquelle il se prêliiit à la négociation. Le Roi lui répondit que, la cause de la guerre s'étant éteinte avec Charles VII, ses dispo-

560 IIISTOIBK 1>I£ FliÉDÉHIC II.

1 ' 4& silioiis personnelles avaient» depuis 101*8, toujoui-s ctc le» mômes. Encouragé, M. de Harrach risqua quelques insinuations sur une entrevue entre le monarque prussien et la reine de Hongrie. Mais Fi*éddric éluda, en rappelant l'inutilité, les inconvénients m£me de semblablon rencontres; à ce refus, il est vrai, se mêlèrent adroitement les louanges de Marie-Thérèse; le comte se montra satisfait, et, le 25 décembre, la paix fut enfin signée, sous la médiation de l'Angleterre.

I^ Silésie et le comté de Glatz étaient de nouveau assurés au roi de Prusse. Entre autres obligations, les Saxons s'engageaient à ne jamais accorder de passage, par leur pays, aux ennemis du Roi.

Le 28 du môme mois, Frédéric retourna dans sa capitale; il fut reçu sous des arcs de triomphe, et le {peuple jetait sur son passage des branches de sapin, en criant : Vive Frédéric le Grand !

Tout le fardeau de la guerre i*cstait au roi de Franas qui Tavait bien voulu.

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