SIC PIÈCES
dissement sont incompatibles stcc une élroile liaison entre la Prusse et l'Angleterre.
« 4** Peut-on compter sur les promesses d'un prince qui manque à ses engagements ? I.e roi d'Angleterre promit, lorsqu'il assembla, en 4743, son année sur le Khin, de ne rien entreprendre, ni contre les États béréditaircs de TEmiMircur, ai contre sa dignité : et, à présent, conjointement avec la reine de Hongrie, il prend des mesures pour le forcer à l'abdication.
« 50 Rappelez-vous les intrigues du marquis de Botta à la cour de Pélersbourg : ne tendaient- elles pas à remettre la famille exilée sur le Irdne? Pourquoi ? Parce qu'il savait que l'impératrice Ëlisabetli élail duiis nos intérêts, et qu'il s'attendait que le prince Antoine, devant le rétublissemcnt de sa famille h la cour de Vienne, lui serait k jamais dévoué, et partagerait sa liainc pour tout ce qui est prussien. De plus, k quel dessein Gt-il usage de mon nom dans ceUe abominable conjuration, si ce n'était pour me brouiller avec l'Impératrice, au cas que sa trame fût découverte ? C'était, dites-vous, par un effet de la tendresse que la reine de Hongrie a pour ses parents. Hélas ! trouvez-mui de grands princes qui respectent les liens du sang.
« Qi^ Vous croyez qu'on ne doit pas mépriser la garantie du traité de BreslaUy qu'a donnée le roi d'Angleterre. Et je vous réponds que toutes les garanties sont comme des ouvrages de filigrane, plus propres k sa* tisfaire les yeux qu'k être de quelque utilité.
« 7"* Mais je veux bien vous abandonner tout ce que je viens de tous marquer. Vous sera-t-il possible de donner une bonne interprétatioa au traité de Worms et à celui de Varsovie ? Le langage des ministres autrichiens est que ce traité n*a pour objet que l'Italie : lisez les deux articles que j'ai cités, et vous verrez clairement qu'ils regardent, en général, l'Allemagne, et qu'en particulier ces articles m'ont directement en vue.
« tt» CeUe alliance avec la Saxe est encore moins innocente; elle livre aux Autrichiens un passage et des secours pour m'atlaquer dans mes pn»pres Tuycrs. Vous soutenez que cette alliance ne s'est faite que poar procurer des présents réciproques aux ministres qui sont k la tête dts alTaires dans les deux cours. En vérité, je ne m'y attendais pas; il faut avuuur que vous avez l'esprit transcendant.
« 9*' Voici une autre question : Attendra-t-on que la reine de Uongrie soit délivrée de tous ses emliarras, qu'elle ait la paix avec les
Français, qu'elle force rEnit)ereur à l'abdication? Altendra-Iron, dis-je» qu'elle puisse se senrir de toutes ses forces, de celles des Saxons et de l'argent de l'Angleterre, pour nous attaquer ayec tous ces avantages, au moment où nous serons dépourvus d'alliés, et que nous n'aurons d'autres ressources que celles de nos propres forces ? Vous soute*- jz que la reine de Hongrie ne terminera pas cette guerre dans une seule campagne, que ses pays sont ruinés, ses revenus arriérés de dix ans, et qu'elle ne sentira son épuisement qu'après la paix. Je réponds que tout le monde ne convient pas que ses Gnances soient aussi épuisées que vous le supposez. De vastes Ëlats lui fournissent de grandes ressources. Qu'on se souvienne qu'à la fin de la guerre de Suecesnan, guerre qui avait englouti des trésors, l'empereur Charles VI soutint encore toute une campagne contre les Français, sans subsides étrangers, lorsque la reine Anne fit la paix d'Utrecht séparément. Faut-il attendre qu*Ânnibal soit aux portes pour se déclarer contre lui ? Qu'on se souvienne qu'en l'année i 733 le comte de Zinzendorff pariait que les Français ne pas^raient pas le Rhin, pendant qu'ils bombardaient et prenaient Rebl. La sécurité ajoute que, lorsque le feu roi acquit la Pomé' raiijc ultérieure, tout le monde crut que la Suède ferait revivre t^l ou tard ses droits sur cette province, et cependant cela n'arriva pas. Cette comparaison est fausse, et ce raisonnement tombe de lui-même. Comment mettre en parallèle un royaume épuisé et démembré comme la Suède, avec la puissante liaison d'Autriche, qui, loin d'avoir fait des pertes, médite actuellement des conquêtes ?
