‹ Histoire de Frédéric le GrandChapitre 5 sur 32 · C0 HISTOIRE · texte numérisé non relu

C0 HISTOIRE

Du Han néanmoins lui enseigna l'histoire ^ la philosophie, la littérature française; le major de Schœniog, le familiarisa avec les mathématiques et Tart de hi guerre. Telle était TafTection du prince pour ses instituteurs, qu*à la fin de ses études il ne voulut point s'en séparer; tous deux restèrent à sa cour de Rheinsberg : rattachement de leur élève-roi ne varia jamais.

Dès sa jeunesse, les goûts de Frédéric^ ses amusements mêmes, révélèrent un vif penchant à la satire. Ainsi, une troupe de singes, qu'il aimait beaucoup, devenaient les instruments ou les complices de ses espiègleries. Chacun de ces animaux avait son titre : Tun était son chancelier, l'autre son chambellan; celui-ci son conseiller intime, celui-là son contrôleur des finances. « Ces messieurs, disait-il en riant, me représentent la cour de mon grand-|>ère Frédéric I*'. w

Un jour qu'il cherchait un de ces malicieux courtisans, il ouvre la porte de l'antichambre, en criant : u Monsieur le conseiller! monsieur le conseiller! où ôtes-vous donc? » Or, par hasard, un grave conseiller de son père se trouvait là, attendant son audience : il croit qu'on l'appelle, et s'avance, en saluant jusqu'à terre. Frédéric, qui voit la méprise, rit aux éclats : « Ce n'est pas vous que j'appelais, dit-il au conseiller déconcerté, c'est mon singe; mais entrez toujours, c'est la môme chose. >i

lieau, spirituel, aimable, d'une portée d'esprit bien supérieui-e à son âge, le prince royal, selon les lois de la iiatui*e, aurait dû posséder la tendresse paternelle. Loin de là, une aversion, toujours croissante, se ma-

DE FRÉDÉRIC II. lot

nifestait déjà chez Frédéric-Guillaume; aversion que ne réussissait que trop à alimenter l'envoyé autrichien, comte de Seckendorff, qui avait pour instruction spéciale de rompre le projet de double alliance entre les deux Maisons d'Angleterre et de Prusse. Or/ la discorde au sein de la famille royale, n'était-ce pas là un de ses plus sûrs moyens de succès?

Peu de temps après la visite du Tzar Pierre V, à Berlin, avec sa singulière Catherine, et leur sauvage suite, qui n'était pas encore une cour, un grand péril vint menacer la vie du jeune Frédéric.

N'étant que prince royal, frédéri(>-Guillaume avait, pour favoris, le prince d'Anhalt^Dessau , et M. de Grumkov^ : l'un, vaillant capitaine, mais d une volonté de fer, et d'une ambition effrénée; l'autre, esprit supérieur, caractère souple, insinuant, mais sans principes, ni sciiipules; régner, à tout prix, sur l'esprit du maître, tel avait été leur but : ils l'atteignirent.

Vindicatif autant qu'orgueilleux, d'Anhalt ne pouvait pardonner à la princesse royale de l'avoir emporté sur sa pi^pre nièce, princesse de la Maison d'Orange; aussi, dès le mariage de Sophie-Dorothée avec Frédéric^uillaume, travailla-t-il, sans relâche, à désunir les nouveaux époux, en inspirant au prince une jalousie à laquelle il il'était que trop enclin, et qui troubla longtemps le repos dé Sophie-Dorothée.

Cette première vengeance était quelque chose pour son ressentiment, mais rien pour son ambition. Bientôt le prince d'Anhalt et Grumkov^, d'un commun accord , cherchèrent à obtenir du Roi le mariage I. a

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