CHAPITRE LXV
teur de la seigneurie, et l'idée de quelques ennemis du culte de Marie ne me paraît pas une raison suflisanlc, pour en substituer une autre. Ils devront être plus que satisfaits, si l'on bénissait la nouvelle église sous les deux vocables. »
En conséquence de ces observations, le 4 novembre 1780, l'évôque de Saint-Claude a décréta et ordonna, pour la plus grande gloire de Dieu , que la nouvelle église paroissiale de Gigny serait à l'avenir et demeurerait h perpétuité sous les deux vocables et titres de l'Assomption de la très sainte Viergeet de S. Taurin, évéque; que les paroissiens de (iigny feraient, chaque année, le 5 septembre, la fête de S. Taurin, et célébreraient d'une manière spéciale la fête de l'Assomption de la très sainte Vierge comme étant leur patronne, o C'est ensuite de cette décision qu'on cessa de célébrer , au 11 août, la fête de S. Taurin. Les chanoines du noble chapitre continuèrent seulement a la chômer, ce jour-la, sous le nom de petite S.-Taur'm, et la fétc du 5 septembre resta propre aux paroissiens sous le nom de grande S.-Taurm. On voit même qu'à une époque où l'irréligion commençait à être de mode, une délibération municipale du 10 août 1790 défendit spécialement au vicaire de faire aucun office solennel le lendemain. D'ailleurs, cette distinction de la fête de S. Taurin en grande et petite est peut-être plus ancienne que l'ordonnance épiscopale. C'était probablement une distinction féodale, et les nobles à seize quartiers ne voulaient pas, sans doute, fêter le patron le même jour que leurs corvéables et leurs sujets. Après le rétablissement des cultes en 1802, on recommença à fêter S. Taurin, an mois de septembre seulement. Mais, bien qu'on continue de faire à vêpres l'antique procession où l'on porte la châsse des reliques, cette fête a dégénéré, comme toutes les autres , sous le rapport de la dévotion, et actuellement elle est presque convertie en pure fête de plaisirs mondains.
570 HISTOIRE DE GICNT.
Reliques à> S. Taurin.
11 résulte évidemment de ce qui précède que les reliques de S. Taurin, évéque d'Évreux, ont toutes été transportées d'Evreux ou de Lezoux à Gigny, après la paix faite avec les Normands, et qu'elles ont continué h y rester déposées dans l'église du monastère. Cependant, beaucoup d'autres lieux prétendent aussi les posséder en tout ou en partie , surtout Évreux,Fécamp, Lezoux, Chartres, Cluny, Luxcuil, S.-Claude et même Rome.
transporté d'Évrcux h Fécamp, où il fut déposé avec vénéralion dans une châsse précieuse, et qu'il s'y trouvait encore au dix-huitième siècle. D'un autre coté, on litanssi que ces reliques ex isiaienl toujours en 1547 dans l'église d'Evreux; qu'elles furent volées en 1564, puis recouvrées ; qu'en 1565, elles furent cachées en terre pendant quelque temps pour les préserver de la fureur des protestants; qu'en 1587 elles y étaient encore; qu'en 1690 elles y opéraient des miracles ; qu'en 1759 et en 1803 elles s'y trouvaient également.
2.* L'église de Lezoux en Auvergne prétendait de même posséder les reliques de son protecteur ou patron secondaire, depuis le neuvième siècle jusqu'en 1793, qu'elles furent entièrement dispersées et perdues. Après le rétablissement du culte en cette ville, en 1802, le vénérable curé qui gouverne encore son église (1838) chercha à réparer cette perte. S'étant donc adressé à l'évéque d'Évreux, ce prélat lui envoya un fragment bien et duentent atalienliqué des reliques de l'apôtre de son diocèse, lequel fragment a été déposé précieusement dans l'église de Lezoux.
f. io. 3.° Selon un chroniqueur du moyen âge, une partie des reliques de S. Taurin fut envoyée, après les guerres de Phi»
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lippe-Auguste, d'Évreux à Chartres, où elles furent placées dans la cathédrale. D'un autre côté, l'historien Dunod dit , en 1735, que le crûne ou chef du saint évéque était dans l'abbaye des bénédictins de Chartres , auxquels il avait été donné par ceux de Gigny, tandis que deux graves voyageurs de la congrégation de S. Maur affirmaient, plusieurs aunées avant, l'avoir vu dans l'abbaye de Luxeul,
4. ° D'après d'autres relations, un os de l'épaule de l'apôtre de la Neustrie était en vénération à Cluny en 1661 , et un doigt a S. Claude, avant l'année 1735.
