‹ Histoire de Frédéric le GrandChapitre 6 sur 32 · HI8T0IU · texte numérisé non relu

HI8T0IU

de sa fille atnëe avec le margrave de Schwedt» neveu d'Aiihalt, et héritier de la couronne de Prusse, si Frédëric-Guillaume mourait sans enfants mftles.

Or, la faible constitution du Jeune Frédéric semblait devoir réaliser cette dernière éventualité.

Le Roi ne repoussa point la combinaison, sans toiH* tefois prendre un parti définitif, la princesse ayant à peine huit ans. Malheureusement pour les deux complices, la santé de Frédéric, en se fortifiant, leur enlevait peu à peu tout espoir; celle du Roi se raffermissait aussi de jour en jour.

Loin de se décourager, le prince d'Anhalt et Grumkew résolurent d'en finir d*un seul coup.

L'occasion se présenta. Depuis quelque tem|>s, une troupe de comédiens et de danseurs de corde jouait sur un tliéâtre construit au Marché Neuf; le Roi, qui s'y amusait beaucoup, ne manquait aucune représentation. D'Anhalt et Grumkow choisirent ce liei pour le théâtre de leur aflreuse tragédie : là, À la faveur d'un incendie, on devait étrangler Frédéric-Guillaume et son fils; puis Anlialt et Grumkow s'emparaient de la régence au nom du margrave de Scliwedt, alors en Italie.

Le vendredi fut fixé pour l'exécution.

Mais, par un bonheur providentiel, le comte de Mantenfel, envoyé du roi de Pologne à Berlin, était intimement lié avec Grumkow : dès qu'il sut les d^ tails du complot, plein d'horreur, il les découvrit à sa maîtresse, madame de Blaspil, favorite de la Reine, qui, sans oser tout dire à sa souveraine, en révéla

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assez pour Tcfirayer, ajoutant qu'à tout prix il fallait empêcher le Roi et son fils d'aller au spectacle.

Mais écoutons la margrave de Bareith elle-même, témoin et unique narratrice de cet épisode : « Le vendredi étant enfin arrivé, la Reine, après m*avoir fait mille car resses, m'ordonna d'amuser le Roi, afin de lui faire oublier l'heure fixée pour la comédie; ajoutant que, si je ne réussissois pas, et que le Roi voulût prendre mon frère avec lui, je devois crier, pleurer et l'arrêter, s'il étoit possible. Pour me faire plus d'impression, elle me dit qu'jl y alloit de ma vie .et de celle de mon ^ère. Je jouai si bien mon personnage, qu'il étoit six heures et demie sans que le Roi s'en fût aperçti; s'en rappelant tout d'un coup, il se leva, etprenoitdéjà le diemin de la porte, tenant son fils par lamain, lorsque celui-ci •commença à se débatlre, et à faire des cris terribles. Le Roi> surpris, tenta .de le ra^ mener par la douceur : mais, voyant qu'il n'y gagnoitrien et que ce pauvre enfant ae y4>.uloit pas le suivre, il voulut le battre. La Reine «'y opposa; msûs le Roi, le prenant sur ses bras, voulut l'emporter de force. Ce fut alors que je me jetai à ses pieds que l'eooJbirassai, en les arrosant de mes larmes^ La Reine se jnit au^^devant de la porte, le suppliant de rester ce jour au château. Le Roi, étonné de cet étrange procédé^ en «voulut savoir la cause. La Reine nesavoit.queluirépoBdre^ Mais ce prince, natu^ rellement soupçonneux, conjectura qu'il y avoit quelque conspiration xxuitre Jui. Lé procès ide Trosqui*

* Gentilhomme sîlésien qui, après aToir faîl le métier d'espion prussien au camp suédois, pendanl la campagne de Slralsund, fui arrêté sous la préTeniion de même métier à Berlin, pour le compte des Suédois,

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n'étoit point fini ; il 8*imagina que cette affaire donnoit lieu aux appréhensions de la Reine. L'ayant donc extrêmement pressée de lui dire de quoi il s'agissoit^ elle se contenta, sans lui nommer madame de Blaspil, de lui répondre qu'il y alloit de sa vie et de celle de mon frère. Cette dame, s*étant rendue, le soir, chez la Reine, jugea qu'après la scène qui venoit de se passer, elle ne pouvoit plus se taire. Elle lui découvrit donc tout le complot, la suppliant de lui procurer, le lendemain, une audience secrète du Roi.

u La Reine n'eut pas de peine h l'obtenir.

