‹ Histoire de Frédéric le GrandChapitre 25 sur 32 · S0 HISTOIRE · texte numérisé non relu

S0 HISTOIRE

1766* ^^"^ paitlonncra aucune équivoque, aucune pensée fausse, aucun louche : il les exercera, le plus possible, dans l'argumentation : il les accoutumera à ti« rer des conséquences des principes, et à combiner des idées; puis, il leur expliquera les tropcs; et, la leçon finie, il leur donnera encore une demi-heure, pour qu'ils fassent eux-mêmes des métaphores, des compa* raisons, des apostrophes, des prosopopées, etc. Ensuite» il leur enseignera la façon d'argumenter de Torateur, Tenthymème, le gi*and argument en cinq parties, les diverses parties de Toraison et la manière de les traiter. Pour le genre judiciaire, il se servira des oraisons de Cicéron; pour le genre délibératif, il leur proposera Démosthène; pour le genre démonstratif, il se servira de Fléchier et de Bossuet : tous ces ouvrages sont en français. Il pourra leur faire un petit cours de poésie pour leur former le goût. Homère, Virgile, quelques odes d*Horace, Voltaire, Boileau, Racine, voilà des sources fécondes, dans lesquelles il peut puiser ce qui ornera l'esprit des jeunes gens, et leur donnera en même temps du goût {>our les beaux-arts. Dès que les élèves auront fait quelques progrès, il leur donnera des sujets de harangue dans les trois genres; il les laissera composer sans les aider, et il ne les corrigera qu'après qu'ils auront relu leurs ouvrages. Le grammairien, qui est un supplément à cette classe, corrigera les fautes de langage, et le sieur Toussaint les fautes contre la rhétorique. On fera de plus lire aux jeunes gens les lettres de madame de Sévigné, celles du comte d*Estrades et du cardinal d'Ossat, et on leur

fera écrire des lettres sur toutes sortes de sujets. |^^^ M. Toussaint ajoutera à ceci une histoire des beauxarts : il partira à cet e£fet de la Grèce, leur berceau, et nommera les hommes qui s'y sont le plus distingués : il passera ensuite à la seconde époque des arts, sous César et Auguste ; à la renaissance des lettres, du temps des Médicis; au haut point où elles parvinrent sou9 Louis XIV, et il finira par les personnes. les plus célèbres qui les cultivent de nos jours. .

« Le professeur d'histoire et de géographie composera un abrégé de l'histoire ancienne de Rollin : il tâchera de leur bien imprimer les grandes époques, et le nom des hommes les plus fameux. Il pourra se servir d*Echard ' pour l'histoire romaine, et d'un abrégé du P. Bar pour l'histoire de TEmpire. Cependant il doit soigneusement élaguer les petits détails ; et, proprement, l'étude de l'histoire ne doit s'étendre que depuLs Charles-Quint jusqu'à nous. Ces faits intéressants tiennent à nos jom*s, et il n'est pas permis à un homme qui veut entrer dans le monde d'ignorer des événements qui forment la chaîne des affaires courantes de TEurope. II ne suffit pas que le professeur enseigne rhistoire; il faut chaque jour» la leçon finie, qu'il y ajoute une demi-heure pour interroger les jeunes gens

* Laurent Echard, né en i67i, en Angleterre, à Baraliam, près de Beccles, comté de Suflblk, publia, en 4699, une Histoire ramaine^ thpuis la fondation de Jlome jusqu'à riiabtissement de r Empire par Auguste, et In continua ensuite jusqu'à Constantin. Daniel de Lu Uo<iuo et Gayot Desfontaines l'ont traduite en français.

On (luit k Echard d*aMtreg trataux historiques.

