‹ Histoire de GignyChapitre 132 sur 356 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

de vingt-cinq ans. Il n'en avait que vingt, lorsque, le 9 1515 février 150a, il posa la première pierre de l'église Notre- Dame de Dole , oit il faisait ses études. Quatorze mois auparavant, le 5 décembre 1507, il avait déjà fait, en sa qualité d'archevêque , un traité sur le droit de frapper monnaie , avec les états de Franche-Comté et la princesse Marguerite d'Autriche , apanagère de cette province. On voit aussi que peu après son installation, c'estrà-dire en 1514, il limita à vingt-et-un le nombre des membres de la familiarité de Louhans. En la même année, il rédigea aussi a Gy, en français et en latin, les statuts de celle de Clairvaux , dont le prieuré dépendait de Gigny.

Il était de même probablement installé archevêque , lorsqu'il lut donné pour précepteur à Charles-Quint , qui prit possession des états d'Espagne en 1517, et devint, deux ans après, empereur à l'âge de dix-neuf ans. Gomme il ne fut pas seul pour feire l'éducation de ce prince , et que l'éducation n'est pas responsable de toutes les actions des hommes, on ne peut guère apprécier les résultats de celle que notre prieur donna a son illustre élève.

S 3. Il n'a pas été possible de préciser l'époque à laquelle Antoine de Vergy devint Utulaire à Gigny et succéda a Léonard de Francbelune. Il l'était certainement en 1516, lorsque 1516 Jeanne de Gorrevod, fille de Jean de Gorrevod, chevalier, et nièce du premier comte de Pont-de-Vaux , fut inhumée a Gigny. On voit, en effet, qu'il l'était depuis quelque temps, en 1517, par un titre de cette date où il se dit archevêque 1517 de Besançon , cornmendataire administrateur perpétuel de Gigny , c m

Dans cette charte importante datée de Norey (Haute- Saône), signée de Vergey et rédigée en présence de Georges de Montfleur , écuyer , et de messire Jean-Baptiste , prieur de Blansae , il est dit par les habitants de Gigny que « ce • lieu fut ja pour ce donné au prieur dudit Gigny pour la

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£17 « dotation et fondation dudit prieuré, en toute justice haute, « moyenne et basse, mère mixte impere, avec le pouvoir d'y « entretenir un marché chacune semaine et trois foires « chacun an , et de parfaire les murailles du bourg dudit « lieu, au temps de laquelle dotation fondation les y manans « et babitans étaient tenus et réputés gens francs et de « franche condition , et icelle liberté et franchise ont tou- « jours entretenu par cy devant et vécu franchement , « etc. » De son côté le prieur, qui avait intenté un procès pendant au bailliage d'Aval et au siège de Montmorot <li7>, pour faire déclarer les habitants mainmortables, s'en désiste dans cette charte, et « après avoir heu préalablement l'avis « des prieur claustrier et autres religieux dudit prieuré , « pour ce capituiairement assemblés en la manière accou- « tumée... après vision des titres dudit prieuré , et inforo ma lion de vive voix par ses officiers à ce par lui commis « et députés , il a apparu lesdits habitans être gens francs « et avoir joui de liberté. » En conséquence , le prieur « confesse et connaît... tous et singuliers les manans et bail bilans... esdits bourgs et fauxbourgs dudit Gigny , eux, « leurs hoirs et successeurs... ensemble leurs biens en quel- « que part qu'ils soient assis , être , devoir demeurer gens a francs et de franche et libre condition, quittes, immuns a et exempts de toute sujétion de mainmorte, etc. » Cette

1518 déclaration fut encore renouvelée et confirmée, en 1518,

(MU Li Franche-Comté était divisé* auciennement en deux grand* hmlliagti qui y f veut établi* dan* le Jttir* ùeele, et y remplacèrent peut-être le* deux anciens Patriciats ou gouvernement* des cantons de Port et d'Ami ou* au nord, et de Varaia et Scoding au «ad. Le bailliage d'wsW*<,ou d'en haut, comprenait tout le département de la Haute-Saône et la plus grande partie du celui du Doubs. Le bailliage d'^ca/, ou d'en bas, était composé de tout le département du Jura, et d'une partie de celai da Doubs. La ville de Peligny en était le siège principal. En I4>1, Philippa-le-Ban , duc et canote de Boni go g ne, en créa un troisième, dit le bailliage de Doit on du Mithu, dans lequel furent comprit Poje, Ornant, Quiogey et lieux en dépendant* dilUaiU de celui d'AvaL

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devant le juge du siège de Montmorot, par un mandataire 1518 spécial du prieur Antoine de Vcrgy.