« Madame de Blaspil ayant découvert à ce prince toutes les particularités dont elle étoit informée, le Roi lui demanda si elle pourroit soutenir, en face, à Grumkow ce qu'elle venoit d*avancer; à quoi ayant répondu que oui, ce ministre fut appelé. 11 a voit pris ses précautions de loin, et n'avoit pas sujet de crainte. Le Fiscal général Katch, homme d'obscure naissance, lui devoit sa fortune. Digne de la protection de Gnimkov^, c'ëtoit la vive image du juge inique de l'Évangile; il étoit craint et abhorré de tous les honnêtes gens. Outre cela, Grumkow avoit grand nombre de créatures dans la justice et dans les dicastères; il se présenta donc hardiment au Roi qui lui fit part de la déposition de madame de Blaspil. 11 protesta de son innocence, s'écriant qu'on ne pouvoit être ministre fidèle sans être exposé aux persécutions ; et qu'il paroissoit assez, par les lettres de madame de Blaspil à Trosqui, que cette dame ne chercboit qu'à intriguer et à brouiller la cour. Il se jeta aux genoux du Roi, le supplia de faire examiner cette affaire à

la rigueur et Bans méuagement, et s'offrit à prouver autheutiquemeut la fausseté des accusations.

« Le Roi fit donc chercher Katch, comme Grumkow Tavoit prëvu. Malgré toutes ses menées, celui-ci se vit à deux doigts de sa perte. Eatch sut la prévenir; il {^voit une dextérité étonnante à dérouter les criminels qui avoient le malheur de l'avoir pour juge. Des questions captieuses et des tours artificieux les confondoient. Madame de Blaspil en fut la victime. Elle ne put donner des^ preuves évidentes de ses accusations qui furent traitées de calomnies. Katch, voyant le Roi dans une violente colère , lui proposa de lui faire donner la question. Un reste d'égards pour son sexe et pour son rang la sauva de cette ignominie. Le Roi se contenta de l'envoyer, lé soir môme, àSpandaw, où Trosqui fut conduit quelques jours après. Cette dame soutint ce revers avec une fermeté héroïque. On la traita, au commencement, avec rigueur et dureté. L'ayant renfermée dans une chambre grillée, humide, sans lit ni meubles, elle resta, trois jours, dans cet état , ne recevant absolument que ce qu'il lui falloit pour vivre. Quoique la Reine fût enceinte, le Roi ne la ménagea pas, et lui annonça, dune façon trèsdésobligeante, le malheur de sa favorite. Elle en fut si vivement touchée, qu'elle fît craindre une fausse couche. Outre l'amitié qu'elle avoit pour madame de Blaspil, la considération du testament du Roi, qui étoit resté entre les mains de cette dame, lui causoit de mortelles alarmes. Un incident heureux la tira de peine. Le maréchal de Natzmar, homme d'un mérite

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irëtoit point fini; il s'imagina que cette affaire donnoit lieu aux appréhensions de la Reine. L'ayant donc extrêmement pressée de lui dire de quoi il s'agissoit, elle se contenta, sans lui nommer madame de Blaspil, de lui répondre qu'il y alloit de sa vie et de celle de mon frère. Cette dame, s étant rendue, le soir, chez la Reine, jugea qu'après la scène qui venoit de se passer, elle ne pouvoit plus se taire. Elle lui découvrit donc tout le complot, la suppliant de lui procurer, le lendemain, une audience secrète du Roi.

« La Reine n'eut pas de peine à l'obtenir.