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nss- sur le point d'histolffe ({tl'il à traité; paroù il fora accoucher leur esj)rit de hîfleïiôns, soii morales, soit imlitiques, sôil iihilosôphi(|ties, ce qiii sera plus utile pour eux que tout ce qu'ils auroht appHâ. Par exemple, sur les (liffdrentes superstitions des peuples : u Croyez- « voiis que CurtiUs, eii sautant dans le trou qui s'dtait u formé à Rome, le fit fermer ? Votid voyez que cela « n'arrive pas de nos jours; ce qui doit bien vous faire i< ponser (|uecc conte n*est qu'une fal)le andenne... >• Après riiistoire des Décius, le mattre a Une occasion touie trouvée d'embraser le cœur de ses élèves de cet ardenl amour de la patrie, principe fécond en actions héroïques. S'il s'agit de César, île peut-il pas interroger la jeunesse sur ce ([u'elle pente de l'action de ce citoyen qui opprima sa pairie? E6t-il question des ci-oisades^ cela fournit Un beau sujet pour déclamer contre la superstition. Leiir raconté-t-on le massacre de la Saint-Darthélemi, on leur inspire de l'horreur pour le fanatisme. Leur parle-t-ôn d'un Cincinnatus, d'un Scipion, d'un Paul-Émile , on leur fait sentir que la vertu de ces grands hommes a été la cause de leurs l)elles actions, et que, sans vertu, il n'y a ni gloire ni véritable grandeur. Ainsi l'histoii'e fournit des exemples de tout. J'indique la méthode, niais je n'épuise pas la ttiatière : un professeur intelligent en aura assez |>our diriger son travail, par ce (pi'on vieht de dire. Le même professeur, en traitant la géographie, commencera [lar les quatre parties du monde; le nom des grands peuples siillit pour l'Asie, rAfri<iue et rAniérique. L'Ëuro|ie domande une connaissance plus exacte. L'Allemagne,

DE pii£i)É(iifc 11. Atid

comhie étant la patirie de là jeiiheteè qU'll élève, exigé iV^ tfue le professeur eûtre danâ les plUs ^rati(^é détàilâ des souvei*aitiè qui la goliveriièilt> déâ riviëfës tjtii là iravei*sëni, des cà{)itales de cHacjùé pPo^lilcë, dei^ Villes Impériales/ été. Il piouifà éë feel^vir dé Htibuer Jloùr cette partie de ses le^oflsi.

« Le professeur de ihéià|)hy8i({Ué cbhlfalëiièèi*a par un petit coiii*é dé morale i il duit fiàrtir dti prlhèipe, cluc la Vertu est iilile et Irfes-ùtllë â célUi qui là pratique ; il lui sera facile dé dërffdiltk'er que, sans veHu, là société lié saiiràit sUbMsiër. 11 défliiirà le cdinblo de la vertu, par le plus parfait désintéi^ës^ërflént, qdi fait iqu'on préfère son hohheur à toil ii]u!i«ét, lé bien géiiéral à ravàhtage particuliet, ei le bdîui de Id patrie H sa propte Vie. Il élitréi*à daiiâ Tëitàhlëii Uë Tàmbilioti bien ôii mal eniendiië : il iiibfaii^rà àùi élevée iilile rarilliition honiiôtë bu rémulatioli é^l là vëriU deâ grandes âmes; ^ùé c'est lé i^es^ort i|Ui |)ouése Kiii belles actions, et qui lei^ Fait ékitr^tiréiidt^ë àliit bdmmèé obscurs, pour que leur noiii sbit i^eçii ab terilj^lé dé Mémoire; que rieiî b^àvillt plus d'aussi béaui SeUtiihentâ et il'y est plii^ cbûtràit*ë qdé Tetivie et là baSsé jâïoiisie. 11 ihcUlqUera siirtoul àlajéuttessé^ J|iie,.^Ml y a Un sehtiment inilé daîl§ le ccéùi de rhbhittië, é'eist celui du juste; surtèiit il tâchérli, à'il se ftëut, dé faire de ses élèveé des èhthbuëiasteâ dé. là ^ë^tii;

« ..... Le cours dé faiétâphysiqUb ée '^ttihaéilbëHi par rilllstoirë des o^ililiéns des hdiflbiës, eta les pi*ehatit depuis le^ përipatéticiétaà, épicut*iëhé> blbîëiëtis, âcddcitlicltstl^, jusqu'à iiUS jbUrs. Le phifi^seUl* léUk* éx*^