« Les partisans outrés de la reine de Hongrie soutiennent qu'il n y a point d'exemple que la Maison d'Autriche ait commencé une guerre pour recouvrer des provinces perdues. U ne faut citer de tels faits qu'à des ignorants. Cette Maison n'a-t-elle pas voulu reconquérir la Suisse ? Combien de guerres n'a-t-elle pas faites pour rendre la Hongrie héréditaire? Et quelle était cette guerre entreprise par Ferdinand H pour chasser Frédéric V, électeur palatin, de la Bohème, dont il avait été élu roi par les vœux des peuples ? Ne futrce pas une guerre sanglante que la Maison d'Autriche fit à Bethlem Gabor pour lui ravir la Transylvanie ? Enfin qu'est-ce qui excite à présent la reine de Hongrie à presser les Français avec tant d'ardeur, si ce n'est l'espérance de reconquérir l'Alsace, la Lorraine, et de détrôner l'Empereur?
« Kaisonnait-on bien à Vienne, quand on y disait : « H est im- « possible que le roi de Prusse nous attaque, car aucun de ses aïeux
5{H PIKCIS9
« ne nous a fait la guerre ?» Ne nous Iroropont pi>iol : le« eiemplet du (Mu»sé, fussenl-ils ni(^ine Train, ne prouviiil rien pourTavenir. Celle asserlion-ci esl plus sAre : loul ce qui est possible peut arriver.
« i(y<> IHjur fortifier tous ces arguments par des preuf es plus palpables, je n'ai qu'à tous rappeler un propos que II. de llolé, général autrichien passant par llerlin, tint à II. dis Schini'tUu : ■ lia cour n\-ftl « pas assez mal avisée pour attaquer la Silésie; mius sommes alliés « avec lu cour de Dresde ; le chemin de la Lusace mène à Berlin le « plus directement; c*esl là qu'il nous convient de faire la paii. »
« Vous direz que Uolé parlait au hasard. Hais voyez ce qui confirme que le dessein de faire la paix à Berlin était celui de la cour de Vienne. 1^ prince I/)uis de Brunswick avait entendu |mrlcr de ce même plan à In reine de Hongrie, au service de laquelle il était; il eu avait fait confidence à son frère, le duc régnant ; et celui-là me Tavail communiqué. Un aveu de la bouche de l'ennemi tient lieu d'une démonstration.
■ Je conclus que nous n'avons rien à gagner en attendant, mais loul à perdre; qu'il faut donc faire la guerre, et qu'il vaut mieui, s'il le faut, |)érir avec honneur que de se laisser accabler avec honte quand on ne peut plus se défendre. >
(()) Lettres de Frédéric II à madame la eomteue de Camai^ OMcii grande mailreue de la cour de la feue reine douairière,
A Neuiudi, le II novenibrc ITSa.
« Je suis exact à vous répcmdre, et empri^ssé h vous satisfaire. Il est singulier, comme l'Age se rencontre. Depuis quatre ans, j'ai renoncé aux soiip«*rs, incompatibles avec le métier que je suis obligé de faire; et, Ifs jours de marche, mon dîner consiste dans une tasse de chocolal- Nous avons couru, comme des fous, tout enflés de notre vieloire, essayant si nous pouvions chasser les Aulrichivns de Dresde; ils se sont moqués de nous du haut de leurs intuitagncs; je suis revenu sur mes pas, comme un petit garçon, me cacher de dépit dans un dca plus maudits villages de la Saie. A présent, il faut chasser de Freyherg et de Cheiuiiitz rncbsicurs les Cercles, |N)ur avoir de quoi vivra 1*1 nous placer.
M C'est, je \ou»i jiirr, «lie chienne de %ie, quVxccptè Diin (jiiicliulle.