Il résulte donc de cette charte un fait très remarquable et presque unique, c'est que Gigny a été franc de toute ancienneté. On lit qu'il en a été de même de Saint-Claude, et l'historien Droz a écrit que les moines n'assujettissaient pas à la mainmorte les bourgs voisins de leurs monastères. Cependant cette opinion est contredite par les exemples de Tournus et de Moutier-en-Bresse, dont les habitants étaient certainement mainmortables. Il paraît résulter aussi de la même charte que Gigny existait déjà avant l'abbaye fondée par Bernon , comme on l'a dit au commencement de cette histoire. Mais il est à regretter que les titres qui établissaient les assertions de nos habitants ne soient point parvenus jusqu'à nous. Au reste , leur franchise fut encore reconnue dans des actes postérieurs, en 1543, 1546, 1691, etc., et ils eurent toujours soin de veiller à la conservation de leurs privilèges. On trouve en effet , par exemple, que quelques allégations ayant été prononcées à rencontre , dans le cours d'un procès , ils se réunirent , le premier janvier 1769 , devant un notaire , et protestèrent hautement de leur condition franche. Il faut observer néanmoins que cette franchise n'était propre qu'au bourg de Gigny et h ses faubourgs , et non aux hameaux de Cropet et du Villars , dépendants de la paroisse , dont les habitants sont restés mainmortables jusqu'à la ûn, ainsi que ceux des autres lieux de la seigneurie.

S 4. Ce fut peu d'années après la charte des franchises 1520 reconnues par A. de Vergy, que messire Barthélémy Pytiot c. 139. de Gigny , prétre-recteur de l'hôpital et maison-Dieu de Cuscau , fit construire une chapelle en l'honneur de [sainte Croix, dans l'église paroissiale de son lieu natal. Par contrat passé devant Dcvif, notaire, le 20 novembre 1520, il la dota de plusieurs fonds situés au* territoires de Cuscau , Gigny

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1520 et Vaulx, hameau de Chanipagua. Or, celle fondation fut faite a condition que les chapelains qui succéderaient au fondateurseraient tenus de lui célébrer a perpétuité trois messes basses par semaine. Mais on a vu précédemment ( au chap. xvn ) comment cette fondation fut renouvelée et modifiée, en 1693, par les héritiers ou parents du fondateur primitif.

1524 Quelques années après, en 1524, une autre fondation fut laite par Jean Escalatc et Jean Tis&ot, d'une messe anniversaire avec vigiles , dans l'église prteurale , moyennant une rente annuelle de douze sois estevenants.

1526 $ 5. Le concile tenu en 517 à Epaone ( qu'on présume être Yenne en Savoie ) avait défendu aux ecclésiastiques quelconques d'avoir des chiens et des oiseaux de chaise. Saint Ferréol, fondateur du monastère de Beuvon, au diocèse de Sisteron , devenu par la suite un simple prieuré de l'abbaye de llsie-Barbe, avait aussi proscrit, en 555, le plaisir de la chasse, par la règle qu'il rédigea pour ses moines. Un concile de Germanie, en 742, avait de même défendu a tous les serviteurs de Dieu de courir les bois avec des chiens et d'avoir des éperviers et des faucons. Néanmoins, malgré toutes ces prohibitions . les prieurs et nobles religieux de Gigny , qui étaient en même temps seigneurs de ce lieu , ainsi que de plusieurs autres villages , avaient , comme on a déjà vu , au nombre de leurs droits féodaux , celui de la chasse. Ils se montraient jaloux de ce privilège , ainsi que les seigneurs laïcs, et veillaient à sa conservation. On voit , en conséquence , que le prieur de Vergy, en 1526, obtint, au sujet de

cm. ce droit, un mandement au bailliage d'Aval. On trouve aussi que, peu après sa mort , plusieurs procès pour la chasse furent intentés contre divers particuliers, aussi bien que dans le dix-huitième siècle , même après la sécularisation. Bien

C tu plus, lorsqu'on 1788 le noble chapitre fut supprimé, le droit de chasse et de pêche fut conservé viagèrement aux chanoines alors existants.