« Madame de Blaspil ayant découvert à ce prince toutes les particularités dont elle étoit informée, le Roi lui demanda si elle pourroit soutenir, en face, à Grumkow ce qu'elle venoit d^avancer; h quoi ayant répondu que oui, ce ministre fut appelé. Il avoit pris ses précau* tions de loin, et n'avoit pas sujet de crainte. Le Fiscal général Katch, homme d'obscure naissance, lui devoit sa fortune. Digne de la protection de Grumkow, c'ëtoit la vive image du juge inique de l'Évangile; il étoit craint et abhorré de tous les honnêtes gens. Outre cela, Grumkow avoit grand nombre de créatures dans la justice et dans les dicastères; il se présenta donc hardiment au Roi qui lui fit part de la déposition de madame de Blaspil. Il protesta de son innocence, s'écriant qu'on ne pouvoit être ministre fidèle sans être exposé aux persécutions; et qu'il paroissoit assez, par les lettres de madame de Blaspil à Trosqui, que cette dame ne cherchoit qu'à intriguer et à brouiller la cour. Il se jeta aux genoux du Roi, le supplia de faire examiner cette affaire à

la rigueur et i^ns méuagement, et s'offrit à prouver autheutiquemeut la fausseté des accusations.

« Le Roi fît donc chercher Katch, comme Grumkow Tavoit prëvu. Malgré toutes ses menées ^ celui-ci se vit à deux doigts de sa perte. Katch sut la prévenir; il {^voit une dextérité étonnante à dérouter les criminels qui avoient le malheur de Tavoir pour juge. Des questions captieuses et des tours artifîcieux les confondoient. Madame de Blaspil en fut la victime. Elle ne put donner des, preuves évidentes de ses accusations qui furent traitées de calomnies. Katch , voyant le Roi dans une violente colère, lui proposa de lui faire donner la question. Un reste d'égards pour son sexe et pour son rang la sauva de cette ignominie. Le Roi se contenta de l'envoyer, lé soir môme, àSpandaw, où Trosqui fut conduit quelques jours après. Cette dame soutint ce revers avec une fermeté héroïque. On la traita, au commencement, avec rigueur et dureté. L'ayant renfermée dans une chambre grillée, humide, sans lit ni meubles, elle resta, trois jours, dans cet état , ne recevant absolument que ce qu'il lui falloit pour vivre. Quoique la Reine fût enceinte, le Roi ne la ménagea pas, et lui annonça, d'une façon trèsdésobligeante, le malheur de sa favorite. Elle en fîit si vivement touchée, qu'elle fît craindre une fausse couche. Outre l'amitié qu'elle avoit pour madame de Blaspil, la considération du testament du Roi, qui étoit resté entre les mains de cette dame, lui causoit de mortelles alarmes. Un incident heureux la tira de peine. Le maréchal de Natzmar, homme d'un mérite

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infini et d'une probité reconnue^ reçut l'ordre de mettre le scellé chez elle. La Reine se servit du ministère de son chapelain, nommé Boshart, pour faire savoir au maréchal Tinquiétude où elle se trouvoit^ et pour le conjurer de lui remettre le testament du Roi. Le chapelain lui détailla le danger que courroit cette princesse si Ton trouvoit cette pièce, et il s'acquitta ai bien de sa commission , qu'il l'engagea à satisfaire aux désirs de la Rçine; ce qui dérangea fort les desseins de Grumkow. On ne trouva rien de suspect parmi les papiers de madame de Blaspil, et l'on cessa de faire des poursuites ultérieures.

« J'ai appris toutes les particularités que je viens d'écrire de la Reine, ma mère ; elles ne sont connues que de très-peu de personnes. La Reine avoit pris lieaucoup de soin de les cacher, et mon frère, depub sou avènement à la couronne, a fait brûler tous les actes du procès.

« Madame de Blaspil fut élargie au bout d*un an , et sa prison fut commuée en un exil au pays de Qèves. Le Roi la revit quelques années après, lui fit beaucoup de politesse et lui pardonna le passé. Après la mort de ce prince, le roi, mon frère, pour faire plaisir à la Reine, la plaça , comme gouvernante , auprès de mes deux sœurs cadettes, et elle exerce cette charge encore actuellement *. »

Tous ces faits, on ne les trouve que dans les Mémoim

* Mèmoitu de Frfdérique-Sophie-WiUieluiine de I^niise, nurgnife

d(* Bamih, tomv I.

de la margrave : nul vestige ailleurs. Gomine ellemême les tenait de la Reine, ennemie personnelle de d'Anhalt et de Grumkow, peut-être ont-ils été exagérés, mais le fond doit être vrai .