JtSTliriCAtlVKS. 549
personne n*a menée que moi. Tout ce Irain, tout ce désordre qui ne finit point, m'a si fort vieilli que vous aurez peine à me reconnaître. Du côté droit de là tète, les cheveux me sont devenus tout gris; mes dents se cassent et tombent. J'ai le Yisage ridé comme les falbalas d'une jupe, le dos Toûté comme un moine de la Trappe. Je vous préviens sur tout cela, afin qu'en cas que nous nous voyions encore en chair et en os, vous ne tous trouviez pas trop choquée de ma figure. Il né me reste que le cœur qui n'est point changé ^ et qui conservera, autant que je respirerai, les sentiments d'estlmt) et d'une tendre amitié. Adieu. »
Le 97 novembre.
t Vous voyez, ma bonne maman, ayec quelle ad i vile vous éles servie : voici le tabac. Nous arrangeons ici nos quartiers d'hiver; j'ai encore une petite tournée k faire, et ensuite j'irai chercher la tranquillité k Leipzick, si elle s'y trouve. Mais, pour moi, ce n'est qu'un mot métaphysique qui n'a point de réalité. Entre nous soit dit, c'est une chienne de vie, ma bonne maman, que celle que nous menons; mais il faut faire bonne mine à mauvais jeu.
« Adieu, ma toute bonne; ne m'oubliez point, vous auriez grand tort, car personne ne vous aime et vous considère plus que je le fais. >
Le I décembre.
« En vérité, ma bonne maman, voiis êtes bien experte, et je vous félicite de vous connaître si bien en hydropisie. L'aventure qui vient d'arriver est tout ordinaire; il n'y é point de couvent même Où cela n'arrive. Moi, qui suis fort indulgent pour les faiblesses de notre espèce, je ne lapide point les filles d'honneur qui font des enfants. Elles perpétuent l'espèce, au lieu que ces farouches politiques la détruisent par leurs guerres funestes. Je vous avoue que j'aime mieux les tempéraments trop tendres queces dragons de chasteté qui déchirent leurs semblables, ou ces femmes tracassières, foncièrement méchantes et malfaisantes. Qu'on élève bien cet enfant; qu'on ne prostitue point une famille, et qu'on fasse, sans scandale, sortir cette pauvre fille de la cour, en ménageant sa réputation autant que possible.
« Nous avons la paix, ma bonne maman, et je me propose bien de rire entre quatre yeux, quand j'aurai le plaisir de vous voir. Adieu, ma lH>nne maman, je vous embrasse. >
r>20 PIÈCES
A MoiiMD, lo 10 ddcmlM.
« J» VOUS envoie, ma bonne maman, une bagatelle pour vous faire un souvenir de moi. Vous pouvez vous servir de celle labalière pour y met- In: du nuige, ou des mouches, ou du lalmc, ou des dragées ou des pilules i mais, à quelque emploi que vous la destiniez, |iensezau moini», en voyant ce chien , cet emblème de la fidélité , que celui qui vous l'envoie passe en attachement pour vous la fidélité de tous les chiens de Tunivers, et que son dévouement [lour votre personne n*a rien de commun avec la fragilité de la inati<*re qu'on fabrique ici. J'ai commandé ici du la |)orcelaine pour tout le monde, pour Schœnbausen, pour mes lielles-sœurs ; en un mot, je n^ suis riche à présent qu'en cette matière fragile. J'espère que ceux qui la recevront la prendront |H)ur bon argent, car nous sommes des gueux, ma bonne maman, il ne nous reste que l'honneur, la cape et l'épée, et de la porcelaine.
t Adieu, ma chère et l>onne maman ; s'il platt au ciel, je vous verni encore face à face , et je réitérerai de vive voix ce que j'ai dit ; mais, quoi que je fusse, je n'exprimerai que très-imparfaitement tout ce que mon cœur pense sur votre sujet. >
Au quartier de RcUen, lo S juio ITSS.
t Je suis bien persuadé, ma bonne maman, de la part sincère que vous prenez aux btms événements qui nous arrivent. Le mal est que nous avtuis été si Ims, qu'il nous faut k présent toutes sortes d'événements fortunés |K)ur nous relever, et deux grandes paix qui pourraient rétablir le calme partout ailleurs, ne sont, en ce moment-ci, qu'un acheminement pour finir la guerre moins malheureusement.
