CHAPITRE ÏLT
maux du pays. L'année 1637 vit recommencer, en Franche- *637 Comté , une guerre encore plus funeste que celle de l'année précédente. Les Français alliés aux Suédois y étaient rentrés, sous la conduite du duc deWcymar, dans les premiers mois de Tannée, et ils y portèrent partout le fer et le feu.
Du 28 au 31 mars , sous le commandement du duc de Longueville , ils firent le siège et le sac de Saint-Amour , qu'ils réduisirent en cendres , malgré la défense héroïque de ses habitants et les actes de courage du capitaine Vieux et du médecin Chapuis.
La ville de Lons-le-Saunier fut prise d'assaut et incendiée, le 25 juin, après un siège de trois semaines.
Celle d'Orgelet eut le même sort quelques jours après , ainsi que le bourg de Clairvaux occupé néanmoins sans résistance.
Le château de Montaigu capitula le 28 juin , après une glorieuse défense.
Un combat sanglant fut livré le 16 juillet, auprès de Cornod, au canton d'Arinthod, où les troupes comtoises , espagnoles , lorraines et allemandes liguées, furent mises en déroute par les Français et Suédois.
Bletterans, après un honorable siège de quelques semaines, se rendit le 4 octobre, par capitulation, au duc de Longucville , et l'hiver seul suspendit ces hostilités barbares et dévastatrices.
S 3. L'année 1638 les vit recommencer avec la même fu- 1638 reur. Une bataille sanglante eut lieu , le 19 juin , entre le même duc de Longucville et le duc Charles de Lorraine , près de Poligny. Cette ville, après quatre jours de siège, fut prise d'assaut , et, selon la coutume, livrée au pillage , au massacre et aux flammes , le 29 du même mois. Il en fut ainsi de celle de Saint-Claude, dans la même année.
En 1639 , Pontarlier fut pris par le duc* de Wcymar et le 1639
16C9 comte deGuébriant, le 24 janvier ; Nozeroy , le 4 février ; le fort de Joux, le 14 de ce mois ; etc..
Eofin , la guerre continua ainsi , avec plus ou moins d'acharnement, pendant encore vingt ans. A la vérité , le pays
1614 respira un Peu depuis 1644, parce que le traité de neutralité dont il a été parlé fut alors renouvelé entre les deux Bourgognes. Mais, dans le fait , on ne fut réellement en paix qu'après le traité des Pyrénées de 1659. Aussi , quoique les infortunés habitants de Saint-Amour commencèrent, en 1645 , h venir remuer les cendres de leur ville , ce ne fut qu'en 1659 qu'ils en rebâtirent les murs.
$ 4. Cependant , cette guerre interminable, accompagnée de tant d'horreurs, qui suspendit l'agriculture et fit tomber les terres en friche, qui détruisit presque tous les actes publics, ne fut pas le seul fléau qui pesa sur les malheureux habitants. La famine et la peste s y joignirent encore et amenèrent des maux inconnus aux siècles passes.
a Dès 1629 , dit l'historien Chevalier , on souffrait en « Franche-Comté de la misère et de la disette des denrées « élevées h un prix excessif...., et jusqu'en 1644, cette di- « sette y régna. La livre de pain coûtait 5»- ÎO*- ; celle de « fromage, 12 à 16- ; la douzaine d'oeufs, 15«- ; la pinte de a vin, 7 , 10, 11** ; etc.... » Or, à cette époque, la valeur de l'argent était au moins double de celle qu'il a de nos jours.