5. ° Enfin, il n'y a pas jusqu'à Rome qui ne revendique le précieux corps de S. Taurin , qu'on assure exister dans l'église de S. Jean Calybite , où sa fête est chômée le 1 1 août.
Il serait difficile de concilier ces diverses prétentions, plus ou moins contradictoires, avec les témoignages historiques, et d'en établir le fondement. Il vaut mieux convenir, après S. Augustin qui s'en plaignait déjà, qu'on a multiplié les reliques et qu'on en a débité des fausses. Mais on doit croire, avec un judicieux et fidèle historien ecclésiastique (Flcury), « que Dieu, qui connaît le fond des cœurs, ne laisse pas d'avoir pour agréable la dévotion des peuples qui, n'ayant intention que de l'honorer en ses saints, révèrent de bonne foi les reliques exposées depuis plusieurs siècles à la vénération publique. » Mais revenons à celles de Gigny.
On trouvera, dans les preuves de cette histoire, les procèsverbaux en forme de deux visites faites, l'une en 1517 et l'autre un siècle plus tard, des reliques contenues dans la châsse de S. Taurin. La première fut pratiquée par les religieux du monastère , agissant au nom de Louis de Rye , évèquc de Genève, leur prieur commendalairc. Or, il en résulta que le chef et les ossements de S. Taurin , enveloppés d'une toile blanche et d'un tapis du soie, y étaient alors renfermés, avec un très vieux parchemin portant l'ins-
cription : Jifc reqniesc'a corpus beaii S. Taurhù , epucopi et confessons. Il en résulta aussi que cette châsse contenait t en outre, plusieurs autres restes précieux et vénérés, notamment du sang de J.-C., et des reliques de la Stc. Vierge, de Ste. Aniane, S. Colomban, S. Didier, S. Eusèbc, S. Eustache, S. Ferradée, S. Jean, apôtre et évangéliste, S. Jean, confesseur, Stc. Julienne, S. Léger, S. Loup, S. Marin, martyr, S. Oyen , S. Romain , S. Sauveur, confesseur, S. Siagre, Stc. Tigridc de Moirans et S. Vauldebart. Le procès-verbal constate encore qu'à cette époque S. Aquilin avait sa châsse spéciale, de laquelle les visiteurs se permirent d'extraire un ossement, pour le déposer auprès de ceux de S. Taurin. D'ailleurs, il n'y est pas question de Ste. Florence. On lisait au dos de cet acte que le corps de S. Taurin passait néanmoins pour exiuer aussi à Evreux. La châsse était alors en bois, mais recouverte d'argent pur et même d'or en quelques endroits. Elle portait différentes effigies, notamment celles du saint évéque, de la fainte Vierge, etc.. c m. La seconde visite des reliques de S. Taurin fut faite en 1647, pour répondre au désir du dernier des Coligny, protecteur du prieuré de Gigny, ensuite de la permission accordée par l'archevêque de Lyon. Le prieur Louis de Pelouscy y procéda en présence des quatre seuls religieux qui avaient lutté contre le malheur des temps, et encore en celle d'un officiai de Lyon, d'un gentilhomme de la maison du roi de France et du curé de Gigny. Le célèbre Samuel Guichenon y assista aussi , se trouvant sans doute alors à Gigny pour consulter les archives du monastère et recueillir les matériaux de la précieuse histoire de Bresse et de Bugey qu'il publia trois ans plus tard. Il fut constaté par cette nouvelle visite , que la châsse , unique alors pour les deux évoques d'Evrcux, contenait le chef, la cervelle et tons les os du corps de S. Taurin, avec un os entier de la cuisse ou de la jambe de S. Aquilin. Elle renfermait aussi à peu près toutes
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les autres reliques de la précédente visite, et, en outre, quelques nouvelles appartenant à S. Germain, S. Guibert, S. Martin, S. Michel, S. Nizier et S. Paul, apôtre. Le procèsverbal porte qu'il ne s'en trouva point de Ste. Florence, parce qu'elles avaient été données à l'abbaye de Baume et à d'autres monastères. D'ailleurs, ce titre nous apprend, ainsi qu'il a été dit au chapitre XLV S 8, ce que devinrent les reliques, pendant la guerre de trente ans , et combien notre prieuré eut à souffrir durant ces longues années de calamités inouïes. Lors de cette visite, la chasse était la même que celle de 1547. Mais on trouve écrit, en 1685 que depuis peu les religieux en avaient fait construire une nouvelle en argent avec un magnifique autel.