Au reste, à peine, roi, Frédéric fit M. de Grumkow feld-maréchal et gouverneur dé Berlin : or, quiconque a bien étudié le caractère de ce prince ^ y trouvera la preuve de la conjuration. ^

Frédéric avait atteint seize aiis, quand son père, non sans beaucoup de répugnance, Temmena avec lui dans une visite au roi de Pologne, Auguste II. C'était au commencement de l'année 1728.

Tout à coup un monde nouveau s'ouvrit devant cette jeune et ardente imagination. En effet, rieA de plus opposé que les deux cours de Dresde et de Berlin. Dans l'une, un monarque sévère, dés hommes sérieux comme la discipline qui les régissait, toujours occupés et rigidement économes; des femmes modestes, vouées au^ vertus domestiques, à la vie intérieure. Dans l'autre, la plus brillante, la plus voluptueuse de l'Allemagne, peut-être même de l'Europe, le prince encourageait le vice et la galanterie par son exemple'; autour de lui éclatait un luxe asiatique.

Quel contraste, aux yeux de Frédéric, avec l'âpre parcimonie de son père ! A Berlin, une seule préoccupation dominait leç esprit^, le service de TÉtsit; à Dresde, au contraire, où les soins du gotivernement

I De ses nombreuses maîtresses, Âugusle eut trois cent cinquantequatre enfants.

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obtenaient à peine quelques heures sacrifiées à regret, • on ne songeait qu*à jouir, à dissiper gaiement la fortune publique. Une fête remplaçait une fête; les plaisirs se reproduisaient sous mille formes ingénieuses, car la satiété semblait le seul ennemi à craindre.

Un spectacle si nouveau devait faire d'autant plus d^mpression sur le jeune Frédéric, que le prince qui Toffrait était d'une merveilleuse amabilité. Auguste, à un esprit brillant, à des dehors chevaleresques, à l'air le plus noble, alliait des façons charmantes et le don d'enchanter tous ceux qui rapprochaient. Mais s'enivrer de volupié ne lui suflisait pas; il voulait qu'autour de lui tout suivit son exemple : des mœurs pures lui semblaient un ridicile préjugé ou même un reproche tacite. Triompher des scrupules de Guillaume, en guidant les premiers pas de son (ils dans la route des plaisirs, eût donc été, aux yeux d*Auguste, une éclatante victoire. Pour y parvenir, et commencer utilement Tattaque auprès du père, Auguste eut d*abord recours au meilleur vin de Hongrie , et à toutes les séductions de la table : Frédéric-Guillaume ne se montra pas insensible; bientôt, sa rude humeur s*amolIit le verre à la main; mais, dès qu*il entrevit le piège tendu à son fils, justement indigné, il menaça de quitter Dresde.

Auguste parvint cependant à entraîner riunocent prince. Celui-ci était devenu éperdument amoureux de la belle comtesse Orzelska, à la fois fille naturelle du roi de Pologne et sa maîtresse ! Auguste, qui aimait trop la comtesse pour s*en séparer, et qui avait dëji IMHir rival le comte Rodofski, son |)ropre fils, frère

même de la comtesse^ cédâ^ en échange^ à Frédéric, une très-belle fille qui le suivit à Berlin, à Tinsu de son père. Ce fut là son premier amour.

En lisant ces scandales donnés par un roi en cbeveux blancs, la bonté monte au front, et Tindignation au cœur. Mais le silence serait une faiblesse; car Tbistoire doit peser, comme un cbàtiment, sur de tels attentats à la pudeur publique.

Cependant Frédéric-Guillaume, n'oubliant pas le but de son voyage , conclut avec Auguste un traité : il s'engageait à fournir à son allié un certain nombre de troupes pour forcer les Polonais à rendre la couronne héréditaire dans la Maison électorale de Saxe; en outre, sa fille, la princesse Sopbie-Frédérique-Wilhelmine, apportait à ce prince, avec sa main, une dot considérable, et un jprét de quatre millions. De son côté, Auguste, entre autres conventions, donnait la Lusace en hypothèque des quatre millions.