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$ 6. Le 28 décembre 1530, Ant. de Vergy assista aux 1530 pompeuses funérailles de Philibert de Chalon, prince d'Orange et baron d'Àrlay, dans l'église des Cordeliers de Lonsle-Saunier. Ce célèbre et dernier membre de l'illustre et puissante maison de Chalon , né en 1502 , d'une manière un peu miraculeuse, par l'intercession de saint Philibert dont il prit le nom, selon le vœu fait à Tournus par Jean de Chalon, son père, et Philiberte de Luxembourg, sa mère, avait déjà parcouru une carrière remplie de gloire , lorsqu'il la termina à un âge où d'autres la commencent à peine. Âpres s'être emparé de Rome a l'âge de 24 ans, après avoir mit la conquête du Milanais et du royaume de Naples, et avoir enlevé 138 drapeaux aux ennemis vaincus , il fut tué , le 31 août 1530 , au champ d'honneur , devant Florence , étant alors gouverneur de Franche-Comté , généralissime des troupes de l'empereur Charles-Quint, vice-roi de Naples, etc. Ses dépouilles mortelles furent transportées , comme en triomphe , de Florence a Lons-le-Saunier , ou notre prieur officia solennellement, en sa qualité d'archevêque de Besançon, assisté des évêques de Genève et de Langres, des abbés de Baume, de Balerne, du Miroir, etc...

S 7. Le concile de Latran, en 1215, avait ordonné que, 1534 dans toutes les églises suffisamment dotées , on établirait un maître de grammaire pour l'enseigner gratuitement aux clercs, et un théologien pour expliquer l'écriture sainte. Ces dispositions furent de nouveau prescrites par le concile de Bàle du commencement du quinzième siècle, par la pragmatique sanction de 1438 et par le concordat de 1317. En exécution, et avant que le concile de Trente les eût encore renouvelées, le pape Paul III, par une bulle du 3 novembre 1534, unit les dîmes de Cuisia près Cousance au prieuré de Gigny. Cette bulle en destina le produit à l'entretien

d'un ou de plusieurs maîtres chargés d'enseigner aux moines novices le chant , la grammaire et les saintes lettres. Elle

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1534 défendit en même temps d'employer ces dîmes à d'autres usages, non m aliot usut converterc.

Nonobstant cette disposition expresse , il paraît que ces dîmes ne furent pas long-temps appliquées à leur destination, car elles dépendirent bientôt de l'office du chambrier. Lorsqu'en 1787, on s'occupa de supprimer le noble chapitre qui avait remplacé le prieuré, le curé de Cuisia réclama ces dîmes comme ne devant plus servir h leur destination primitive. En conséquence, dans le décret de suppression définitive de 1788 , on lui donna acte de sa réclamation et on lui réserva tous ses droits.

S 8. Depuis cette époque , on ne connaît plus d'événement relatif à Gigny arrivé du temps de notre prieur. Mais

1535 on lit qu'en 1535 , en sa qualité d'archevêque, il publia un bréviaire pour le diocèse de Besançon, lequel ne fut probablement qu'une nouvelle édition de celui qui avait été mis au jour en 1480 par Charles de Neuchatel , son anti-prédécesseur. D'autres éditions analogues ont été publiées en 1564, 1578, 1589, 1653, 1688, 1712, 1761, etc..

1539 On voit aussi qu'en 1539 , il plaça solennellement les reliques de saint Ferréol et de saint Ferjcux dans une nouvelle chasse d'argent du poids de 140 marcs, fournie par le chapitre et les gouverneurs de Besançon.

C'est en cette même année que la cure de Cuisia près Trcffort fut unie au chapitre de Gigny , comme on le dira à l'article du prieuré de ce nom.

$ 9. Ant. de Vergy mourut le 29 décembre 1541, et fut inhumé dans l'église de Saint-Élienne de sa métropole. On inscrivit sur son tombeau l'épitaphe suivante : Egenorum et pauperum rcniedium qui fuerat preettandssimum hoc tegitur wna. Revercndmmi ac m Ckr'uto Patr'u ac dommi D. Ântonn de Vergeio quondam arcMep'ucopi Bisunl'mi depoàlum, qui obïu xxix dcc. m dxu. Ce prélat avait déjà obtenu, de son vivant, la qualification de bon et de père des pauvres, qualification

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