CHAPITRE XXXVÏI. 19t
sens. Peut-on présumer qu'un fondeur ignorant des environs 1495 de Porentruy aura gravé à Gigny, ainsi qu'a Tarascon, la légende baroque de son pays? D'ailleurs, elle est remarquable en ce que 1 .° elle offre un mélange bizarre de langue latine et de langue française; 2.° la lettre S est remplacée par C dans les mots sanciam et spontanetun ; 3.° TE simple remplace encore la diphthoogue JE dans le mot latin pairie. Or comme depuis 1480 cette diphthoogue a été substituée assez généralement a cette lettre dans l'imprimerie, il est a croire que noue, cloche est encore antérieure à la date que nous lui avons présumée,
S 9. L'église de Gigny possédait, comme seul objet d'art remarquable, un jeu d'orgues qui n'y existait probablement que depuis la sécularisation du prieuré. Il avait échappé à la vente des biens du clergé, il avait même été respecté par le vandalisme révolutionnaire de 1793, et les habitants le regardaient à bon droit comme leur propriété et comme une dépendance; de l'église, qui leur avait été concédée en 1789. Aussi, on peut juger quel fut leur étonnement, quelle fut leur indignation lorsque, le 28 avril 1806, ensuite d'une intrigue tramée dans l'ombre, deux commissaires de la ville de Lons-le-Saunier vinrent s'en emparer, en vertu d'un arrêté du préfet Poucet , motivé sur une simple lettre ministérielle dépourvue elle-même de tout motif!... Les habitants de Gigny réclamèrent vainement contre cet acte qui avait certainement toutes les apparences de l'arbitraire, de la violence et de la spoliation ; on ne leur donna aucune espèce de satisfaction, on ne leur répondit même pas. De nouvelles réclamations ont été adressées au ministre en 1837, et après des lenteurs et des correspondances sans fin, on a renvoyé, en 1840, les réclamants devant le conseil d'état. Il n'en reste pas moins établi jusqu'à ce jour que, sous le gouvernement constitutionnel de 1830, comme sous le gouvernement militaire de 1806, une ville riche a pu dépouiller impunément,
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1495 sans indemnité, une pauvre église de village !!... Mais revenons au prieur Julien.
§ 10. Nos inventaires citent deux actes d'acensement,
1497 |'un du 5 avrj| 1497^ et l'autre du 6 juin 1498, qui prouvent
1W8 que messire Julien, évêque d'Otâe et cardinal, était encore , prieur et seigneur de Gigny. Ils nous apprennent aussi qu'Antoine de Collauz, ebambrierdu monastère, y était son vicairegénéral Il est même certain qu'il continua a être titu-
* 503 laire de notre prieuré jusqu'au 31 décembre de l'année 1503, époque à laquelle il fut nommé pape et remplacé dans toutes ses autres dignités.
$ 11. La nomination du cardinal Julien (ut faite presque a l'unanimité et dans la nuit même que les cardinaux entrèrent au conclave, parce qu'il leur promit de rétablir l'honneur du Saint-Siège et d'être le défenseur des libertés Fit. ». 10. <jc l'Église. Devenu pape, il continua à favoriser les Français en Italie et se ligua même, en 1505 et 1509, avec le bon roi Louis XII contre les Vénitiens. Mais, ayant recouvré d'eux, par les armes de la France, les villes et les pays qu'ils avaient usurpés, il devint inquiet de la présence des Français et jaloux de leur gloire. En conséquence, il se tourna contre eux en 1510, s'allia avec les Vénitiens, pratiqua les Suisses, arrêta les ambassadeurs de France à Rome, et commença une guerre qui ne se termina qu'à sa mort. Cette conduite décida Louis XII et l'empereur Maxirailicn a convoquer différents conciles, pour le faire condamner comme coupable de simonie, de vexations, d'ambition et de perturbation. Et, en effet, dans un de ces conciles à Milan, il fut déclaré suspendu de son pontificat. De son côté, le pape excommunia
(114) Ce chatnbrier étant désigné, dan» un de nos litres de 1499, le nom à'Jnt.d* CoilaoUfil etl à croire qu'il élait de la maison féodale de Courfaou, appelée Collaou dans des chartes ancienne*, notamment en 1400. HufOnin dê Courlaou Tirait au xu' «iecle, et Ètitnni d* Cortaou, damoueau, marié a Béatrix de Baume, en 1 349.
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le roi de France et les prélats qui avaient prononcé sa sus- i 503 pension, fulmina des bulles contre les libertés et privilèges de l'église gallicane, mit le royaume de France en interdit, le déclara abandonné au premier occupant, transféra au roi d'Angleterre le titre de rot très chrétien que Louis XI avait commencé à porter dès 1469, prononça l'abolition des foires de Lyon où le roi de France l'avait assigné a comparaître devant un concile, convoqua lui-même au palais de Latran un concile opposé, etc., etc.
L'ancien prieur de Gigny ne maniait pas avec moins d'activité les armes temporelles que les spirituelles. Il était né avec un penchant décidé pour la guerre, et, en raison de ce caractère guerrier, un pape précédent lui avait donné la conduite des troupes ecclésiastiques contre quelques peuples de TOinbrie révoltés. Dans cette expédition, il faillit à être emporté par un boulet, qu'il fit suspendre ensuite, comme un trophée militaire, dans l'église de Lorette. Étant devenu pape, il prit le nom de Jules II, non pas a cause de son prénom Julien, maison mémoire et admiration de Jules- César, et par émulation de Borgia qui avait pris le nom d'Alexandre. Son goût pour les opérations militaires se manifesta surtout dans les guerres conlre les Français et les Vénitiens. Quoique âgé de près de 70 ans, on le vit, l'épée a la main et la cuirasse sur la poitrine, commander lui-même ses troupes, en même temps qu'il lançait des censures et des excommunications, faire le siège et s'emparer de la Mirandole en personne, et courir le plus grand danger d'être fait prisonnier par le maréchal Cbaumont et parle chevalier Bayard. On raconte qu'en sortant de Rome, a la tête d'une armée contre les Français, il jeta les clefs de saint Pierre dans le Tibre, en disant que, puisqu'elles ne pouvaient lui servir dam les combats, il n'avait plus besoin que de l'tpce de saint Paul. « Jules II, dit un chroniqueur contemporain , délaissa la « chaire de saint Pierre, pour prendre le titre de Mars, dieu