PRÉFACE
On commence à comprendre qu'il ne sufûl pas d'éludier l'histoire des Grecs et des Romains, qu'il convient d'y joindre au moins celle de son propre pays, et qu'une histoire générale de celui-ci ne peul même ôlre obtenue qu'an moyen des histoires locales et particulières qui en sont les éléments. Les esprits actuels , désabusés des déclamations du dernier siècle, sentent aussi qu'il est bon de connaître non-seulement l'antiquité, mais encore cette longue série d'années écoulées depuis la chute de l'empire romain, et connues sous les noms de moyen âge et de temps modernes. Ils pensent avec raison qu'il y a une abondante moisson à recueillir pour l'histoire durant celle période si peu éclaircie, et qu'on ne peut pas se dispenser de s'instruire soigneusement d'une organisation sociale
ij PRÉFACE.
détruite en France en 1789, mais qui existe encore chez beaucoup de nations de l'Europe. Bien des personnes de nos jours, à la vérité, méprisent ce genre de recherches, et jugent au moins inutile, sinon blâmable, de s'occuper de féodalité, de monastères et autres choses pareilles, si peu regrettables à leur avis. Cependant, ne doit-on pas reconnaître qu'il y a des leçons à recueillir d'un ordre de choses qui a subsisté si long-temps, el qu'il faut, comme on a dit, avoir du respect pour le passé aussi bien que de la confiance dans l'avenir ? Ne faut- il pas convenir en outre que celui-ci se trouve souvent écrit dans le premier?
Le bourg de Gigny, illustré pendant neuf cents ans par une abbaye noble, méritait d'avoir son histoire, autant et peut-être mieux que plusieurs localités voisines, telles que Arnay, Auxonnc, Beau ne, Chalon, Coligny, Dole, Gray, Miribel, Poligny, Pontarlier, Salins, Tournus, etc. Celte histoire, en effet, n'est point celle d'un couvent moderne el de bas étage, mais d'une antique abbaye de Bénédictins, mère et supérieure de celle de Cluny, ne reconnaissant d'autorité ecclésiastique que celle du pape, destinée à la noblesse à seize quartiers des deux Bourgognes, exerçant seigneurie et haute-justice sur un grand nombre de lieux, ayant la collation ou le patronage de cinquante cures, la dlmc dans près de quatre-vingts paroisses, avec plus de vingt prieurés sous sa dépendance. Une telle histoire ne doit donc pas être dénuée d'intérêt, puisqu'elle est relative
PREFACE. îîj
aux célébrités féodales de la province, aux familles locales du moyen âge les plus distinguées par la naissance, la fortune et l'éducation , aux membres des maisons de l'Àubépin , de Balay , Coligny , Faletans , Mentbon , Montmoret, Moyria, Ray, Rye, Scey, Thesut, Thoulonjon, Vergy, Tienne, etc., etc.. Il ne faut pas toutefois s'attendre & ce que cette histoire présente le môme intérêt que celle d'un empire , d'une nation , ni même d'un conquérant. On n'y trouvera ni révolutions, ni guerres, ni batailles, ni négociations politiques. Mais, outre les faits de tant de localités intéressants pour les personnes eu faveur desquelles elle est surtout écrite, on y apprendra beaucoup de choses fort peu connues des lecteurs de nos jours, telles que les mœurs du moyen âge, les coutumes de la féodalité, les usages des cloîtres bénédictins, la vie privée des moines, les droits et la puissance du clergé régulier, etc. Ces connaissances seront tout-à-fait neuves pour ceux qui n'ont pas vu l'ordre social détruit depuis plus de cinquante ans. Us pourront comparer cet ordre avec celui de nos jours, juger ce que nous avons gagné ou perdu au changement, réfléchir sur l'utilité ou l'inutilité des monastères, sur le bon et le mauvais côté de la noblesse, sur les meilleures bases des gouvernements et delà morale publique, etc., etc..
Sans l'exécution du décret de la convention nationale, qui condamna aux flammes les chartes des églises et des