« Je souhaite de tout mon aeur que le ciel vous conserve jusqu'à ce que je vous puisse vuir, vous entendre et vous embrasser. Selon loule apparence, v(ms |M)urrez redevenir, dans |)eu de temps, les tranquilles et pacirupii^s habitants de licrlin. Pour nous autres, il faudra guerroyer jusqu'à rextinrlion de la chaleur naturelle. Il faut pourtant que liiut ceci finisse, et la seule perspective agréable qui me reste k la p.iii» est de vous assurer, de vive voix, de toute ma ccmsidératiou et de i'eslime av(*r lesfiuelles je suis, ma bonne maman, votre fidèle ami. »
LeSTjafn.
« Je me réjouis, ma bonne maman, de ce que yous avez si bon courage, et je TOUS exhorte fort d'en redoubler encore. Tout Gnit; ainsi il faut espérer que cette maudite guerre ne sera pas la seule chose éternelle dans ce monde. Depuis que la mort a troussé une certaine c... des pays hyperboréens, notre situation a avantageusement changé, et devient beaucoup plus supportable qu'elle ne Tétait. Il faut espérer que quelques bons événements arriveront encore, dont on pourra proGter pour parvenir à une bonne paix.
« Vous me parlez de Berlin. Je souhaite beaucoup de vous y savoir tous ensemble; mais je voudrais que, si vous y alliez, ce ne fût point comme des oiseaux perchés sur une branche , et que vous y pussiez rester avec la dignité iconvenable. Gela fait que j'attends le moment où je croirai cette sûreté établie sur de bons fondements pour vous écrire d'y retourner. Si tout ceci finit bien et honnêtement, que je bénirai le ciel de vous revoir, ma bonne maman, et de vous embrasser! Oui, je dis embrasser; car vous n'avez plus d'autre amant dans le monde que moi; vous ne pouvez me donner de la jalousie, et je suis en droit d'exiger un baiser pour prix de ma constance et de Tallaclicmenl que j'ai pour vous. Vous pouvez vous y préparer. Finette * en dira ce qu'elle voudra, elle en pourra sécher de dépit; car, depuis son défunt duc, elle n'a plus de baiseur.
« Adieu, ma bonne maman; pardon des pauvretés que je vous écris; c'est que je suis seul, que j'oublie quelquefois mes embarras, que je vous aime, et que je profite du plaisir de m'entretenir avec vous. >
A Petenwalde, ce M octobre l7fS.
« Je voudrais pouvoir prendre tous les jours une forteresse, ma bonne maman, pour recevoir de vos aimables lettres ; mais des imbéciles de commandants m'en perdent souvent d'une façon honteuse, et quand j'ai des empereurs qui me veulent du bien...., jugez après cela de la jolie situation on je me trouve. Si notre empereur vivait encore, nous aurions la paix cet hiver, et vous pourriez retourner de plein
> Petite chienne.
saut dans votre paradis sablonneux de Berlin. Hais le public qui le flatte a cru, sans raison, que la paix suivrait la prise de Sdiweidnilz. Vous avez peut-être espéré que cela pourrait être; mais je vous assure, aulant quej'y puisse comprendre, que nos ennemis n'ont encore aucune envie de s'accommoder. Jugez, après cela, s'il serait prudent de retourner à Berlin, au ristiue de s'enfuir à Spandaw à la première alarme. « Vous me parlez de la pauvre Finette; hélas! ma bonne maman, depuis six ans, je ne plains plus les morts, mais bien les vivants. C'est une chienne de vie que celle que nous menons; et il n'y a aiieun regret à y donner. Je vous souhaite beaucoup de patience, ma bonne maman, et toutes les prospérités dont ces temps calamileux sont susceptibles; surtout que vous conserviez votre lionne humeur, le plus grand et le plus réel trésor que la nature puisse nous donner. i*onr moi, ma vieille amitié et l'estime que je vous ai vouée ne se démentiront jamais. Je suis sûr que vous en étrs persuadée Adieu, ma bonne maman. •