■iiiO IIISTOIHE

^im" plaquera en détail Topinion de chaque secte, en se servant des articles de Bayle, des Tusculanes^ et du de Naiura Dtorum de Cicëron, traduits en français. De là, il passera à Descartes, Leibnitz, Malebranche, et, enfin, à Locke, qui, se guidant par Texpérience, s* avance dans ces ténèbres autant que ce fil le conduit, et s'arrête au l)ord des abtmes impénétrables à la raison. C'est donc h Locke principalement que le maître doit s'arrêter : cependant, après chaque leçon, il donnera encore une demi-heure à la jeunesse qui, ayant déjà fait sa logi* ({ue et sa rhétorique, est toute préparée aux exercices qu'on exigera d'elle»

c( Le professeur dira donc à un de ces jeunes gens d'attaquer le système de Zenon, et à un autre de le défendre, et il en usera de même sUr chaque système : api'ès quoi, il résumera ce que les élèves auront dit, ou leur fera remarquer la faiblesse de leur attaque ou de leur défense, en suppléant aux raisons qu*ils n'auront point attaquées, et aux conséquences qu'ils auront négligé de tirer des principes. Ces sortes de disputes se feront sans préparation : premièrement, pour obliger les élèves à être attentifs aux leçons; en second lieu, {>our les obliger à penser à ce qu'ils auront à dire ; et, en troisième lieu, pour les accoutumer à parler promptementsur toutes sortes de matières.

u Vient le professeur de mathématiques. I^ sieur Sulzer conçoit qu'on n'a pas intention d'élever des Bernouilly et des Newton : la trigonométrie et la partie de la fortification sont celles qui peuvent être les plus utilcii à la jeunesse qu*il élovo , et auxquelles il mettra sa

principale application, ainsi qu'à ce qui peut y influer. 1759- Cependant, il fera un cours d'astronomie, en parcourant tous les systèmes différents, jusqu'à celui de Newton, mais en traitant cette matière plus historiquement qu'en géomètre. II y ajoutera de môme quelques principes de mécanique, sans cependant trop approfondir la matière, faisant attention surtout de rectifier le jugement de la jeunesse, et de l'accoutumer le plus qu'il pourra à combiner des idées, et à saisir facilement les différents rapports que les vérités ont les unes avec les autres.

ce Le professeur en droit se servira de Uugo-

Grotius pour en extraire ses leçons. On ne prétend point qu'il forme des jurisconsultes consommés dans cette profession : un homme du monde se contente d'avoir des idées justes de cette science, sans l'approfondir entièrement. Il se bornera donc à donner à ses élèves une idée du droit du citoyen, du droit du peuple, de celui du monarque, et de ce qu'on appelle le droU public. Toutefois, il avertira la jeunesse que ce droit public manquant de puissance cOrrective pour le faire observer, n'est quun vain fantôme, que les souverains étalent dans les factums et dans les manifestes, lors môme qu'ils le violent. Il finira ses leçons par l'explication du Code Frédéric, qui, étant la compilation des lois du pays, doit être connu de chaque citoyen. »

Un examen attentif de cette instruction indique clairement quelles avaient été les études favorites de son auteur. S'étendant, avec prédilection, sur l'éloquence,

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n&3- la moralpy )a nffplqphysiciue, l'iiistf^fre, )a {^épgfaplijp^ Fi*ddéric no fait qi|e gljsser sur les matlfdmatiqucs, )^ physique et le droit. .

Toussaint; auteur (le divers quyrages e^ r<^fugié ^ UruxcUes, avait i*ëdigé (}ans celte ville, sous riiifluenco de TAutriche, unç gazette française, où, durant toute la guerre de Sept^-An^, le roi de Prusse ne fut design^ que sous le pom de Brigand du Nord. Oubliant Tinjur^ pour ne se rappeler quç le mërite, Frédëric confia à ce môm&Toussaintune chaire de logique et de rhétorique. Quatre universités florissaicnt en mémo temps à llallCi à Francfort-sur-rOdcr y à Kœnigsberg, à Duisbourg. Que dliommcs illustres sortis de ces écoles !

Le roi de Prusse n'avait aucune confiance dans \^ médecine*; mais, renfermant son incrédulité dans le^ limites d*une opinion individuelle^ il chercha constamment à perfectionner dans ses États cette application des sciences naturelles. Des cfiaircs^ où Ton pi*ofe$sait Tari de guérir, furent fondées à Berlin.