Comme le roi de Pologne devait venir à Berlin pour assister à une grande revue, la signature du traité fut remise à cette époque, et n'eut pas lieu.

Là sœur bién-aimée de Frédéric, cette margrave de Bareith, si remarquable par les qualités du cœur et de l'esprit, dit qu'à dater du séjour de Dresde, son frère se livra au plaisir avec passion, et que sa santé même en soufirit. Mais cette fougue du jeune âge, le prince royal sut bientôt la dompter; un tel homme ne pouvait rester longtemps l'esclave de ses sens ^

' Denkwurdigkeilen meiiier Zeit^ oder Beiirage zur Geschichte vam

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Ce voyage en Saxe eut, sur les destinées de Frédériei une influence bien autrement digne d'attention. Dresde était aIoi*8 T Athènes de l'Allemagne; dans ce sanctuaire des lettres, des arts, de la philosophie, la lumière circulait à grands flots. Ce fut là, au milieu de celte fermentation intellectuelle, que le jeune prince laissa éclater son esprit vif, pénétrant, avide de connaissances, ennemi de toute entrave.

Étonné d'abord, bientôt choqué de ce développement imprévu, le roi voulut l'arrêter; mais le brutal deepo* tisme de ses procédés produisit un eflet tout contraire.

Ici commence la série des rudes épreuves qui atten« daient le héros futur. Contrarié dans tous ses goûtai blessé dans ses aflections, soumis aux traitements les plus cruels, aux caprices les plus injurieux, il sentit bientôt que la force d'âme est le premier besoin des rois.

Passionné pour la musique, mais n'ayant autour de lui personne qui pût l'accompagner, le prince royal faisait quelquefois de petits concerts avec la fllle d'un honnête bourgeois de Postdam, sous les yeux de ses parents. L'amour n'entrait i)our rien dans ces relations; telle ne fut pourtant point Topinion de Frédéric-Guillaume. A peine instruit de Temploi que son flis a fait de quelques soirées, une intrigue scandaleuse se déroule à ses yeux; les parents sont complices; la musique

lezien Viertel des achtuhnien uml vom Anfang du ff^tmfoêhmtm Jnkf'^ hunderU, 1778 6m iSOti, \on Cbrislimi Willielm von lk>lifn. «Failf mémorables de mon temps, ou Su|i|)l(^incnt k l'hisloirc du dernier quàTi du di\-liuilième sièclu el du comuicnccmeiil du dix-neuvième, de 1778 à 1806, par Chriitian'GuiUaume d$ Dohm, 4* volume. •

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n^est qu'un prétexte ; il faut un châtiment dévëre. Aussitôt, sans même chercher à vérifier ses injustes conjectures, le Roi fait enlever la jeune fiUe, et, par ses ordres, le bourreau la flagelle, en plein jour, dans les rues de Postdanl^

Cette cruauté, si révoltante en elle-même, si contraire à la conduite que, dans la suite, il devait tenir sur le trône, causa à Frédéric un vif ressentiment.

Chaque jour croissaient son amoilr de Tétude et son aversion pour la Société, pour les habitudes de son père. En efiet^ quels attraits pouvaient lui offrir une tabagie enfumée *, retraite favorite du vieux roi, et les insipides entretiens de quelques généraux illettrés?

< Roi à son lotir, Frédéric assura une pension de iSM) reisdaliers à cette infortunée, qui avait épousé un pautre yoilurier de Berlin.