Cette nouvelle chasse fut probablement celle a fond d'ébène, presque toute couverte de lames d'argent armoriées et sculptées en relief, que visita, en 1760, M. de Fargues, évéque de Saint-Claude. Cette dernière visite constata les mêmes reliques qu'en 1647, avec le procès-verbal de cette année. On trouva en outre dans la chasse d'autres reliques authentiquées de S. André, S. Antonin, S. Benoit, abbé, S. Charles Borromée , S. Philippe de Néri, S. Pierre, S. Paul , Ste. Rosalie et S. Vincent de Paule, comme encore de la '^Sainte-Croix , des vêtements du bienheureux Benoit XI,
(aaS) C'est en celle innée que parut m la Pi» d» S. Taurin^ premier ivè- « que d'Bvreux en Normandie, dont les teintes reliques déposent dans l'église « du royal mouastl-re de Gigny, au comté de Bourgogne, le tout recueilli des bons « auteurs et des vieux livres manuscrits des archives de la même abbaye, par le « cèle de MM. les religieux et officiera de ladite abbaye, s (Petit vol. in-ia, approuvé le a octobre 178S, par François Miguardet d'Autun, docteur en Sorbonne, et par P. Morel, prêtre ).
Cette mauvaise biographie, 1res rare aujourd'hui, fut composée au moyen des légendes manuscrites qu'on trouvera parmi nos pièces justificative*. Ces légendes existaient dans lea archives du prieuré, et étaient, dit cette notice, d'un caractère et d'un vélin antique. L'opuscule contient, en outre, la relation de quelques miracles opérés à Gigny, en 1(7!, mais que noua avons négligé de rapporter.
de la chemise de Ste. Catherine de Vicis, du voile de sainte Marguerite de Gorthone , et d'une toile imbue du sang de 8. Pierre. Ces nouvelles reliques avaient été données en 1753, 1757 et 1760, à M. de Faletans, grand-prieur cloltrier, par le pape ou ses familiers.
On a vu qu'au commencement de l'année 1794, l'argenterie de la châsse de S. Taurin avait été enlevée et livrée au district. Au mois de septembre de la même année , les eus. reliques elles-mêmes furent profanées par des hommes pervers et clouées à l'arbre de la liberté. L'administration municipale ne vit dans cette profanation qu'un attentat contre l'arbre populaire, et les reliques furent envoyées en grande partie à Orgelet. Des personnes pieuses parvinrent néanmoins a en sauver quelques-unes qui forent réintégrées dans la châsse, lors du rétablissement du culte. Aujourd'hui, il s'y trouve encore une mâchoire inférieure, un os de cuisse ou fém ur, celui d'un avant-bras, une portion de côte qui était renfermée dans un tuyau de fer caché dans une croix d'argent, lequel tuyau on plongeait dans le vin, pour le bénir, etc.. Il s'y trouve aussi un lambeau de parchemin illisible. En l'année 1840, on a confectionné une nouvelle châsse, vitrée, en bois doré, pour contenir les reliques restantes qu'on voit ainsi a l'œil même. A cette époque , un procès-verbal a été dressé de l'enquête faite pour constater leur authenticité et pour établir comment elles avaient été soustraites au vandalisme révolutionnaire.