« En 1638, dit aussi Dunod, la misère et la disette furent t telles dans l'armée auxiliaire d'Espagne , amenée de Lor- « raine en Franche-Comté , qu'elle se trouva réduite à c vivre de la chair des chevaux, et qu'on en servait sur la c table même du duc Charles de Lorraine , commandant « pour l'Espagne. Un soldat ayant eu la main fracassée a par son fusil qui creva , le chirurgien qui l'avait coupée « la demanda en paiement et la mangea. On déterra le Défi tail pour vivre de ses cadavres à demi pourris L'aban-
« don de ia culture amena une longue famine, t
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Un antre historien contemporain » Girardot de Bcauche- 1644 min, en parle aussi en ces termes : « La famine commença « en 1638 , année de déplorable mémoire , où les paysans a retirés dans les villes y étaient entassés et sans ouvrage ; « le grain se vendait au plus haut prix ; on vivait d'hcr- « bagcs et d'animaux immondes. Les hommes hâves, mourir rant de faim, mangeaient au besoin de la chair humaine ; c les soldats tués au combat étaient encore utiles dans cette « nécessité : la mort se présentait sous toutes les formes. « De grandes émigrations eurent lieu : un curé se rendit à « Rome t avec 500 de ses paroissiens , et le pape lui donna « une église qu'on appela Sahu-CUiude-fas-Bourguignons. »
$ 5. En même temps, une maladie contagieuse très meurtrière dépeuplait tout le pays et ajoutait aux horreurs de la guerre et de la famine. Elle est désignée, dans les relations, sous le nom vague de peste , et la mort du duc de Veymar, due, en 1639, à cette maladie accompagnée d'un charbon sur la poitrine, pourrait faire penser que c'était la peste de l'Orient. Cependant , il est plutôt a croire que c'était une peste militaire, un typhus pétéchial des armées; du moins , c'est ce qui parait résulter de la description qu'en a donnée un médecin contemporain , sous le nom de fièvre pourprée , dans un petit traité spécial publié a Chalon Cependant, ce fléau avait déjà porté la dépopulation , avant la guerre dont nous avons parlé , dans le Lyonnais et dans les deux Bourgognes, a Lyon, Chalon, Beaune, Dijon, Bar-S.-S. , Besançon, Gray, Salins , Poligny , etc.... Apportée par des soldats , en août et septembre 1628 , elle avait enlevé à Lyon 500 personnes par jour, et même un nombre total de 150,000 victimes , selon une relation probablement exagérée. Au c. m . mois de juillet de la même année, des marchands étrangers l'ayant introduite à Beaune, cette ville en était devenue déserte, et l'herbe y avait crû d'un demi-pied dans 1rs rues
(iS€) J.Mortl. De febre purpuraU epidcQuca, etc. C*bil«n« 1CS4. E«Ut. *■
230 HISTO IIIB DE GIGNY.
1CU les plus fréquentées. En 1629, le seigneur de Verissey-en- Ilrcssc avait obtenu un arrêt du parlement de Dijon, portant défense aux habitants de sa seigneurie d'aller dans les villages ou bourgs voisins , en temps de peste , et de recevoir personne chez eux , sans certiûcat de santé. En la même année , d'après un article de nos inventaires', « les habitants a de la Bourgogne et les révérends pères Cordeliers avaient « fait des vœux à saint Taurin de Gigny , pour être déli- « vrés de la peste. » En 1630 , elle avait obligé le parlement de Dole à se retirer d'abord à Pcsmcs, puis h la Loye, et en 1631 elle avait été cause de la translation de celui de Dijon à Chàtillon-sur-Seinc. En 1632 , selon l'ouvrage médical précité , elle avait presque dépeuplé la ville de Chalon-sur-Saône. Enfin, en 1633 , elle avait déjà causé l'émig ration des habitants de Poligny dans les villages voisins.
Néanmoins, c'est surtout au siège de Dole qu'elle parut avec uuc nouvelle recrudescence et y rendit mortelles les moindres blessures, a Elle y enleva, selon des mémoires du temps, plus o de 7,000 personnes , et réduisit cette ville presqu'en un « désert, en sorte qu'on aurait fauché l'herbe dans les rues « comme dans un pré. » Pour en arrêter les progrès , on implora les secours du ciel, on fit des vœux, et la ville envoya même, au mois de septembre, deux de ses minimes à Venise et à Milan , afin d'y célébrer la messe en l'honneur de saint Roch et de saint Charles Borromée. Après la levée du siège, l'épidémie se répandit de tous côtés, par le transport des habitants et des soldats qui sortirent de cette ville, et elle exerça ses ravages avec une sorte de fureur dans presque l'étendue des deux Bourgognes , et même de la France, de l'Italie et de l'Allemagne ; on peut en prendre une idée, en lisant que , dans la petite ville de Poligny , où elle avait reparu , elle fit jusqu'à plus de cent victimes par jour.
c 193. On peut aussi en juger, en apprenant par une de nos chartes, qu'apportée de Cuiseaux à Véria, succursale de Gigny ,