* t G*ëtait oùe salle isolée, placée il Berlin sur le bord de là Sprée, au fond du jardin qui est aujourd'hui la place dVm^f de même que la tabagie est deyenue un atelier de sculpteur. Le roi s'y rendait ordinairement Ycrs les sept, huit ou neuf heures du soir; il y trouvait ceux il qui il avait permis d'y venir, et y restait jusque yers onze heures ou minuit. On y fumait, on y buvait de la bière, on y causait familièrement de choses diverses. Les meubles se réduisaient il une longue table de sapin, ayant de chaque cAté un banc de même fabrique ; à un bout un fauteuil, aussi grossier que tout le reste, pour le roi, et k l'autre bout un autre fauteuil k peu près semblable, excepté que le dossier en élait surmonté de detix grandes oreilles de lièvre, symbole accrédité chez les Allemands pour désigner la légèreté ou le peu de mérite des personnes. Ce dernier fauteuil était ainsi décoré, parce qu'il était réservé k un ancien serviteur adtnis dans cette société, où il servait de messager et de bouffon. C'est Jk que Guillaume se faisait raconter les anecdotes du jour, que lui-même faisait part aux autres de ce qu*il avait remarqué de curieux, et qu'on cherdiail k le disposer Selon les intérêts ou les passions des assistants ou de leurà amis. • (Thiébault, Mes Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, etc.)

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Vivant donc h Yécart, sans peut-être ménager asseï les préjugés du roi, il contribuait lui-même à se déshériter de rafiection paternelle. L'urbanité de ses manières, la hardiesse de ses opinions, son goût pour la parure, et, par-dessus tout, une extrême répugnance à porter l'uniforme, indignaient Frédéric-Guillaume, u Ce n'est, disait-il avec colère, qu'un petit-mattre, un bel esprit français qui gâtera toute ma besogne. »

Cependant MM. de Grumkow et de Seckendorff, qui craignaient toujours Talliance anglaise et le double ma* riage, redoublaient d'eflbrts pour attiser les dissensions de la famille royale ; leur projet était, à force de mauvais traitements, de compromettre, sans retour, le prince royal, en Tentralnant à quelque détermination extrême. D'abord, sous prétexte que Frédéric, parvenu à sa dix-huitième année, n'avait plus besoin de gouverneur, ils^éloignèrent de lui MM. de ilinckestein et de Kalstein, ajoutant que la retraite du premier priverait surtout la Reine de son principal agent. A leur place, on mit deux officiers, à titre de compagnons seulement; l'un, le colonel de Rochau, très-honnéte homme, mais esprit médiocre; l'autre, le major deKayserling, homme d*honneur aussi, mais étourdi, adonné au plaisir, (c qui faisoit le bel esprit, et n'étoit qu'une bibliothèque renversée*. »

De son côté, il faut bien le dire, la Reine, par ses indiscrètes démarches pour arriver au mariage anglais.

* àiimairet de Frédériquc-Sopliie-Wilbelmine de Prune, margrave de Râreilli» loine 1.

démarches qui ressemblaient fprt à des intrigues, ne contribuait pas peu à fomenter Tirritation du Roi.

Aussi^ de jour en jour^ ce prince redoublait-il de sévérité, tantôt en multipliant autour dô son fils les exercices militaires, tantôt en l'arrachant à ses occupations chéries^ Toute sa tendresse semblait concentrée sur Auguste-Guillaume, son second fils, dont il voulait faire son successeur. Le prince royal, sans l'énergie de sa résistance, eût même été contraint de renoncer à ses droits *; mais il jurait de se laisser couper la tête plutôt que d'y consentir. Enfin, un jour, poussé à bout : « Eh bien! dit-il à son père, déclarëz-moi publiquement bâtard, et je cède le trône à mon frère. »

Furieux de rencontrer une volonté plus forte que la sienne, le Roi, je n'ose plus dire le père, se plut à inventer de nouvelles persécutions.

Enfin, peu de temps après son retour de Libnow, petite ville saxonne, la Reine reçut, en secret, la lettre suivante :

« Je suis dans le dernier désespoir. Ce que j'avois toujours appréhendé vient enfin de m'arriver. Le Roi a entièrement oublié que je suis son fils, et m'a traité comme le dernier de tous les hommes. J*entrois ce matin dans sa chambre, comme à mon ordinaire; dès qu'il m'a vu, il m'a sauté au collet en me frappant avec sa canne, de la façon du monde la plus cruelle. Je tâchois en vain de me défendre; il étoit dans un si terrible emportement qu'il ne se possédoit plus, et ce n'a été qu'à

* Ses deux frères atnés étaient morts au berceau.

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