Sous les règnes précédents, divers enseignements n*avaient eu lieu qu'en langue gi*ecque : une henreusc'i

* lîii jour il cnroya son propre médecin h llauportuii^ li^i-nialail«* alors, a>ec ce hillet : t Je vous envoie le sieur Collenius, un des plu»i t^raiiils tliarlalans de ve ftays. Il a eu te iHtnlieur quelquefois de n-nssir iwir li;i»u-d, el jo stMili.ùte qu'il ail le m('ine sort avec vous. H foui (•nlonnera hicn des remèdes. Pour moi, je ne vous défends que les liqueurs, mais jii vous les di^friiils cnUèremeut. •

Si qui'slioh fa^orilca un méilrriu f|u'il >o)ail )KMir la preniière fniH calait celle -t'i : « (luniUen de gens avez- vous envoyés dans Taulre monde ? — Pas lanl que vous, Sire, lui répondit un jour le dmleur R;iylit«, el oveo moins de gloire. »

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iiiiioTQtiou 9ul>slHuà au langage i^tfwgcr ridiome pa- I76a. tionaL Fidèle au môme principe^ Je I^oi abolit Tùsage barbare, trop Ipqglemps répai^c^ ep Europe, d'écrire en latin sur des matières que Jq pe^p}^ idoit connaître, et d'où dépendeot I9 vie^ Thoiif^eur, lia Jiberté des ci-r toyens.

Afin d'inspirpr aux Pry wiep/? 1^ go|l)ijt dej^ beaux-art? par la vue de? jqfio4èles, il a^içtï; en 1741, I9 cpHectioqi d'antiques du fw^ntA |de P/^JjgQgÇ; /^uf la fj9wi]le de ^iobé, acquise par ^ui^ X^f^A^W; ^ modela la st^ilue du feld-maréçb^ à^ 3c)ii^<^i)9; J^çaert et plusieurs au^ très sculpteurs appelés par le Roi, résidèrent loqgteipps en Prusse; Amédée Van-Lpo peignilt les plafonds dlji nouveau S(ins-Souc%. , ,

De somptueux /édifices s'élevèrent à Postdam et k Berlin. Mais cette magnificence avait toujours un but utile; témoins, l'Hôtei des Invalides, pobje asile ou-* vert, comme Ta^onoe cette iqscr^ptiop fournie par Maupeiluis, MBso, sbd invigto Iuliti, Au guerrier mutilé, mais invaincu; la Bibliothèque pubjique, etc. Tandis qu'ailleurs les capitales ne s'embellissent que trop souvent aux dépens des provinces^ Frédéric répandait (3galcmen| la yie sur tous )es points du royaM.ip^e. Afalheureusement, le mauvais goût dépajra souvent les constmctions de son règne.

Économe jy^qu'à la parcimonie 4aos son intérieur, imlle dépense, s'il l'a croyait utile aux progrès des nils, ne l'ari^dtait. Durant plusieurs années, il consacra des sommes d'argent assez considérables à rcntrctieu d'une troupe de chanteurs itaiieus. .Cette tentative mu-

\]ït ^'^ ^^ institut appelé Y École réelle, ^arce que l'enseignement y reposait sur la présentation marne de& objets. Cette méthode obtint en Allemagne^ surtout à Dessau, Un plein succès. En efleti des notioilb qui arrivent à Tesprit par le tact et les ycui s*y gravant en caractères inèiTaçableSy les etifaiits apprennent ainsi, non des motSy mais des choses.

L'exemple du Roi forçait les gentilshommes à le suivre, et rexcmjile des gentilshommes entraînait une Ibule d'alîtt'es imitateurs. Obliges de conbourir à Tentretieil des écoleà de village, tous, |K)ur plaire au monarque, faisaient plus encore qu'il n'exigeait d'eux. Ailleurs, la rivalité des courtisans tarit les sources de la vie sociale ; en Prusse, bile tournait a l'avantage de la patrie.

Quelques années plus tanl, voulant former des hommes propres à la guerre et a la politi(iue, Frédéric cn^a Y Académie Civile et Militaire des jeunes yeiitilshonimes ; luimônle en rédigea tous les statuts. L'extrait suivant de cette /fisfhiciion indique comment il concevait les études historiques :

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